Saint Colomban
Tout plaquer pour partir à l’aventure
Aucune destination précise. Aucune idée du pourquoi partir. Juste l’idée de partir sur la route. L’objectif n’existe pas. L’objectif se dessinera au fur à mesure de nos pas. Comme si chacun de nos pas équivalait à chacune de nos petites décisions dans la vie, nous menant quelque part sans savoir le comment ou le pourquoi. Se laisser porter par le hasard de la vie, par le destin ou Dieu ou je ne sais quoi.
« Notre vie n’est qu’un voyage. » Nous ne sommes que des pèlerins de passage de ce monde. Pas la peine de s’éterniser sur un lieu. Pas la peine de s’endormir dans un confort accumulé de biens. Nous ne sommes que de passage éphémère en ce monde. La vraie patrie est l’au-delà. S’attacher à ce monde terrestre n’est que futilité et perte de temps. Ce qui importe est de nourrir son esprit. Éveiller son esprit et celui des autres.
Prêcher la bonne parole au péril de son propre corps.
Faire de sa vie un cadeau à l’humanité.
L’Irlande au VIème siècle
VIème siècle. Parti de son Irlande natale, le voilà levant les voiles. L’Irlande. Une île qui avait été sauvegardée de l’empire romain. Une île qui avait aussi été épargnée par les invasions barbares de l’effondré empire romain. Son Irlande est alors lieu d’un âge d’or, où sa culture chrétienne rayonne sur les pays voisins. Toutefois, imaginer une Irlande unifiée et en paix est loin de la réalité. Parler tout simplement d’une seule Irlande est même exagéré. C’est plus différents clans indépendants se faisant la gué-guerre. La seule chose qui les réunit, est une même culture. Une culture chrétienne bien à elle, centrée sur la ruralité (L’Irlande est en effet bien chrétienne après l’évangélisation de Saint-Patrick et compagnie autour des années 450.)
Il faut rappeler que cette époque est profondément rurale. La majorité des gens habitent en campagne. Pour couvrir tout ce milieu rural, la politique irlandaise est comme dispatchée et décentralisée en petits clans ici et là. Et chaque petit clan est souvent chapeauté par un monastère. Un monastère lui-même dirigé par un abbé : on parle alors d’abbaye. L’abbé du monastère, de l’abbaye, est alors, pour les lieux aux alentours, comme une sorte de maire.

Christianisme celtique
Ce mode d’organisation politique et religieux, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le christianisme celtique. Avec une abbaye comme lieu central, il ne faut pas imaginer une grande et solide abbaye faite en pierre et colossale. Ci-dessous est illustrée une tentative de reconstitution de l’Abbaye de Bangor fondée en 558. Souvent, les monastères irlandais sont des endroits calmes et ouverts. Il n’y a ni cloître, ni réfectoire, tout se fait en plein air. Les oratoires sont rares et il y a à tout casser deux églises. Le monastère renferme principalement des granges et des petites huttes pour dormir.
Au sein de l’organisation du christianisme celtique, l’abbé du monastère joue un peu comme le rôle de maire. Un mode d’organisation que connaîtra pendant à temps notre bourg, avant même de s’appeler Saint-Saëns. Voilà pourquoi j’en parle.
Autour des années 600, ce christianisme celtique est exporté par plusieurs moines irlandais. Ces moines voyageurs proviennent d’Irlande donc, lieu originaire de ce fameux christianisme celtique. L’Irlande comme l’Écosse, pour être plus précis. Deux régions actuelles qui auront plusieurs relations historiques avec notre bourg à travers les siècles. La première étant l’histoire que je vais vous raconter. L’histoire d’un moine irlandais, qui exportait justement, ce christianisme celtique irlandais.

Un moine voyageur
Quand on y pense, c’est presque contre-intuitif. Surtout pour un moine. Dans notre imaginaire collectif, un moine, il reste loin de tout. Il reste isolé et sédentaire bien caché dans son monastère. Et, ici, avec lui, c’est tout le contraire ! Lui, il part à l’aventure. Lui, il s’exile de ses propres terres. On appelle ça l’exil volontaire.
Dans la spiritualité irlandaise, le fait de s’exiler était un des moyens pour se punir de ses péchés. Une pénitence. L’exil volontaire aurait donc été vu comme une coutume pour se faire pardonner. La pérégrination pour le Christ : Peregrinatio pro Christo, peut-on lire ici et là comme expression typique associée au christianisme irlandais.
L’exil volontaire est quelque chose de très ancré dans la spiritualité irlandaise. « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. » Ce que Dieu a dit à Abraham comme écrit dans la Genèse. L’idée est de marcher au nom de Dieu pour partir à la rencontre des populations et propager les savoirs et connaissances. Semblable à une évangélisation, donc. Le rôle de notre moine est alors de prêcher la parole chrétienne, là où les barbares se sont installés.

Évangélisation
Ces barbares sont les étrangers de l’ancien empire romain. Les fameux peuples germaniques comme les Angles, les Saxons, les Francs ou les Wisigoth. Lorsqu’il arrive en actuelle France autour de l’année 585, il se trouve au milieu d’une population mi-franque mi-gallo-romaine perdant de sa foi chrétienne. C’est surtout vrai dans nos campagnes. À vrai dire, on ne pas pas parler d’une réelle évangélisation, car les campagnes étaient déjà chrétiennes. Juste qu’elles perdaient de leur éclat religieux, de leur piété.
Contrairement à son Irlande, ici, côté continent et royaume franc, tout est centralisé sur les grandes villes, comme les reste d’un empire romain citadin. Seules les grandes villes chapeautées par un évêque connaît une réelle chrétienté exprimée. Dans un objectif de salut éternel de toute âme qui vive, le rôle du missionnaire irlandais est alors de prêcher à nouveau la bonne parole, les connaissances et savoirs au sein des campagnes délaissées et pourtant bien peuplées, afin d’unifier l’Europe sous la lumière de la chrétienté.

