MBTI : Test de l’Arnaque à 16 boîtes

INFP, INTP, ISTJ, ENTP… Vous les avez peut-être déjà rencontrées, sur certains profils où dans la biographie ces 4 lettres annotées. Ce sont des exemples des 16 personnalités du fameux test Myers Briggs Type Indicator, plus connu sous le nom de MBTI. Très populaire il n’est pourtant pas enseigné et utilisé en psychologie. Serait-ce alors un sérieux test ou une énième test clownesque d’internet ?

Qu’est-ce que le MBTI ?

Un questionnaire populaire

Figure 1 : les 16 personnalités

Populaire dans le monde entier à partir des sphères professionnelles (Murray, 1990), ce questionnaire pullule sur internet au point que chaque personnalité en devienne des memes et caricatures, que des communautés se construisent autour du sujet voire même carrément des sites de rencontres. La portée de ce simple questionnaire est assez extraordinaire. D’autant plus en connaissant le peu de ce sur quoi il repose ainsi que le peu de résultats concluants qu’on en tire.

Un « test » autour de 16 personnalités

Figure 2 : Isabel Briggs Myers à droite avec sa mère

Les conceptrices du MBTI sont l’écrivaine Isabel Briggs Myers (1897-1980) et sa mère Katherine Cook Briggs. Utilisé dès les années 40 (historyofyesterday.com, Mai 2021) ce n’est qu’en 1962 qu’on trouve un première publication sur le sujet. Ça ne sort pas de multiples études scientifiques. C’est juste une typologie, une classification arbitraire pour faire joli.

À partir d’une centaine de question (de 93 à 222 pour les versions officiels on en est à la Version M), nous sommes classés parmi 16 personnalités. Chaque personnalité est décrite par 4 lettres. Chaque lettre caractérisant une dimension de notre personnalité.


Toutes ces caractéristiques peuvent être classées en 4 axes que sont :

  • « Là où vous préférez orienter votre énergie » (l’attitude principale)
    • soit de manière introvertie (I) en s’isolant pour se ressourcer
    • soit de manière extravertie (E) e n s’entourant d’autres personnes pour se ressourcer
  • « Le type d’information que vous préférez recueillir et auquel vous vous fiez » (les données)
    • soit de manière sensitive (S) directement par nos sens, nos sensibilités et perceptions
    • soit de manière intuitive (N) indirectement par pressentiment, interprétation, créativité
  • « Le processus que vous préférez utiliser pour prendre des décisions » (les produits)
    • soit à travers les pensées (T pour Thinking) sur la raison logique : reconnu, différencié
    • soit à travers les sentiments (F pour Feelings) et ressentis subjectifs agréables ou non
  • « Comment vous préférez aborder le monde qui vous entoure »
    • soit par la perception (P) à travers ses sens et dans l’impulsion
    • soit par le jugement (J), dans la réflexion et planification

Sur chaque axe on est soit l’un soit l’autre. Si je suis introverti je ne serai pas extraverti par exemple. Par combinaison de toutes ces lettres, il est alors possible d’établir 4×4=16 personnalités : ISTJ ISTP INTJ INTP INFP INFJ ISFJ ISFP / ESTJ ESTP ENTJ ENTP ENFP ENFJ ESFJ ESFP.

L’objectif du MBTI

L’objectif premier aurait été de comprendre à qui on a affaire en face de nous afin de mieux l’aborder et trouver un emploi qui lui convient le mieux. Durant l’entre-deux-guerres lors d’un boom de la main d’œuvre (historyofyesterday.com, Mai 2021), le MBTI s’utilise alors comme un outil de légitimité pour donner du crédit à qui employer pour tel emploi.

Exemples simples. Qui d’un introverti ou d’un extraverti je choisirai pour un métier qui demande d’accueillir chaleureusement des personnes ? Pour un manager d’équipe, devrais-je prendre quelqu’un qui prend des décisions par la raison et ses pensées ou quelqu’un qui prend des décisions par ses sentiments et ressentis subjectifs ? En recherche et développement, devrais privilégier des personnes qui recueille des informations de manière sensitive ou de manière intuitive ?

