Aphantasia : sans image tu penseras

Durant le précédent épisode, le 525 de Podcast Science, lorsque j’évoquais rapidement la visualisation mentale guidée pour se relaxer, c’était Pascal qui m’avait fait la remarque au sujet de l’aphantasie. Et a priori n’était pas la première, puisque j’avais déjà créé un fichier regroupant quelques publications sur le sujet tellement je le trouvais intéressant à développer.

➡️ Ce dossier a été réalisé pour l’épisode 526 de Podcast Science à retrouver par ici ⬅️

Définition

Étymologie

L’aphantasie est, par définition, l’incapacité à générer des images mentales. Aphantasie en un a seul mot. Pas « la » plus loin « fantasy ». En plus ça ne s’écrit pas pareil. Fantasy s’écrit avec un « f » et aphantasie s’écrit avec « ph ». Et pourtant les deux mots ont la même étymologie. À partir du mot grec phantasia (φαντασία) pour exprimer l’apparition d’image.


Google trend monde

L’apparition du mot

Aphantasie, c’est un mot qui est tout récent. La première publication qui invente le mot remonte à 2015. D’un certain Adam Zeman, un neurologiste britannique qui travaille toujours sur le sujet (Zeman et al., 2015). Ainsi si on tape dans un moteur de recherche de publications scientifiques le mot « aphantasia », par exemple sur Google Scholar, on passe en 2018 de quelques 147 résultats de recherche à 609 en 2024. Le terme commence à se faire connaître. Jusqu’aux blogs, vlogs et témoignages isolés sur internet et les réseaux sociaux. Juste pour comparer et avoir un ordre de grandeur, le terme « autisme » en 2024 compte plus de 6 000 résultats de recherche. Dix fois plus que les 600 et quelques du terme « aphantasia ».

Un mot qui existe que depuis 2015 donc. Mais ça ne veut pas dire que la recherche sur l’imagerie mentale (ou visualisation mentale) n’existe pas depuis déjà bien longtemps. C’est juste un mot qu’on a ajouté en plus pour bien décrire un phénomène. Un phénomène qu’on connaît depuis au moins le XIXème siècle, sous l’expression de « déficit d’imagerie mentale ». Aujourd’hui on a donc un mot pour ça : l’aphantasie.

Les origines

Que des personnes pensent avec moins d’images ça donc on le savait depuis un moment. L’intérêt pour cette manière de fonctionner a repris à partir d’un cas d’une personne ayant connu les deux. Née avec une manière de penser avec des images, elle est devenue incapable de générer des images dans sa tête après une chirurgie. On l’appelle le patient MX décrit (en Janvier 2010) par ce même Adam Zeman qui inventé le mot aphantasie (vers 2015).

Cette chirurgie, qui a provoqué cette aphantasie, n’a pas été une neurochirurgie où on farfouille dans sa tête. Non. C’était une intervention pour dilater voire déboucher les artères au niveau du cœur (angioplastie). Rien à a voir avec le cerveau donc a priori. Et pourtant, la personne a connu un avant et un après.

Pourquoi et qu’est-ce qui s’est passé ? Bah… on n’en sait rien. On suppose que c’est à cause du changement de flux sanguin, qui aurait créé un mini AVC transitoire (accident vasculaire cérébral ischémique) et qui aurait perturbé certaines connexions neuronales. Le seul indice qui suppose ça étant que la personne ayant eu un moment des picotement dans son bras gauche.

Dans tous les cas, aucun déficit cognitif ou neurologique est à signaler. Juste que la personne se dit incapable de générer des images… C’est quelque chose donc de purement subjectif et difficilement visible de l’extérieur. Pour savoir si une personne est phantasique ou aphantasique, le meilleur moyen de le savoir reste alors de lui demander.

Évaluation

Si vous le souhaitez, on peut essayer d’évaluer ça ensemble : si vous êtes vous-mêmes phantasique ou aphantasique. Comme pour beaucoup de fonctions mentales en psychologie, plusieurs échelles et questionnaires existent sur le sujet. Le test le plus connu évaluant l’imagerie mentale étant le VVIQ – Vividness of Visual Imagery Questionnaire (Marks, 1973) (Questionnaire de Netteté d’Imagerie Visuelle).