Des enjeux politiques
Il y co-existait alors comme deux écoles de chrétienté. L’une dans nos villes dirigée par un évêque roman et franc. Et l’autre dans nos campagnes dirigée par un moine suivant le christianisme celtique irlandais. Une pseudo-rivalité qui a été notamment instrumentalisée par les rois et reines francs. Ouais. Même à l’époque on instrumentalisait les choses pour gagner en pouvoir et en popularité.
Ceci dit, les coutumes étaient parfois réellement opposées. Par exemple, la date de Pâques est différente entre un moine irlandais et un évêque roman suivant le Vatican. Une histoire de deux calculs différentes qui séparent les deux dates de quelques jours. Ce qui en a valut un conflit vers l’an 603. Notre fin politique moine irlandais, armé de ses mots, écrit alors directement au Pape Grégoire Ier : « […] Pourquoi donc, toi qui es si sage, toi dont les lumières éclairent le monde comme autrefois celles de la sainte intelligence, pourquoi célèbres-tu Pâques dans les ténèbres ? Je m’étonne, je l’avoue, que tu n’aies pas extirpé depuis longtemps cette erreur de la Gaule. […] Sache bien que nos vieux maîtres irlandais, philosophes et éminents calculateurs, ont rejeté l’erreur de Victorius, estimant celui-ci plus digne de risée et de pitié que de créance. Donne-moi donc l’appui de ta sentence, à moi qui suis timide, pèlerin plutôt que savant, et sans retard daigne oublier ta clémence pour mettre fin à cette tempête qui souffle autour de nous. »

Au contact des francs
Au contact des européens et francs, il aura alors marqué les esprits, et même jusqu’au Pape. Et marque toujours les esprits encore aujourd’hui. C’est autour de 585 donc, il débarque sur les côtes bretonnes en compagnie d’une douzaine autres moines. (Parti de chez lui dans les années 580, Colomban est accompagné de 12 autres moines : Gall, Autierne, Cominin, Eunoch, Eogain, Potentin, Colomban le jeune, Desle, Luan, Aide, Léobard, Caldwald. Ils passent par Les Cornouailles avant d’atterrir en France, en Bretagne : Saint-Coulomb.)
Il croise alors le regard amusé d’enfants et autres curieux locaux, médusés par leur coiffure pour le peu atypique. La tonsure du moine irlandais n’est pas comme celle des moines romans et francs : un rond au milieu des cheveux. Non. Sur eux, le creux sans cheveu forme une sorte de triangle d’une oreille à l’autre.
C’est avec cette dégaine, et surtout armé de la parole et leur érudition comme on a pu l’évoquer, que les moines irlandais commencent à sillonner l’Europe, d’ouest en est. Rouen, Noyon, Reims pour finalement fonder en 587 un monastère Annegray et en 590 la célèbre et imposante abbaye de Luxeuil. Ce voyage n’est pas le résultat de n’importe quel moine irlandais. Je parle depuis tout à l’heure du grand moine voyageur : Saint-Colomban, qui est à l’origine d’une quarantenaire de monastères dans nos campagnes européennes.

Le premier moine irlandais des lieux ?
Colomban a marqué son passage dans de nombreux villes et villages. Saint-Coulomb, là où ils ont débarqué près de Saint-Malo, porte carrément son nom. Entre son arrivée ici autour de 585 et son arrivée dans la région Luxeuil autour de 587, il passe donc par Rouen et y repartirait en remontant vers le nord. Serait-il passé par l’actuel lieu de notre bourg ? Serait-il le fondateur du tout premier lieu de chrétienté ? Des rumeurs l’évoquent. Si c’est le cas, Colomban serait alors notre premier irlandais. Un siècle plus tôt avant même que le moine Saen donnera son nom à notre bourg.
Mais manque de preuve, on ne peut pas l’affirmer, que le premier irlandais soit Colomban. On gardera donc en tête que notre premier irlandais est notre moine Saen dont allons maintenant parler. Parce que jusqu’ici j’ai parlé de Saint-Colomban et pas de Saint-Saen. Je me suis trompé de moine irlandais. Mais pas par hasard. Car Colomban a énormément influencé et fortifié le monachisme franc. On aura l’occasion d’y revenir. Bref. Recommençons de zéro.

Saint Saen
L’émigré irlandais
IIème siècle. Parti de son Irlande natale, le voilà levant les voiles. L’Irlande. Une île qui avait été sauvegardée de l’empire romain. Une île qui avait aussi été épargné par les invasions barbares de l’effondré empire romain. Son Irlande est alors lieu d’un âge d’or, où sa culture chrétienne rayonne sur les pays voisins. Imaginer une Irlande unifiée et en paix est toutefois loin de la réalité. Il y avait des gué-guerres de clans, des kidnappings, des pirateries et autres joyeusetés.
Tout jeune, notre moine à l’origine du nom de notre bourg fut capturé de sa riche famille irlandaise. Les personnes l’ayant enlevé auraient été des pirates, et l’auraient réduit à l’esclavage. Je reste au conditionnel car on n’en sait trop rien finalement. Peut-être qu’il est parti de son Irlande de lui-même. Mais c’est l’histoire qu’on en garde. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il était jeune lors de la traversée de la Manche en quittant son Irlande. Jeune, mais pas confondu comme enfant. Peut-être donc autour de 16-20 ans, en tant qu’adolescent.