Figure 3 : mon exemple personnel « INFJ »

Exemple personnel : INFJ

Après avoir passé plusieurs petits tests gratuits inspirés du MBTI, ma personnalité serait INFJ, c’est-à-dire introvertie intuitive prenant des décisions en me basant sur mes sentiments et en abordant le monde qui m’entoure par un jugement planifié. « Les types de personnalité INFJ sont compatissants et inspirants tranquillement; ils aiment aider les autres à grandir et à se développer. » « Les INFJ sont attirés par les métiers artistiques, dans l’enseignement ou le social. » (https://eu.themyersbriggs.com/tools/mbti/mbti-personality-types/infj) En bref, une personnalité INFJ tenterait de transmettre voire d’enseigner des choses – toujours selon le site officiel – tout en nous faisant rappeler la magie du monde qui nous entoure.

Reste à savoir si c’est un réel test ou une énième test clownesque d’internet.
Est-ce que toute personnalité INFJ fait un métier pour transmettre quelque chose ?
Suis-je réellement introverti intuitif comme on me le dit ?
Finalement, qu’en dit la science sur le MBTI ?

Le 6 red flags

1) Validité discutée

Pour étudier la pertinence d’un test, on étudie notamment sa validité. La validité, c’est savoir si ce test mesure bien ce qu’il prétend mesurer. Si le MBTI est valide, je m’attends donc à trouver une personnalité qui irait avec un futur métier. C’est-à-dire qu’en fonction du résultat du test, je peux prédire vers quel métier je serais le plus adéquat et performant. Hé bah rien que sur ça, aujourd’hui démontré plusieurs fois, le test ne fait pas le job : il n’est pas valide (Gardner & Martinko, 1996 ; Grant, Septembre 2013 ; Moffa, 2015).

Autrement dit, autant prendre un dé et tirer au sort quelle serait ma personnalité et pour quel métier. Dans mon exemple de la personnalité INFJ, on devrait davantage les rencontrer dans des métiers pour transmettre et enseigner. Sauf que ce qu’on remarque, c’est que la proportion des dits INFJ au sein de ces métiers est la même que dans la population globale ou toute catégorie sociale (Moffa, 2015).

Figure 4 : l’océan vide de vague identifiable

Qui dit Préférence ne dit pas forcément Performance

Depuis, pour les communicants du MBTI, on ne parlerait plus de personnalités mais « d’indicateurs de préférences ». En gros, l’entreprise du MBTI joue sur les mots quitte à ce que ça devienne encore plus flou. Le test servirait donc à connaître des préférences…  (Jafrani et al., 2017 ; Carlyn, 1977) Mais quand bien même… Quand bien même que le test puisse à peu près discerner des préférences, si vraiment ça mesure quelque chose, une préférence ne veut pas dire meilleure performance. Et inversement (Murray, 1990). Si je n’aime pas du tout la comptabilité, ça ne veut pas dire que je la fais mal. Si j’aime le basketball, ça ne veut pas dire que j’y joue bien.

Il n’y a aucune corrélation entre les préférences tirées du questionnaire et les réelles performances au travail et même le bonheur de la personne dans son travail (Gardner & Martinko, 1996 ; Grant, Septembre 2013 ; Moffa, 2015). Ainsi, juger la pertinence d’un post de travail en fonction du résultat du MBTI est totalement une arnaque.

Ça ne mesure rien ?

Ainsi, le MBTI n’est ni valide, ni sélectif. Genre ça mesure pas grand-chose (Moffa, 2015). Même la créatrice elle-même avoue que les résultats et proportions sont un peu aléatoires, dépendant énormément de l’échantillon (Carlyn, 1977 citant Myers, 1962) : « Frequency distributions of continuous scores vary considerably, depending on the index and the sample. Because distributions may be platykurtic, skewed, bimodal, or relatively normal, researchers should illustrate the frequency distributions obtained with a particular sample. »

Si ce n’est pas assez clair pour vous, le MBTI pense trouver différentes vagues parmi l’océan alors que scientifiquement aucune vague n’est détectée. Et c’est sur cet argument qu’elle justifie l’utilisation de classes, de boîtes, bien déterminées. Si on ne trouve pas de vagues parmi l’océan alors séparons l’océan en petite partie. Or si tout le monde peut être dans chaque partie, peut-être que justement c’est parce que le test ne mesure rien ?

Figure 5 : différence de proportions entre une population globale
et deux populations bien distinctes

Discussion sur l’axe d’extraversion I↔E : la seule donnée approuvée ?