Un autre corrélé à ce dernier est la SUIS – Spontaneous Use of Imagery Scale (Échelle d’Utilisation Spontanée de l’Imagerie Mentale) – qui a été initiée par Kosslyn et al. (1998) puis standardisée par Reisberg et al. (2003) (Sabine Nelis et al., 2014). Si vous voulez avoir une liste des test et questionnaires possibles, l’excellente revue de littérature du Travail d’Etudes et de Recherche de Charline Montant, Elise Montaut et Pauline Taris en a fait une.

Comme on peut s’en douter, votre seul effort sera d’essayer de visualiser quelque chose dans votre tête. Premier exemple. Essayons de visualiser la tour Eiffel. En image, évidemment. Ce que je vais vous demander maintenant, c’est juste de me dire la netteté de votre image ou son absence carrément. Est-ce que vous n’avez aucune image ? Ou bien vous avez un vague dessin colorié ? Ou une photo précise ? Ou un décor réaliste des moindres détails jusqu’à la rouille de métal ?

Deuxième exemple. Imaginez, ou plutôt remémorez-vous visuellement, le visage de l’un de vos proches. Je peux essayer de vous aider. La rondeur de la forme du visage. Les tâches et couleurs du visage. Couleur des yeux. Taille des yeux… des sourcils… Distance du nez par rapport à la bouche et les yeux… Alors ? Ce visage en image. Est-il net et précis, flou et vaguement abordé ou simplement absent ?

Je trouve personnellement cet exercice là plus difficile. Un visage, même familier, j’ai du mal à m’en rappeler dans les détails. Il me semble que c’est plutôt le cas dans la population globale, mais je n’ai pas réussi à remettre la main sur l’article qui en parlait.

Troisième et dernier exemple. Lorsque vous lisez un roman. Est-ce que vous visualisez directement en image le décor ? Mieux. Est-ce que vous préférez des romans décrivant directement où sont positionnés les éléments visuels, ou bien des romans plus implicites rendant difficile à visualiser ce qui se passe en détails (et donc sollicite davantage l’imagination) ?

Spectre de la phantasie

Prévalence

Note post-dossier avec le recul quelques semaines plus tard : il est plus judicieux de parler de proportion et non de prévalence. La prévalence sous-entend une portion de la population touchée par une maladie. Or là on ne parle pas de maladie !

L’aphantasie est un donc phénomène, existant, descriptible et testable mais qui, a priori, est loin d’être courant. On estime qu’elle concernerait autour de 3 % de la population globale (Zeman et al., 2015 ; Dance et al., 2022 ; Zeman, 2024 ; Monzel et al., 2024). Toujours pour comparer avec une autre manière de fonctionner, on juge que la prévalence de l’autisme est de l’ordre de 1% seulement. Autisme qui pourtant a – je le rappelle – 10 fois plus de papiers scientifiques le concernant. Tout ça pour insister sur le fait que les études sur l’aphantasie sont loin encore loin d’avoir tout exploré. Cet épisode de Podcast Science sera très vite dépassé dans quelques années.

On aurait donc des personnes phantasiques, et des personne aphantasiques. Après, comme dans tout en psychologie, c’est plus complexe que des grandes cases entre tout et rien. Entre des images ou pas du tout. Il y a tout un continuum entre les deux. Tout un spectre. On peut avoir des difficultés à générer des images, mais quand même en avoir même si c’est très flou. Autre exemple, on peut être capable de générer des images et des souvenirs très nets sauf pour quelques thématiques, comme par exemple les visages. Tous différents que nous sommes, chacune et chacun se positionne donc sur un spectre et non pas entre deux catégories arbitraires bien séparées.

Hyperphantasie

Aux deux extrémités de ce spectre, non avons donc d’un côté l’aphantasie, et de l’autre son total opposé, c’est-à-dire la capacité ultime d’imagerie mentale. Où on peut littéralement imaginer comme si c’était la réalité. Générer une image c’est comme la percevoir dans la réalité. Avec tout autant de détails. On parle alors d’hyperphantasie. Cela concernerait environ 3 % de la population également (Zeman, 2024).