L’adolescent de Jumièges
664. Ce serait autour de 664 que notre moine arrive en France actuelle. Plus particulièrement à l’abbaye de Jumièges. Les moines francs de Jumièges ont l’habitude de racheter des esclaves enfants des ports britanniques, pour les ramener ici. Soit disant pour leur offrir la liberté, ça semble surtout pour s’offrir une main d’œuvre et une possibilité de renflouer les effectifs de l’abbaye. Pourtant, ici, ce sont déjà plusieurs centaines de religieux qui cohabitent, sans compter les domestiques et serviteurs.
Par déduction, on peut imaginer que notre moine soit né autour de l’année 646. Mais alors là je fais de grosses suppositions. Déjà que l’arrivée en l’an 664 est une des possibilités parmi d’autres, pour son année de naissance on en est loin d’en être certain. À vrai dire, on n’est même pas certain qu’il soit réellement irlandais, mais peut-être écossais. Tout ce qu’on sait c’est qu’il est issu d’une famille aisée de culture gaélique, entre l’Irlande et l’Écosse et toutes les îles entre les deux.

Sidoine le gaël
Depuis son arrivée à Jumièges, il n’est pas connu sous son nom gaélique, mais sous le nom latin de Sidonius / Sydonius / Sedonius. Aucune idée quel est le rapport avec quelconque forme gaélique. Le professeur en études médiévales Jean-Michel Picard propose que Sidonius soit une forme latine de Sétna, un nom irlandais qui se prononcerait quelque chose comme « shaydna ». Sétna aurait été le nom gardé pour le bourg, devenu Saëns en fil du temps.
Une autre explication, serait que Saen, provienne d’un nom irlandais qui se prononce entre « chône » et « chane » (Sean). Ouais, comme Sean Paul ou Sean Connery. «Sean » ça équivaut au prénom français Jean. Donc, en suivant cette supposition, par traduction du gaélique au français on aurait dû dire qu’on habite à Saint-Jean et pas à Saint-Saen. On aurait été alors des saint-jeannais.

Un moine modèle
Quoiqu’il en soit aujourd’hui, pour y faire référence dans les articles historiques et livres de sciences, on l’appelle Sidoine de Jumièges. Jumièges, il y passe près d’une dizaine d’années. C’est là qu’il se confronte à la culture franque. C’est là qu’il devient moine. C’est là qu’il se fait connaître par les hauts-placés du clergé. Car oui. Notre moine Sidoine était reconnu et bien vu par tous, si ce n’est même peut-être jalousé de son irréductible piété.
Il était en effet une sacrée perle dénichée par les moines de Jumièges. L’abbé historien Loth le qualifie « d’illustre conquête ». Sidoine est très rapidement repéré comme un modèle à suivre : « il mangeoit peu, macéroit son corps par diverses austérités, et lui laissoit prendre peu de repos la nuit. Il veilloit continuellement sur lui même pour conserver une pureté parfaite dans la chasteté dont il faisoit profession. » (Abbé Loth, 1882) Il est tellement un modèle dévoué au christianisme qu’il obtient le respect et la confiance de Saint-Philibert fondateur de l’abbaye. Il devient l’un des moines en qui Philibert a le plus confiance, presque son bras droit.

Saint Philibert
L’abbaye de Jumièges
Être bien vu de Saint-Philibert (ou Filbert né autour de 620 – et décédé a priori en 684) ce n’est pas rien. C’est lui qui dirige et a fondé l’abbaye de Jumièges en 654. Philibert voulait y mettre en pratique sa propre vision de l’organisation religieuse, accompagnée et fortement aidée par la royauté. Ouais les subventions de l’État à l’époque ça existait déjà. Rois et reines francs cherchaient à unifier le royaume franc. Et investir à travers des sortes d’écoles prêcheuses que sont les monastère était une manière de faire. Bon nombre de moines disciples ont ainsi exporté la chrétienté voire carrément fondé des lieux et villages. Comme Sidoine avec Saint-Saëns donc.
À l’origine de cette machine à créer des moines disciplinés, nous avons donc Philibert lui-même formé par un disciple de Colomban. Ouais ce même Colomban que cité précédemment. Jumièges se fait connaître dans le royaume comme un lieu réputé à la pointe des lettres, sciences et connaissances telle une des plus belles actuelles universités. Après, ça reste malgré tout un monastère. Et d’ailleurs un monastère au quotidien pour le mois austère.

L’ordre monastique
L’abbaye de Saint-Philibert aurait suivi les règles monastiques Colomban. Ouais. Toujours ce fameux Colomban qu’on a vu précédemment. Car oui, au-delà d’être un grand voyageur, Colomban était aussi un très grand politique, ayant notamment tenté de mettre au point des règles communes à tout monastère. Ses règles imposent une vie très austère. Une vie minimaliste promouvant les jeûnes, l’abstinence et la pauvreté, en plus d’une place centrale et quotidienne de la souffrance par mortifications et pénitences tarifées.
Des règles actuelles au temps de notre moine Sidoine mais qui évolueront au fil du temps vers les règles de Saint-Benoît qui donnera le célèbre terme « bénédictin ». Ouais, bénédictin veut dire qui suit l’ordre de Saint-Benoît, moi je ne savais pas. Mais avant donc, à l’époque de Sidoine, il n’y avait pas réellement d’ordre des monastères et c’étaient les règles de Colomban qui semblaient s’imposer.