En vrai ça pourrait au moins mesurer une chose : si quelqu’un est extraverti ou interverti (Murray, 1990 ; Grant, Septembre 2013 ; Furnham et al., 2003). Mais c’est tout. En psychologie, on retrouve dans beaucoup d’études et de modèles ce trait entre introversion et extraversion. Concernant le MBTI en revanche, il décrit de l’axe d’extraversion I↔E comme « préférence de l’orientation d’énergie ». Ce qui me semble assez confus. C’est quoi cette énergie en question ? Je dirais davantage que c’est là où on focalise notre attention : vers le monde extérieur (stimuli environnementaux) ou vers le monde intérieur (pensées et sensations internes).

Par conséquent, si vous utilisez ce questionnaire utilisez-le uniquement pour vous amuser, si ce n’est vaguement connaître quelque chose dont vous en doutiez : de savoir si vous être introverti ou extraverti. Mais c’est tout. Ça en reste là. Trop d’indicateurs nous alertent sur une crédibilité à sombrer dans les profondeurs.

2) Un outil de récompense avant d’être un outil de science

Figure 6 : l’Effet Barnum

D’abord, le MBTI est trop flatteur. Ils l’écrivent eux-mêmes sur leur site que, contrairement à d’autres tests, celui-ci n’a rien de négatif et « est vécu comme un outil récompense ». En clair, quelle que soit la conclusion donnée, on tire le gros lot ! C’est seulement un jeu pour booster son ego (Stromberg & Caswell, Octrobre 2015).

C’est comme une description d’un horoscope ou d’un test bidon de personnalité. L’explication de la personnalité étant en majorité positive avec des phrases assez vagues pour que n’importe qui puisse s’y reconnaître. C’est ce qu’on appelle l’effet de validation subjective, effet Barnum ou l’effet Forer. En pensant que ça me concerne individuellement, on valide soi-même ce qu’on est en train de lire.

3) Pas de comparaison avec autrui

Quelle que soit la conclusion donnée, on tire le gros lot… Selon la description du test, «chaque type [de personnalité] a la même valeur » ; « c’est un outil introspectif qui pose la question « qui suis-je naturellement et sans me comparer aux autres ? » Qui suis-je naturellement et sans me comparer aux autres ? » Quelque chose d’assez paradoxal. Comment peut-on différencier les gens en plusieurs personnalités sans les comparer entre eux ?

Pire, le MBTI se fout de l’étalonnage – ou du calibrage si vous n’aimez pas le mot – c’est-à-dire qu’aucune comparaison n’est possible, même pas une comparaison par rapport à une moyenne (Stromberg & Caswell, Octrobre 2015), et que finalement le test fonctionnerait par nature.


Un outil construit par une eugéniste non-issue de la psychologie

« Qui suis-je naturellement et sans me comparer aux autres ? » « Quelle est ma nature profonde ? » sont des phrases souvent retrouvées. Cet innéisme immuable, comme si on était né introverti ou extraverti et qu’on le restera toute notre vie, sans qu’on puisse se comparer aux autres, est une idée allant jusqu’à l’eugénisme pour la romancière créatrice du MBTI.

Eugénisme voire racisme comme l’évoque le résumé de son livre Give Me Death où une famille de propriétaires se donne la mort en pensant avoir du « sang nègre » dans leur veine. Ouais. En gros, être raciste au point de préférer se suicider à la seule croyance d’avoir du « sang de nègre » : « One by one, members of a land-owning Southern family begin committing suicide when they are led to believe that “there is in [our] veins a strain of Negro blood. » historyofyesterday.com, Mai 2021.


Des états de personnalité et non pas des traits de personnalité

Dans cette même idée de personnalité bien catégorisée et innée, une grosse limite du MBTI est qu’il catégorise des états de personnalités et non pas des traits de personnalité. C’est-à-dire que des catégories sont décrites sans prendre en compte un continuum : une idée de trait entre deux pôles extrêmes entre introversion et extraversion par exemple. Avec le MBTI on n’est pas plus ou moins extraverti ou introverti. Non. On est soit introverti, soit extraverti et point. En gros, c’est tout ou rien.

Figure 7 : la différence entre « trait » et « état » de personnalité

Tout ou rien : des choix binaires

Même dans chaque question, les choix sont du tout ou rien. On parle de dichotomie ou de choix binaire entre « Oui » ou « Non » (Barbuto, 1997). Par exemple, si je vous pose la question « Prenez-vous facilement la parole au sein d’un groupe ? » vous n’aurez pas d’autre choix que de vous positionner entièrement soit par « oui » soit par « non ». Un choix binaire très restreint.