Et spécifique à générer des images et non pas se remémorer de quelque chose vu précédemment avec ses yeux. Ça, ce serait encore autre chose de l’ordre de ce qu’on appelle vulgairement parfois une « mémoire visuelle photographique » ou « mémoire éidétique » comme si on fixait à jamais, en mémoire, la réalité de ce qu’on voit avec nos yeux. C’est pas exactement la même chose que générer une image… Mais j’y reviendrai.

Qu’est-ce qui différencie une personne aphantasique d’une personne hyperphantasique dans la vie de tous les jours ? Hé bien, on peut aujourd’hui un peu y répondre. Dans la plus grosse étude qui existe, sur le spectre de la phantasie, il y en a une de 2020 de Adam Zeman. Le même Adam Zeman qui a créé le mot aphantasie, précédemment cité. Sur un échantillon de plus de 3 500 personnes, l’étude comprenait 2 000 aphantasiques et 200 hyperphantasiques. Et là-dessus, sur diverses réponses à des questionnaires, il a pu faire de sacrées statistiques solides pour mettre en avant des différences.

Phantasie et imagination

L’une d’entre-elles est l’activité professionnelle. La proportion des métiers dits artistiques est énorme chez les hyperphantasiques. À croire que pouvoir générer des images mentales à foison ça puisse aider à la créativité et à l’imagination. On s’en doute un peu. Quant aux personnes aphantasiques, elles tendent plutôt à éviter ce genre d’activités. Selon vous, quels sont les métiers les plus représentés chez les personnes aphantasiques ?

Les métiers les plus représentés chez les aphantasiques sont ceux autour des sciences, des mathématiques et de l’informatique. Tout ce qui est en rapport avec l’abstrait et la logique donc, a priori. Quelque chose à garder en tête par la suite. Et ça ne veut pas dire qu’il n’y a aucune créativité. C’est juste que sans imagerie mentale, il est évidemment plus difficile d’imaginer là où on va dans sa création. Que ce soit, dans la création visuelle, comme dans la création sonore…

Définition de l’imagerie mentale

Car oui… On oublie souvent de préciser : le terme d’aphantasie décrit l’incapacité d’imagerie mentale – et là écoutez-moi bien – qu’elle soit visuelle ou d’une autre modalité c’est-à-dire d’une autre sensorialité. Autrement dit, c’est l’incapacité à générer une image, un son, le souvenir d’une odeur, d’un goût voire potentiellement d’une émotion.

Alors c’est sûr ça peut porter à confusion Quand on parle d’imagerie, avec le mot « imagerie » on pense tout de suite aux images visuelles. Parce qu’aussi la vue est le sens le plus utilisé et sur-représenté chez l’être humain. Mais c’est à toutes les modalités, toutes les sensorialités, qu’elle peut évoquer. L’imagerie mentale est par définition le fait de générer une expérience sensorielle consciente, peu importe sa modalité (Montant, Montaut & Taris (2022) paraphrasant Pearson (2019)).

La modalité

Un bon nombre de personnes aphantasiques ne génèrent que très peu d’imagerie mentale quelle que soit sa modalité sensorielle entre 26% (Dawes et al., 2020) et 50% (Zeman et al., 2020) » Langlais, 2024). C’est ça l’aphantasie. Si c’est spécifique à une modalité, on peut alors parler d’aphantasie visuelle, d’aphantasie auditive, d’aphantasie gustative etc. Les recherches sont tellement récentes que ça discute fort sur la définition des termes et même la création de mots (Monzel et al., 2022). On parle dès fois d’aphantasie totale (e.g., Langlais, 2024), d’hypothantasie (Kvamme et al., 2025) ou de dysikonésie (Dance et al., 2021, 2022), pour telle ou telle spécificité.

La classification que je viens de vous partager est selon moi la plus claire est celle que recommande d’utiliser un certain Merlin Monzel, chercheur allemand en sciences cognitives dont on reparlera le moment venu (Monzel et al., 2022). Ouais parce que, on a vite fait le tour des grands noms de chercheurs et chercheuses sur le sujet.On a une équipe de psychologues allemands autour de Merlin Monzel et Cornelia McCormick. Côté britannique on a des neurologistes avec Adam Zeman déjà cité et Carla Dance parmi d’autres qui pense que le mot aphantasie doit être utilisé uniquement pour la modalité visuelle. Et côté australien, on a une autre équipe davantage psychologie cognitive voire philosophie avec notamment Joel Pearson et Rebecca Keogh. Bon ça reste que les grands noms qui fait office de vitrine, si ça vous intéresse, pour aller plus loin de vous-mêmes.