Composition de l’abbaye
À peine arrivé à Jumièges, Sidoine a dû tout de suite remarquer le principal édifice de l’abbaye : une église en l’honneur de la Saint-Vierge. En forme de croix elle regroupait 3 autels. Le central dédié à la Vierge Marie donc et les deux autres latéraux à Saint-Jean et Saint-Colomban. Ouais encore lui. Je vous l’ai dit, c’est pas par hasard que j’ai commencé par parlé de lui.
Cette première église principale, les historiens l’appellent dès fois l’église Notre-Dame. Mais il ne faut pas imaginer quelque chose de semblable aux ruines qu’ont peut voir de nos jours. L’édifice des ruines date de 1050, bien plus tard d’environ 300 ans. Concrètement, confondre les ruines actuelles et l’époque de Saint-Philibert et de Saint-Saen, c’est comme si je vous disais que la révolution française était encore de notre présent. Un lieu rempli d’histoire donc. Pour l’anecdote une sépulture y a été découvert il y a récemment.
Lors de ses premières années, l’abbaye était donc composée à l’est d’une grande église en l’honneur de la Sainte-Vierge. Au nord se trouvait un lieu en faveur de Saint-Denis et Saint-Germain, et au sud Saint-Philibert avait établi une chapelle, presque personnelle, en l’honneur de Saint-Martin. Presque personnelle, parce qu’a priori c’est comme s’il y dormait et veillait les nuits. Côté sud, était également en construction une petite église en faveur de Saint-Pierre, qui aurait été non loin de la place actuelle de l’église en ruines du même nom.

Le voyage vers Quinçay
Sidoine y passe plusieurs années et est lié à l’abbaye du Jumièges pendant au moins 10 ans. Parmi les petits protégés de l’abbé Saint-Philibert, c’est à travers lui que passera certaines cruciales missions. Par exemple, est documenté que Sidoine voyage dans le Poitou (avec un certain Predon moine de Jumièges. On a aucune idée de la date. Sûrement autour de 673) au nom de l’abbé Philibert pour y rencontré l’abbé du monastère de Quinçay : Aicadre.
Trois objectifs. 1) Discuter avec lui sur ses demandes que son monastère soit sous direction de l’abbaye de Jumièges. 2) Discuter des possibilités de fonder un monastère dans la région et qu’il soit dirigé par Philibert lui-même, qui à quelques conflits là-bas à Jumièges. Ça ce fera d’ailleurs très rapidement quelques mois suivants. 3) La place d’abbé restant vacant, ce serait l’idéal de le recruter pour qu’il puisse diriger Jumièges à la place de Philibert. Des objectifs très rapidement achevés. Il en résulte alors l’abbaye de Noirmoutier, fondée par Philibert en personne en 674 pour y rester jusqu’à ses dernières années où il meurt en 684.

L’abbaye de Noirmoutier
On peut imaginer que Sidoine l’accompagne là-bas à Noirmoutier (à l’époque appelé monastère de Herio sur la presqu’île appelée à l’avenir Noirmoutier.). C’est ce qu’affirment certains historiens et abbés. Or c’est l’endroit de la vie charnière de Sidoine dont on a des événements clés mais des dates floues qui parfois sont mêmes contradictoires. On a par exemple la trace d’un certain Sidoine comme cellérier à Noirmoutier (684?). Cellérier c’est-à-dire qui fait un peu le comptable de l’abbaye se chargeant de répertorier tout ce qui est fourniture et nourriture.
« Dum Vir Dei clauftra monafterii deambulans, circuiret, cellarius monafterii, Sydonius nomine […} » Et après est écrit comme quoi Sidoine annonce qu’il n’y a plus d’huile. Mais est-ce bien notre Sidoine de Jumièges ou un autre Sidoine ? Aurait-il rejoint Philibert lors de ses vieux jours pour l’accompagner dans les tâches administratives du monastère ? Si c’est bien lui, est-il présent ici à Noirmoutier depuis sa fondation avec Philibert en 674 ? Pas certain. Déjà, courant 674-675, Sidoine était en pèlerinage, donc évidemment il n’était pas là à Noirmoutier.

Saint Ouen
Sidoine le pèlerin
En fait, la renommée de Sidoine ne reste pas cloîtrée aux monastères de Philibert et atteint les oreilles de l’archevêque de Rouen. La bonne relation de Philibert avec l’archevêque de Rouen Saint-Ouen a dû aussi aidé. L’abbé Philibert et l’archevêque Ouen, tous deux issus de familles d’aristocrates, sont un peu deux bons camarades de classe de la cour de Dagobert Ier autour de 640. Bah oui. Les grands noms historiques qui nous viennent jusqu’à aujourd’hui ne sont pas n’importe qui, mais font partie de la haute société.
C’est en se liant d’amitié avec Ouen, que ce dernier avait demandé à notre cher moine Sidoine de l’accompagner lors de son pèlerinage vers Rome. Encore une fois, il faut se remettre dans le contexte. L’évêque Ouen était un proche de la cour royale. Au point qu’à sa mort, roi et reine s’étaient déplacés à son chevet. Ce n’est pas rien avec lui de « faire copain-copain ». Parcourir un long voyage et pèlerinage non plus ce n’est pas rien. Le demander lui et pas un autre pour l’accompagner veut dire beaucoup. Autour de l’année 674, ils firent l’aller-retour vers Rome en passant par plusieurs monastères sur leur chemin. C’est à leur retour que l’évêque Ouen propose à Sidoine de devenir plus qu’un simple moine. Sidoine est promu abbé.