Sur ce point, on pourrait même presque dire que certains tests non-officiels sont meilleurs car les réponses sont davantage dégradées sur un continuum entre : « D’accord » « Faiblement d’accord », « Pas tout à fait d’accord », « Pas d’accord »…

4) Une seule source : la typologie Jungienne

Une quatrième énorme limite au MBTI c’est qu’il s’inspire d’une seule et même source et non pas de multiples modèles ou articles scientifiques. Ce test est en effet tout droit tiré de la typologie jungienne de Carl Gustav Jung (1875-1961). Jung était un psychiatre suisse, d’abord proche de Freud et de sa psychanalyse, qui a créé son propre courant de psychologie analytique. Dans ces ouvrages on y retrouve alors les termes « d’énergie psychique » ou de « libido » par exemple. (Ariane Callot pour https://www.cgjung.net)

Figure 8 : typologie jungienne

Entièrement basée sur ses propres expériences subjectives (et donc rien d’objectif et scientifique), il publie en 1921 Les types psychologiques, classés par une grande attitude qu’est l’axe d’Extraversion E↔I puis 4 autres fonctions psychiques plus subtiles que sont la Sensation (S), l’Intuition (N), La Pensée (T) et le Sentiment (F). On retrouve alors exactement les mêmes termes du MBTI. Parmi ces 4 fonctions, il y en a une principale très consciente et visible par nous et les autres, deux secondaires et une inférieure réelle porte d’entrée vers l’inconscient.


5) S’écarte de la typologie jungienne en retirant tout dynamisme

Pour Jung, une fonction psychique est « une forme particulière d’activité psychique qui reste la même en principe dans des conditions variables. » (Murray, 1990) Quelque chose de stable quelle que soit la condition. Comme une personnalité donc, en effet. Sauf que le MBTI oublie des parties importantes du paradigme jungien (cgjung.net ; Barbuto, 1997) :

  • la part inconsciente, alors que le test se focalise sur ce qui émerge consciemment ;
  • et la part dynamique où tout ça évolue avec le temps (« processus d’individuation »).

Discussion sur l’axe Perception (P) ↔ Jugement (J) : l’axe redondant ?

À l’origine, la typologie jungienne ne distinguait pas un dernier axe sur la manière d’aborder le monde PJ. Je le trouve personnellement redondant à l’axe du recueil d’information SN. Recueillir une information ou aborder le monde extérieur sont selon moi deux expressions synonymes. Deux fonctions qui se positionnent de la même manière en amont de notre psyché. On confirme d’ailleurs une certaine corrélation (Carlyn, 1977 ; mbtionline.com). Être Sensitif (S) c’est être à l’écoute de ces sens et donc d’être Perceptif (P).

Même chose, être davantage dans nos pensées et l’Intuition (N) c’est uniquement se focaliser sur une rationalisation (raisonnement, la planification, la réflexion) pour mieux juger (J) la situation. Que cette rationalisation soit rationnelle ou non et basée sur une totale imagination. La rationalisation c’est, en gros, le fait de chercher des liens entre des faits. Par exemple, si une plume tombe du ciel, je peux soit me dire simplement qu’on oiseau vient d’en perdre une soit carrément me dire que c’est un signe de mon ange gardien.

Figure 9 : les « fonctions » par rapport à notre simple schéma ?

Discussion sur l’axe Sensation (S) ↔ Intuition (I) : non mais vraiment ?

La Sensation (S) recueille l’information par nos sens. L’Intuition (I) recueille l’information par un pressentiment… Je trouve cet axe malgré tout discutable. Comme si la manière de recueillir une information pouvait passer outre les sensations (S) et la physiologie du corps. Comme si une intuition (I) pouvait apparaître du nulle part. Car oui l’intuition est par définition une connaissance directe et immédiate qui ne s’appuie pas sur la raison et l’expérience (Larousse.fr). Comme s’il existait une entité immatérielle qui surpassait la matière. On retourne vers du spiritualisme du XVIIème siècle. Ce n’est plus de la science, mais de la philosophie ou une idéologie proche du New Age, la théosophie, l’anthroposophie…

Discussion sur de prise de décision Pensée (T) ↔ Sentiments (F) : une illusion ?

Quant à l’axe sur la prise de décisionTF, entre Pensée et Sentiment, en plus d’être des termes très vagues et loin d’être précis scientifiquement, ce ne sont pas deux pôles d’un même continuum. On pense et on prend des décisions grâce à nos émotions et sentiments. Le fait d’opposer émotion et raison est totalement une idée reçue et une illusion. (J’en ferai une publication ! Autour de Varela, Damasio et la cognition incarnée etc. On parle davantage d’émotions car les sentiments sont des pensées.)