Cette classification, permet une première description plus fine de l’aphantasie, en fonction des modalités sensorielles. Par exemple, imaginez… disons… la musique de Joyeux Anniversaire… Imaginez-la sans parole, avec un son de piano. Puis un son de flûte. Puis un son de froissement de papier. Hé bah cette capacité là, de générer un son dans sa tête, c’est quelque chose de totalement inconnu pour les aphantasiques auditifs, les personnes incapables d’imagerie auditive.

Aphantasie auditive

Passons un peu plus de temps, sur cette imagerie auditive. Avec un autre exemple. Plus difficile selon moi. Est-ce que vous arrivez à vous remémorer la voix d’Alan, co-fondateur de notre bon vieux Podcast Science ? La tonalité de sa voix, la hauteur du son, le rythme de la parole ? Pire est-ce que vous vous sentez capable de l’imiter ? À imiter la voix d’Alan ?

C’est plutôt difficile n’est-ce pas ? C’est tout un art d’imiter une voix. Et même d’entendre une voix. Même sa propre voix. Vous savez, cette voix qu’on prend dans notre tête pour nous parler à nous-mêmes. Parfois c’est cette même voix qu’on prend quand on lit attentivement dans sa tête. Qui dans l’équipe à une petite voix dans sa tête ?

Aphantasie auditive verbale

Le fait de pouvoir se parler dans sa tête, on appellerait ça l’endophasie (chercheuse francophone sur le sujet : Hélène Loevenbruck). Voilà, si vous vouliez un mot de plus, c’est cadeau. L’endophasie. Pour le coup, avoir un mot spécifique, est ici justifié. Avoir son petit langage interne n’engage pas qu’une seule modalité, mais tout le corps entier : des muscles pour prononcer, au rythme de la respiration qui se cale sur le rythme de notre petite voix intérieure.

En gros, si votre petite voix intérieure prononce le son [o], vous aurez des chances que les muscles qui permettent de le prononcer réellement connaissent une petite activité. Ceux dans la gorge ou autour des lèvres par exemple. En plus des activités cérébrales liées aux régions prémotrices engageant la parole de manière motrice !

Entendre sans vraiment entendre

Certaines personnes ont une petite voix intérieure si présente et si audible, qu’elles ont l’impression d’entendre quelqu’un réellement parler. Elles sont hyperphantasiques (auditive verbale). À l’inverse, il y a des personnes, qui n’ont aucun langage intérieur quelle que soit la modalité sensorielle (anendophasie, anauralie). Enfin, pour d’autres, il y a une sorte d’entre-deux, où il est présent mais sans l’être vraiment… Elles expriment littéralement que cette voix intérieure : « on l’entend, mais sans vraiment l’entendre. » Allez. Bisou. On se voit la semaine prochaine. Laissez-moi une semaine pour essayer d’expliquer ça…

« On l’entend, mais sans vraiment l’entendre. » En essayant de traduire, ça veut dire que le langage intérieur est vraiment présent, c’est juste qu’il y a aucun son généré. On parle alors d’aphantasie auditive verbale. Et si vous pensez que c’est impossible d’avoir un langage intérieur sans voix entendue, je peux prendre l’exemple des personnes malentendantes. Les sourds de naissance ont aussi un langage intérieur. C’est juste qu’il serait davantage visuel, voire gestuel, avec une composante motrice et corporelle, où les mots n’auraient pas de sons mais des signes.

Remise en question des modèles en psychologie

Mémoire de travail

Tout ça mis ensemble, le fait que certaines personnes ne puissent ni générer des images dans leur tête, ni générer un son dans leur tête et ni même avoir une petite voix qui puisse boucler dans sa tête… tout ça… ça embête pas mal les modèles de la psychologie cognitive de base. Parce qu’en fait, beaucoup de modèles de la psychologie prennent comme prédisposition, ou comme prémisse de base, que toute personne puisse être capable à la fois d’imagerie mentale et de répétition verbale telle une petite voix dans sa tête.