Mise au clair des générations
Enfin… je dis copain-copain mais ils avaient au moins 40 ans d’écart. Lors du pèlerinage, Sidoine avait la trentaine alors que Ouen avait plus de 70 ans. C’était peut-être davantage une relation de maître à élève spirituel. J’en sais rien. Pour se rendre compte du temps qui passe, faisons un petit point sur qui est Saint-Ouen. Je m’attarde sur plusieurs personnages, Saint-Colomban, Sain-Ouen, Saint-Philibert, parce qu’en réalité on ne connaît rien de la vie Saint-Saen. On connaît son existence uniquement grâce aux écrits des autres et ses événements.
Philibert et Ouen se connaissent depuis tout jeune. Et tous deux connaissent Sidoine. Quant aux liens avec Colomban, c’est Ouen qui l’a croisé enfant vers l’âge de 8 ans. Ça remonte autour des années 610. Une époque où Colomban errait dans le royaume franc. Il était du côté de Ussy-sur-Marne lorsqu’il fut alpagué par des nobles de la région. Ce sont les parents du dénommé maintenant Saint-Ouen. (Il se prénommait alors Dadon). La famille aristocrate lui demanda de bénir ses enfants. Autour de l’âge de 8 ans, Ouen fut alors béni par les paroles et les mains mêmes de grand moine Colomban. À l’époque, il était déjà très honoré ou… à l’inverse très détesté. En fait, Colomban recevait des avis très clivés.
Colomban : miraculeusement zèle
Par exemple, il était détesté par Brunehilde, grand-mère du roi Thierry II de Bourgogne. Alors qu’il vivait sa plus tranquille vie des ses monastères prospères autour de Luxeuil, la grande-mère l’appelle à sa cour. Elle lui demande de bénir ses petits-enfants. Colomban refuse étant des bâtards issus de plusieurs concubines. « Il sortent d’un mauvais lieu », auraient-il dit pour désigner les enfants du roi. Le roi Thierry II n’étant ni marié, ni en couple.
On est autour de l’année 607. Depuis ce jour, Brunehilde fera tout pour maudire Colomban. Il est ensuite ordonné d’être expulsé. Il chemine alors vers l’ouest dans l’objectif de reprendre la mer vers son Irlande. Et, alors qu’il vogue sur la Loire pour déboucher sur l’océan, on raconte que son bateau aurait échoué. Délibérément ? Ou à cause d’une tempête ? Est-ce un réel échouage ? On en sait rien. Ce qu’on sait par contre, c’est qu’il en a sauvé en toute liberté et de son plein gré. Autour des années 610 il erre alors dans le royaume France et c’est durant cette période qu’il bénit le futur Saint-Ouen.
(Autour de 612, il trouve l’amitié de Clotaire II roi de Neustrie. Il y reste alors un temps. Puis, infatigable voyageur, il continue son chemin de nouveau vers l’est. Pour ensuite descendre par la sud et fonder en 614 l’abbaye de Bobbio. C’est qu’il meurt le 21 novembre 615.)
Le Quand du monastère
Ouen qui 70 ans plus tard part en pèlerinage à Rome en compagnie de notre moine Sidoine. Nous sommes autour des années 674-675, et c’est à leur retour que Sidoine est relevé au rang d’abbé par l’archevêque Ouen. Sidoine devient abbé. Uniquement au rang d’un titre ? Ou bien aussi parce qu’il dirige un monastère ? On ne sait pas. En tout cas, pour beaucoup c’est à cette époque qu’il prend les rennes du monastère sur nos contrées.
Pour certains le monastère a été fondé autour de 675. Pour d’autres il aurait été fondé autour de 685. L’un des hic historique, c’est cette fameuse mention du Sidoine à Noirmoutier. Selon les interprétations de l’abbé Legris, ça doit être pris en compte et qu’entre 674 et 684 il aurait été basé à Noirmoutier. Ce ne fut qu’à la mort de Philibert et son inhumation réalisé, qu’il serait remonté sur Jumièges. Là, Saint-Ouen aurait déniché Sidoine pour qu’il fonde son monastère autour de 685. Saint-Ouen aurait été alors mort plus tard dans l’année (voire en 686). On retrouve cette même idée d’installation en 685 dans un récit de la vie de Saint-Philibert.
Or, autre hic, ce que plusieurs historiens semblent confirmés c’est que Philibert et Ouen seraient morts dans la même année. Si on en croit les plus précis hagiographes – un hagiographe c’est comme une biographe mais pour les saints chrétiens – ce serait même quasiment le même jour. 20 Août 684 pour Philibert. Le 24 Août 684 pour Ouen. Du coup bah… À la mort de Philibert, Sidoine n’aurait pas pu fondé son monastère à l’aide de Saint-Ouen puisque mort également.
Bref. Du coup, quelle est date de fondation du monastère de Sidoine sur nos contrées ? 675 ou 685 ? Aucune idée. D’autres sources proposent carrément un entre-deux vers 678. Le fait est que Sidoine aurait pu tout à fait être à la fois abbé de son fondé monastère et à la fois cellérier pour aider son ami Philibert. Une possibilité qui me plaît bien parce qu’elle prend en compte tous les événements clés. Si bien sûr ceux-ci sont vrais et vérifiés. Son monastère fondé en 675 au retour de son pèlerinage, il aurait alors fait comme un aller-retour de plusieurs mois ou quelques années à Noirmoutier pour finalement revenir à son monastère en 685 une fois Philibert trépassé.