Figure 10 : peut-être plus comme ça ? Dans mon interprétation, on remarquera deux choses. L’une que pas grand-chose est lié à la partie comportementale et motrice. L’autre que la pensée (ou psyché) semble exister d’elle même sans corps ni physiologie…

6) Fiabilité discutée

Enfin une dernière critique du MBTI est sa fiabilité. La fiabilité d’un test se définissant en gros comme mesurant quelque chose de concret et stable dans le temps. Une fiabilité qu’on retrouve miraculeusement meilleure que le test de personnalité scientifique NEO PI-R basé sur les Big Five selon l’entreprise (https://www.mbtionline.com/-/media/Myers-Briggs/Files/Resources-Hub-Files/Practitioner-Resources/MBTI_FormM_Supplement.pdf) alors qu’on sait qu’une personne a environ 1 chance sur 2 de changer de personnalité si elle repasse le MBTI une seconde fois après quelques temps (e.g., Moffa, 2005).

Par conséquent, critiqués par la science, les communicants de l’entreprise tente d’adoucir les termes. On ne parle plus de personnalité mais d’ « indicateur pour amorcer un entretien » (https://eu.themyersbriggs.com). On ne parle plus de test mais de « questionnaire ». Parfois même, on justifie l’erreur par le dynamisme jungien omis par le test : que, en gros, on n’a pas la même personnalité en quelques semaines car il y a processus d’individuation, c’est-à-dire développement de ce qui on est. Mais du coup on ne parlerait vraiment pas de personnalité. Bref. (Murray, 1990 ; Stromberg & Caswell, Octrobre 2015)

Un outil « puissant pour établir de meilleures relations, susciter des changements positifs,
exploiter l’innovation et atteindre l’excellence
 » (https://www.themyersbriggs.com)

Figure 11 : logo de l’entreprise The Myers-Briggs Company Limited

Pourquoi le MBTI est toujours utilisé ?

Un test privé et détenu par l’entreprise The Myers-Briggs

Seule l’entreprise The Myers-Briggs Company(fondée en 1956 puis 2001 en côté français) peut délivrer et former des personnes sur le questionnaire en question. Quelque chose de totalement privé donc. Faire passer un test à une personne peut aller jusqu’à 1000€ en comptant le test et la personne compétente désignée, Suivre une formation pour pouvoir faire passer ce test de 1500€ à plus de 3000€ ! (Albert Moukheiber, Juin 2022 ; themyersbriggs.com ; Mai 2021, The Racist Origin of the Popular Myers-Briggs® Test)
Un sacré investissement donc…
Pour du vent…

D’où vient un tel succès ?

L’entreprise a réussi à faire connaître son questionnaire d’abord par copinage, pourrait-on dire. Isabel Briggs Myers avait en effet des relations au près de grandes entreprises (Stromberg & Caswell, Octrobre 2015). Par la suite, au fur et à mesure des années par un « marketing agressif et efficace » (Moffa, 2015), aujourd’hui ce n’est que par mimétisme que le MBTI est utilisé. Leur site le dit très clairement, et c’est leur principal argument, que le test soit « devenu une référence incontournable, exigée parfois par les décideurs RH » (https://eu.themyersbriggs.com).

Pourtant, avec de si nombreux indicateurs doutant de la validité, fiabilité, bref, de la crédibilité d’un tel questionnaire, pourquoi est-il encore aujourd’hui tant utilisé ? Au-delà du mimétisme parce que tout le monde le fait, il y aurait deux principales raisons (Stromberg & Caswell, Octrobre 2015). La première étant liée à l’effet de validation subjective (ou effet Barnum cf. Figure 5) : ça ne fait pas de mal et ça rend les gens heureux, tel un horoscope en fin de journaux.

L’Escalade d’engagement

Figure 12 : l’escalade d’engagement

La seconde étant liée à l’escalade d’engagement. L’escalade d’engagement est une sorte de biais cognitif où la personne (ou un groupe) préfère persister dans une décision alors que la solution rationnelle serait d’arrêter ou changer de décision. C’est un effet pour contrer une trop grande dissonance cognitive. Si une information qui parvient à nos oreilles contredit une de nos croyances, nous avons tendance à soit changer de croyance, soit d’ignorer l’information contradictoire pour persister dans notre croyance, comme ici dans l’escalade d’engagement.