C’est notamment le cas du très célèbre modèle de Baddeley et Hitch (1974 puis 2000) décrivant la dite « mémoire de travail ». La mémoire de travail c’est la mémoire qu’on utilise dans la vie de tous les jours pour se souvenir d’un truc, pour calculer, pour planifier, pour comprendre un truc qu’on lit, etc. Par analogie informatique, on peut dire que la mémoire de travail est la mémoire vive, si ça vous parle. C’est la mémoire qu’on utilise sur le moment pour réaliser une tâche, et qui se réinitialise au prochain redémarrage, ou à la prochaine tâche.

Modèle de Baddeley et Hitch

Hé bah, en psychologie cognitive, pour expliquer le fonctionnement de cette mémoire de travail le plus connu des modèles – le modèle de Baddeley – a besoin d’une part d’une composante visuo-spatiale (calepin visuo-spatial), donc la capacité à manipuler mentalement des images, et d’autre part une composante verbale auditive (boucle phonologique) avec une petite voix intérieure capable de répéter ce qu’on essaie de retenir en tête. En gros deux choses qui, à première vue, peuvent être absentes chez une personne aphantasique.

Et c’est là, le gros problème. Pas pour les personnes, mais pour le modèle. Puisque justement les personnes aphantasiques n’ont aucun comportement sous-tendant une mémoire de travail défaillante. Une mémoire de travail qui déconne, ça veut dire des difficultés à réaliser énormément de tâches cognitives au quotidien, comme calculer, retenir une numéro de portable, planifier des événements, et plein d’autre choses. SAUF. Sauf que chez les personnes aphantasiques, c’est pas ce qu’on observe…

Du coup, est-ce que c’est le modèle qui est pourri ? J’espère pas. Puisque c’est celui qui est à la base de beaucoup de choses dont des questionnaires et diagnostics neurocognitifs. Ça serait sacrément embêtant. En fait, c’est juste que les personnes aphantasiques utilisent d’autres stratégies cognitives. D’autres manières de fonctionner, à travers cette mémoire de travail (e.g., Keogh et al., 2021). Par exemple, avoir un langage intérieur non pas auditif, mais plus spatial, gestuel ou moteur… C’est tout autant de stratégies différentes que le modèle de base de la mémoire de travail n’arrive pas à distinguer.

Ni handicap ni trouble

L’aphantasie n’est donc ni un handicap, ni un trouble mental (Monzel et al., 2024), mais une manière parmi d’autre de fonctionner. Dit autrement, ce n’est ni moins bien, ni mieux, c’est juste différent. « Ce sont des variations de l’expérience humaine avec des avantages et des inconvénients à peu près équilibrés » (Zeman, 2024). Et il est temps de les évoquer, ses avantages et inconvénients, en allant un peu plus dans les détails. On va essayer de répondre ensemble à la question du : comment une personne aphantasique pense par rapport à une personne phantasique.

Pour essayer d’y répondre, il y a plusieurs petites études ici et là que je peux vous partager. D’abord celle de Wilma Bainbridge, Zoë Pounder et collaborateurs (2011) qui a juste demandé à des personnes aphantasiques ou phantasiques de redessiner de mémoire une image précédemment observé. Juste ça. Juste redessiner quelque chose de mémoire. Hé bien, les personnes aphantasiques dessinent moins d’objets et beaucoup moins de détails. Ça, c’est factuel.

Voir sans vraiment voir

En revanche, les objets dessinés sont bien disposés dans l’espace et la perspective. Autrement dit, côté descriptif de l’image il y a un peu de moins bien, mais côté disposition spatiale générale, là c’est ok. Si on reprend notre composante de mémoire de travail appelé « visuo-spatial », on peut alors dire que ce n’est pas assez précis. On a deux choses choses qui se mélangent. Il y a d’un côté le visuel, et de l’autre le spatial. Deux fonctions cognitives différentes, qu’on retrouve bien différenciée chez les personnes aphantasiques : douée sur le côté spatial, mais un peu de moins bien côté visuel.

On peut alors se représenter spatialement les choses sans passer par le visuel. Et ça, on le savait déjà. On peut prendre l’exemple des déficients visuels, aveugles de naissance ou même des chauve-souris avec l’écholocation. L’écholocation étant la capacité de se représenter l’environnement à l’aide du son. On peut alors se représenter mentalement l’espace environnant sans que ce soit visuel !