Sidoine l’abbé
Le Pourquoi du Comment du monastère
Le monastère fondé par Sidoine sur l’actuelle commune de Saint-Saëns a été initié, financé voire subventionné si le mot pouvait déjà existé, par Saint-Ouen archevêque de Rouen et Thierry III roi de Neustrie voire carrément roi de tous les francs en fonction de l’année de l’établissement. (Thierry III (657-691) roi de Neustrie en 673 et de 675 à 679, et roi de tous les Francs de 679 à 691.) Tous les francs, car pendant longtemps la Francie est divisée par plusieurs royaumes francs, de l’Aquitaine à l’Austrasie s’étendant jusqu’aux Pays-Bas et l’Allemagne. Quant au royaume de Neustrie c’est un début de notre Normandie. Mais bien élargie. Énormément élargie même, englobant pays de la Loire, le Nord et l’actuelle Belgique.
Sidoine vit à une époque où la Francie est divisée en plusieurs royaumes existent donc, et dont la politique actuelle est à l’unification. Cette unification passe aussi par une foi commune sur tout le territoire. À la tête des grandes villes, les archevêques comme Saint-Ouen sont les émissaires pour profondément évangéliser ses terres pour unifier la Francie sous une même chrétienté.
En visant les campagnes, Saint-Ouen a aidé à développer plusieurs monastères à la manière de Colomban et du christianisme celtique : Jumièges (654), Fontenelle (Abbaye Saint-Wandrille en 649-650), Fécamp (Abbaye de la Trinité en 658 ou 662), Montivilliers (660 ou 684 bâti par les filles par Philibert), Pavilly (662)…

Le Lieu du monastère
Quant au lieu où a été placé ce monastère, ça reste un énième mystère. On évoque souvent deux possibles lieux. Le centre du bourg ou le Camp Souverain. Mais ça pourrait tout à fait être ailleurs comme on n’en sait rien (comme par exemple le lieu du Domaine de l’Abbaye de Saint-Saëns). Le seul indice qu’on ait est… une absence d’indices. Lors des gros travaux au centre du bourg, quand on enlevait le vieux prieuré entre 1850 et 1900, aucune trace d’un quelconque ancien monastère ou bâtiment a été relevé.
Tout ce qu’on peut imaginer, c’est qu’un monastère a été posé là car il y avait une population non négligeable, une forêt et donc du bois, de l’accessible eau potable et des terres cultivables. Non loin de son monastère par exemple, on faisait pousser des vignobles sur les coteaux. Pensez par exemple au nommé bois de la Vignette, encore aujourd’hui, du côté de Saint-Martin-Osmonville. Des vignes se plantaient ici et là, et ça, c’est plutôt bien documenté. Il est même fort probable que lui-même, Sidoine, s’occupait des vignobles. Philibert faisant partie de la génération de moines cultivant et chérissant la vigne. Vin et chrétien, on sait à quel point ça fait bon ménage, symbolisant le sang du Christ.

Le mythique Personnage du monastère
Sidoine ou Saint-Saen, est donc notre premier irlandais. Un chrétien irlandais devenu moine à Jumièges pour être relevé d’abbé en s’occupant du monastère saint-saënnais. Pourquoi lui et pas un autre ? Parce qu’il était zèle et dévoué. Il est même vu comme thaumaturge par la population, c’est-à-dire capable de réaliser des miracles. Encore aujourd’hui, l’oratoire construit en 1887 est un lieu de prière en faveur de la pluie, ou encore en faveur des petits enfants pour qu’il puisse marcher sur ses deux pieds le plus rapidement.
Comme touché par la grâce et vivant entièrement sous les principes de la chrétienté, c’est malheureusement tout ce qu’on semble savoir de lui. De sa main on en a qu’une seule trace : une vulgaire empreinte de cire gardée au Musée Dobrée de Nantes noyé parmi des milliers d’autres. C’est un cachet de cire moulé par un anneau qu’on mettait au doigts pour cacheter son envoi. Ici, on peut y lire « ProSedonio » qui veut juste dire « pour Sidoine ». Normalement au milieu, c’est un visage. Le passionné et élu de Nantes Gildas Salaün y voit un homme chevelu levant un bras vers une croix. Serait-ce un cachet de notre moine Sidoine ?

La folie des Sidoine
La question se pose. Ce cachet de cire a été premièrement faussement catégorisée à Sidoine d’Apollinaire. Un autre Sidoine. Un autre Sidonius, datant dans années 400. Il y a donc quand même au moins 2 siècles d’écart entre les deux Sidoine. Il est en plus, plus connu car Sidoine d’Apollinaire était non seulement homme de religion mais aussi homme de lettres et homme politique.
Autre chose pour différencier les deux Saint-Sidoine, alors que Sidoine de Jumièges en plus de l’actuelle Normandie, Sidoine d’Apollinaire est plus du côté de l’actuel Clermont-Ferrand. Une église Saint-Sidoine dans ce coin est donc en honneur de celui d’Apollinaire. Moitié sud de la France donc. Quand alors une église Saint-Sidoine existe près de Meaux, à Jablines, moitié nord de la France on se demande si le Sidoine à qui on fait référence est notre moine Sidoine à nous, Saint-Saen. La question reste en suspend. On a réellement aucune idée de son influence exercée et de ses déplacements réalisés.