Au fur et à mesure des années, les entreprises ont investi (balancé?) des millions d’euros en formations et passations (Stromberg & Caswell, Octrobre 2015). Et plus on investit, plus il est difficile de faire marche arrière et dire « oups je me suis trompé, le MBTI en fait ça ne veut rien ». Typique de l’escalade d’engagement.

MBTI pas scientifique : est-ce un problème ?

On l’utilise beaucoup encore aujourd’hui alors que ce n’est majoritairement que du vent. Même parmi les publications scientifiques. Certains chercheurs s’amusent à trouver des corrélations ici et là (e.g., Furnham, 2003, 2022) alors qu’en intelligence artificielle le discours à travers internet pourrait être plus parlant en l’interprétant par le MBTI plutôt que le plus connu test scientifique de personnalité (Celli & Lepri, 2018, Conférence Italienne). On en parle partout de ce MBTI. Où est le problème, pourrait-on se demander ? Ça ne fait de mal à personne, non ? Bah en fait… en plus des investissements des entreprises qui pourraient être dirigés ailleurs… oui, ça fait du mal à toute personne…

Figure 13 : résumé pourquoi NON au MBTI

Le capital avant la santé

Le gros danger d’un tel questionnaire

Car oui on pourrait penser qu’un simple questionnaire inutile ne pourrait pas faire de mal. Mais en fait, comme il est utilisé tel un outil valide et fiable, ça peut faire des ravages. Imaginez un employeur qui tranche entre différents demandeurs d’emploi grâce à ce qu’en dit le MBTI ? Imaginez quelqu’un mis sur le carreau juste à cause de ce clownesque test ? Imaginez un candidat choisi sur un post parce que ces « indicateurs de préférences » étaient tous au vert alors que c’est le moins performant de tous les candidats ? Ne serait-ce pas ce qu’on cherche en entreprise : la performance ? Le MBTI est contre-performant. Alors pourquoi s’obstiner à l’utiliser ?

Parce qu’il colle parfaitement aux attentes des entreprises cherchant à capitaliser. Imposer un test avec des questions personnels est un peu comme paternaliser : « voilà, tu es comme ça et pour aller mieux tu peux faire ça. » Imposer un test individuel et personnel pour catégoriser la personnalité est un peu renvoyer à l’individu la seule responsabilité. Par exemple, si l’entreprise veut établir des changements la favorisant et qu’elle dit à son employé : « je connais ta personnalité, je sais qu’il faut tout te planifier. J’ai tout planifié maintenant à toi de faire des efforts pour l’accepter… » Bah… ça peut poser de gros soucis à force de tout lui responsabiliser…

Biblio

Docteur Papers (Avril 2019) MBTI, DISC: Ce qu’il se cache derrière https://youtu.be/76GaDj5Rzqk
Spichak pour historyofyesterday.com (Mai 2021) The Racist Origin of the Popular Myers-Briggs® Test
Furnham (2022) MBTI and Aberrant Personality Traits : https://doi.org/10.4236/psych.2022.135054
Furnham et al. (2003) The relationship between the revised NEO-PI and the MBTI : http://dx.doi.org/10.2224/sbp.2003.31.6.577
Carlyn (1977) An Assessment of the MBTI : http://dx.doi.org/10.1207/s15327752jpa4105
Moffa (2005) A Critique of The Myers Briggs Type Indicator
Celli & Lepri (2018, Conférence Italienne) Is BigFive better than MBTI ?
Grant (Septembre 2013) Goodbye to MBTI, the Fad That Won’t Die
Brunett (Mars 2013) Nothing personal: The questionable Myers-Briggs test
Méta de Choc avec Albert Moukheiber (Juin 2022) Manipulation et développement personnel en entreprise
Stromberg & Caswell (Octrobre 2015) Why the Myers-Briggs test is totally meaningless
Gardner & Martinko (1996) Using the MBTI to Study Managers : A Literature Review https://doi.org/10.1177/014920639602200103
Barbuto (1997) A critique of the MBTI […] : https://doi.org/10.2466/pr0.1997.80.2.611
Jafrani et al. (2017) Assessment of personality type and medical specialty choice […]
Murray (1990) Review of reaserch on the MBTI : https://doi.org/10.2466/pms.1990.70.3c.1187
https://eu.themyersbriggs.com/fr-FR/Knowledge-centre/Blog/2018/July/MBTI-pourquoi-tant-d_amour-et-tant-de-haine
https://www.cgjung.net/espace/cg-jung/types-psychologiques
Sir Galton (Juillet 2021) Thread Twitter
https://www.themyersbriggs.com

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