Neuropsychologie

Les deux voix neuronales

On a même des arguments neuronaux pour confirmer ça. Quand on voit quelque chose, la perception visuelle est principalement traitée dans une région cérébrale à l’arrière de notre tête, qu’on appelle le lobe occipital. Ces aires visuelles traitent isolément des caractéristiques comme, le contraste, le mouvement, l’orientation, la couleur, la forme, et plus on s’éloigne de ces aires visuelles primaires, plus le traitement de l’information est complexe, unifié et associé à ce qu’on connaît déjà. Et pour cela, il y a deux principales voies.

Pour faire court, il y a une voie dite ventrale (occipito-temporal) passant derrière nos oreilles (inféro-temporal) qui permet de décrire l’image visuelle et l’associer à nos mémoires. Et une voie dite dorsale (occipito-pariétal) passant par le haut de notre de tête (pariétal), qui permet de se représenter soi, et les éléments de l’environnement, dans l’espace. On a donc d’un côté une imagerie davantage visuelle descriptive et de l’autre une imagerie davantage spatiale.

L’exemple de la rotation mentale

Si ce n’est pas assez clair, on peut prendre un autre exemple. L’exemple de la rotation mentale. Si vous avez un objet en face de vous, ou même dessiné en deux dimensions sur une feuille, est-ce que vous êtes capable dans votre tête de la tourner dans tous les sens en 3 dimensions ?

Hé bah ça, c’est rotation mentale est donc possible sans qu’elle soit visuelle. C’est bizarre dit comme ça, pour des personnes habituées avec de l’imagerie mentale visuelle, mais c’est un fait. Même les personnes aveugles dès la naissance sont capables de rotation mentale.

Avant de clore sur la rotation mentale, j’ai une petite anecdote scientifique étonnante là-dessus à vous partager. Il y a plusieurs tâches de ce genre réalisées avec un objet dessiné en 2 dimensions, sur une feuille, et on demande à la personne quelle est la bonne réponse parmi d’autres dessins, quand on le fait tourner à certain angle de rotation, 20° ou 120° par exemple. Et ce qu’on montre, c’est que plus la rotation demandée en grande, plus le temps de réponse est long (première étude sur le sujet : Shepart & Metzler, 1971). Autrement dit, ça veut dire que dans notre tête, c’est comme si on tournait réellement l’objet, avec un certain temps de rotation.

Génération d’images Vs Traitement d’images

Pour résumé, quand notre cerveau analyse ce qu’on perçoit avec nos yeux, on a donc deux grandes voies l’une visuelle descriptive et l’autre spatiale. Et on a vu précédemment, que pour dessiner une image de mémoire, les personnes aphantasiques sont correctes voire meilleures pour situer les objets spatialement, mais moins bonnes pour les énumérer et les décrire en détails. Du coup, question, est-ce que la voie visuelle descriptive est moins bonne chez les personnes aphantasiques ? C’est ce que certaines études se sont posées comme question… Et la réponse est non (e.g., Keogh et al., 2021).

Parce qu’il faut bien différencier deux choses. Quand on parle d’aphantasie, on parle bien de difficulté à générer une imagerie mentale et non pas traiter visuellement ce qu’on voit. Il y a une sacrée différence. Entre traiter visuellement ce qu’on voit, c’est-à-dire décrire chaque élément dans son champ de vision, ça chez les personnes aphantasiques ça va. C’est bien générer une image soi-même, en fermant les yeux, qui est plus difficile. Je me répète encore une fois un peu différemment. Sur le moment présent, « la mémoire de travail visuelle n’est pas déficitaire chez les [personnes] aphantasiques » (Keogh et al., 2021). C’est bien le fait de se remémorer une image ou de générer soi-même une image mentale qui est déficitaire ou absent.

Analogie numérique

Si ma manière de dire est incompréhensible je peux tenter une analogie avec un téléphone portable. Prendre des photos avec son téléphone, ça, ça va, tout fonctionne. On peut même filmer, décrire chaque élément qu’on voit à travers la caméra etc. Le côté mémoire visuelle et mémoire de travail sur le moment présent, ça c’est ok. Ce qui est plus difficile voire absent pour les personnes aphantasiques, c’est de chercher à nouveau ces photos enregistrées dans son téléphone, et en créer soi-même.