Vitraux figurant Sidoine
Ce qu’on peut en revanche imaginer de Saint-Saen, c’est un semblant de physique grâce à ses représentations. Que ce soit sur la statue à l’oratoire ou la statue et vitraux de l’église, Saint-Saen est toujours représenté, portant un livre, et son bâton pastoral. Un imposant et gros livre pour bien appuyé qu’il était un réel geek de la connaissance et de la chrétienté. Est-ce pour cela qu’on retrouve un hibou sur le vitrail de Jean-Jacques Gruber ? Dans l’opinion commune les rapaces nocturnes sont symboles de sagesse en lien avec la connaissance cachée.
Ce fameux vitrail est le plus accessible, à droite dès qu’on rentre de l’église. Moderne car réalisé début 1940, on y retrouve quelques éléments clés de sa vie. Au niveau de sa tête, un bateau. Clairement, un bateau provenant d’Irlande pour arriver à Jumièges. Sur le même niveau, on y voit une baleine, parfois symbole de renouveau et de renaissance spirituelle. Comme si, quittant son Irlande, il repartait de zéro. En dessous on voit une sorte de baril. Est-ce pour signifier son rôle de cellérier ? Puis tout en bas on y voit des bâtisseur, pour symbolise Saint-Saen comme fondateur. Tout en haut, un bâtiment dressé aux tuiles orangées. Serait-ce le monastère fondé ou bien l’abbaye de Jumièges dans laquelle il a séjourné ? On y voit quand même beaucoup de têtes, comme si c’était très fréquenté.
Un autre vitrail plus en hauteur, réalisé par la Maison Gaudin dans les années 1930, représente un certain Saint-Sidonius. Ce Sidonius, serait-ce notre moine Sidoine et pas un autre ? Très certainement. Enfin, côté clocher, on retrouve deux petits vitraux plein de symboles. L’un renvoyant les origines irlandaises de Saint-Saen. On y voit clairement le fameux trèfle irlandais. Et l’autre renvoyant vers les chemins parcourus en tant que pèlerin chrétien.

Saint Leufroy
Saint-Saen dans l’Eure
Autre représentation de lui, on le retrouve étrangement en statue colorée à l’église de la Sainte-Trinité à Corny. On remarquera qu’il tient toujours son gros livre à la main. Et de son autre main, il tient comme le vide, la statue ayant apparemment perdu sa crosse, son bâton pastoral. J’aime croire d’ailleurs qu’il y ait des similarités avec la statue de l’église saint-saënnaise. En haut de sa tête, au niveau des ses cheveux, comme si dans les deux cas une petite mèche de cheveux bouclait sur son front. Réalité physique, coïncidence ou simple réalisation de ma simple imagination ?
Aucune idée du pourquoi on retrouve notre moine spécialement ici. À Corny. Corny, c’est dans l’Eure. Par contre, pourquoi on peut retrouver ses traces dans le coin ici et là, ça on le sait pourquoi. Parce que notre moine Sidoine a fondé d’autres monastères, avec son disciple Saint-Leufroy.

Leufroy d’Evreux (660 – Juin 738)
Noble d’Évreux, tout droit arrivé du monastère de Montérolier, Leufroy débarque en 686 auprès du moine Saen attiré par son « éclat de ses vertus », selon les mots de l’Abbé Pétin. À croire que les influenceurs de existaient déjà à l’époque. Et ce ne sont pas des instagrameurs fans de muscu’ mais des moines fans de chrétienté et de ses vertus. Rayonnant de sa popularité, notre moine Saen attire un certain Leufroy donc qui, avec lui, fondèrent des monastères dans l’actuelle région d’Évreux dont il est originaire.
Leufroy fonde notamment l’abbaye Croix-Saint-Ouen – en l’honneur de Saint-Ouen donc – et s’y installe en 694 pour y rester plus de quarante ans. Le lieu s’appelle désormais Croix Saint-Leufroy. On y trouve plusieurs vitraux représentant Saint-Leufroy qui a laissé beaucoup de traces de son passage ici et là. On le voit représenté avec l’évêque d’Évreux. On sait aussi que Leufroy était un grand ami de Saint-Ansbert, ancien moine Saint-Wandrille qui a remplacé Saint-Ouen en tant qu’évêque de Rouen.

Monastère Saint-Wandrille et de Saint-Saëns
J’en parle car dès la mort de Saint-Saen, dans les années 690 (On annonce ici et là la date de 689, mais en fait c’est une date minimale jusqu’à quand il a vécu !) très certainement, son monastère est dirigé par l’actuelle abbaye de Saint-Wandrille. (Anciennement appelée Abbaye de Fontenelle.) Son successeur Saint-Landon, est en effet responsable (734-737) à la fois du monastère de Saint-Saëns et de Saint-Wandrille. À partir de là, le clergé saint-saënnais devient comme chapeauté par l’abbaye de Saint-Wandrille pendant bon nombre d’années.
L’abbaye de Saint-Wandrille. Toujours une abbaye encore aujourd’hui. Et une brasserie, pour les connaisseurs de bières, depuis 2016 quelque chose comme ça. Pendant longtemps, c’est notamment là-bas que certaines reliques de Saint-Saen ont été sauvegardées, avec l’abbaye de Fécamp. Dans ces deux abbayes a perduré un bon moment d’honorer le 15 Novembre notre moine Saen.

Le Bienheureux
Reliques de Saint-Saen
Les reliques de Saint-Saen sont donc longtemps restées à Saint-Wandrille et à Fécamp. Aujourd’hui, si je comprends bien, un radius gardé à Fécamp est arrivé sur Saint-Saëns en 1975, alors que le bras reliquaire contenant un fémur est au musée des antiquités de Rouen. (Pour l’anecdote, le bras reliquaire a failli être transmis au Louvre ! (1908, p.136)) Pourquoi les reliques ne sont pas restées continuellement sur Saint-Saëns ? Parce qu’on évitait le pillage des Normands. Vous savez à l’époque des vikings là, où les Normands arrivaient pour prendre tout ce qu’ils trouvaient jusqu’à carrément en prendre un duché.
Pour sauver les reliques chrétiennes, la plupart ont fui la Normandie pour être gardées dans une église un peu plus loin. C’est le cas des reliques de Saint-Leufroy qui ont été gardées dans une église de Suresnes qui portait jadis le nom de Saint-Leufroy. Suresnes, En plein Île-de-France actuelle donc. Et les reliques de Saint-Saen alors ? Ont-elles suivi une même destinée ? Probablement. En Île-de-France on retrouve également une église Saint-Sidoine à Jablines. Est-ce que les reliques de Saint-Saen ont été déplacé là-bas pendant un moment et la présence des Normands ? C’est en tout cas ce que suppose notre curé Patrice Tchamabé, en exposant intelligemment cette idée.

L’oratoire du bienheureux
Aujourd’hui, on en garde donc plus grand-chose de notre moine Sidoine. À part, quelques reliques, un vulgaire cachet de cire et cet oratoire. Un oratoire au beau milieu du Catelier en prenant la Sente du Bienheureux. Petite parenthèse, parce que je ne le savais personnellement pas, bienheureux c’est le titre d’un religieux par béatification, c’est-à-dire un titre donné en reconnaissance des vertus et miracles locaux. Quand en titre religieux de Saint est suite à une canonisation, où la personne religieuse est alors universellement reconnue et étant au Paradis avec certitude, officiellement.
Outre l’oratoire, à côté de celui-ci, l’abbé Cochet et Jean-Michel Picard évoquent également la fontaine du bienheureux (appelée fontaine du puits bienheureux par l’Abbé Cochet (1871, p.260)) qui, selon la légende, aurait été bénite par lui-même dans le but de détourner le lieu culte celte vers un lieu culte chrétien. Car oui, comme me le rappelait Dominique Lemercier, là on a des arbres à pousse lente typique des lieux druidiques et celtes où l’on se recueillait : du if et du houx.
Avant même l’arrivée de Sidoine c’était donc déjà un lieu bien habité avec ses cultes et une grande histoire passée. Avant Sidoine, le site aurait été un site paléochrétien. Encore avant un lieu avec plusieurs villa romaines. Et encore avant un lieu celte avec donc un potentiel culte druidique en haut de cette colline qu’on appelle Le Catelier. Toute cette époque encore plus ancienne sera le sujet de la prochaine histoire à raconter.

Ressources
Pour cet épisode, la source principale de laquelle a découlé toutes mes autres références est La Vie de Saint-Saens écrit par l’abbé Legris en 1891. Un papier qui n’est pas en accès libre. Ça m’a coûté 18 euros. Je vous mets tout disposition ci-dessous : et en lien ici l’écrit de l’abbé Legris. Je suis dans le même esprit de notre moine Sidoine : partager la connaissance pour tous. Parce que selon moi sciences et connaissances devraient continuellement être en libre accès.
André Lejeune (1930) Notes d’André Lejeune, sur Saint-Saëns
Potin de la Mairie (1844) Recherches Historiques sur la ville de Gournay-en-Bray
Les Amis de Colomban : http://www.amisaintcolomban.org
Imaginaire Celtique (2022) Le Christianisme celtique, ça existe ? [Catherine Maignant] sur YouTube : https://youtu.be/drxGVJ8m6a4
Bruno Dumézi et Philippe Kahn (2015) Saint Colomban et l’héritage des moines irlandais KTO TV sur Youtube : https://youtu.be/8wXjVnIKse
Jacques Le Maho (2012) Le monastère de Jumièges (Seine-Maritime) à l’époque carolingienne https://books.openedition.org/purh/4698
David Jouneau et al. (2016) L’étude archéologique et sanitaire de l’église Saint-Pierre de Jumièges https://books.openedition.org/purh/17390?lang=fr
Abbé Pétin (1850) Dictionnaire hagiographique : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2985802/f467.item
Blog sur l’Église Sainte-Trinité de Corny : https://eglisedecorny27.blogspot.com/2021/05/la-statue-de-saint-sens.html
Abbaye de Bellefontaine (1996) Règles monastiques au féminin : Dans la tradition de Benoît et Colomban
Abbé Cochet (1844) Culture de la vigne en Normandie : https://www.bmlisieux.com/normandie/cochet01.htm
Abbé Cochet (1870) L’archéologie dans la Seine-Inférieure, rapport annuel : https://www.jstor.org/stable/41736743
Abbé Cochet (1871) Répertoire archéologique du département de la Seine-Inférieure : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36742w
Vernier (1921) Répertoire numérique des Archives départementales antérieures à 1790, Seine-Inférieur : https://archive.org/details/rpertoirenu01arch
Abbé Loth (1882) Histoire de l’abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges : https://archive.org/details/histoiredelabbay01loth
Abbé Legris (1891) Vie de Saint Saens abbé au diocèse de Rouen VIIe siècle : https://doi.org/10.1484/J.ABOL.4.00312
Jean-Michel Picard (1996) Les saints irlandais en Normandie https://books.openedition.org/puc/9953
Lecoffre (1902) Vie de Saint Ouen, évêque de Rouen (641-684) https://archive.org/details/viedesaintouenv00vacagoog/page/n19/mode/2up
Vacandard (1901) Principaux écrits sur S. Ouen : https://doi.org/10.1484/J.ABOL.4.00438
Jean-Michel Picard (2000) Les saints irlandais en Normandie : https://books.openedition.org/puc/9953
Claude Fournier (2009) Saint-Saëns Tome 5 : Le pays de Varenne-Eawy
https://www.archivesdepartementales76.net/archive/catalogue/communes76/saint-sans

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