On pourrait faire des rapprochements, avec ce qu’on différencie en philosophie entre conscience d’accès et conscience phénoménale. Pour certains chercheurs, les personnes aphantasiques présenteraient un « léger défaut », écrivent-ils, de la conscience phénoménale (Jianghao Liu & Paolo Bartolomeo, 2023). C’est-à-dire une conscience touchant à sa propre existence, ses expériences, le fait de prendre conscience de ses propres pensées et représentations mentales… Tandis que la conscience d’accès est plus factuelle (terre à terre ou matérialiste, pour vulgariser, comme une disque dur). C’est-à-dire décrire ce qui nous est accessible autour de nous, ou accéder factuellement à nos connaissances de manière la plus pure possible : décontextualisée de toute expérience sensorielle (amodalité).

En gros, capter son environnement extérieur vers l’intérieur et nos mémoires, tout se passe bien. On peut parler d’encodage en psychologie cognitive. Mais c’est de reprendre consciemment les informations sensorielles de l’intérieur qui est plus difficile. En psychologie cognitive ou parle de récupération en mémoire et de génération d’imagerie mentale. C’est ce côté là dont les personnes aphantasiques ont plus de difficulté.

Connectivité hippocampique-occipitale

J’insiste grandement là-dessus, parce que c’est ce qu’on retrouverait aussi neurologiquement dans la manière dont le cerveau fonctionne. Qu’en gros, l’information sensorielle passe dans un sens, pour l’enregistrer et travailler dessus, mais pas dans l’autre, pour s’en rappeler ou la recréer. Je vulgarise pas mal. Mais c’est un peu l’idée. Qu’il y ait bien encodage, mais peu de retour sur expérience. Dans une étude toute récente publiée en 2024 d’une équipe de chercheur allemands en neuroscience cognitives, Merlin Monzel, Cornelia McCormick et collaborateurs ont commencé à mettre en évidence des réseaux neuronaux moins utilisés chez les personnes aphantasiques.

Plus précisément, c’est l’interaction entre le lobe occipital – l’arrière de notre tête – et l’hippocampe – qui est zone du cerveau assez profonde derrière nos oreilles. Les personnes aphantasiques semblent moins utiliser l’interaction entre ces deux zones, cette dite connectivité hippocampique-occipitale (hippocampal-occipital connectivity).

Lobe occipital

Bon. Faisons un peu de neuropsychologie pour comprendre ce que ça veut dire. Le lobe occipital, c’est vulgairement dans ce cas là les aires visuelles, utilisées à la fois pour voir avec ses yeux, pour se rappeler d’une image visuelle voire générer une imagerie mentale visuelle. On trouve même des études montrant que plus l’image mentale est forte, précise et nette dans sa tête, plus l’activité neuronale du lobe occipital est intense.

Du coup, est-ce qu’une personne aphantasique n’a aucune activité dans cette région cérébrale quand elle se remémore d’un souvenir normalement visuel ? Alors… la logique voudrait dire que oui. Dans la réalité c’est un peu plus complexe que ça. C’est plus les connexions avec cette région, et ce qu’on en fait.

Quand on se remémore des choses, on reconstruit nos souvenirs éléments par éléments. Et cette reconstruction de nos souvenirs se fait différemment pour chaque personne. Bah il se trouve que les personnes aphantasiques le font, mais sans certaines modalités sensorielles et même si l’information est disponible.

Hippocampe et zones cérébrales antérieures

Je vais répéter ce que je viens de dire différemment, en ajoutant l’autre zone cérébrale citée précédemment. Vous savez cette dite connectivité hippocampique-occipitale. Le lobe occipital on vient de l’évoquer. Quant à l’hippocampe, un des grands rôles cette région est de se remémorer d’un événement vécu passé. Pour la faire court, lorsqu’une personne aphantasique se remémore de quelque chose, elle utiliserait très peu cette relation entre hippocampe et lobe occipital, entre mémoire et imagerie visuelle. Dit très vulgairement, c’est comme si la mémoire visuelle des images était possible, mais que la personne ne piochait pas dedans pour s’en rappeler.

Plus généralement encore, ce que les études d’imagerie cérébrale montrent, c’est un manque de connexion entre les parties avant frontales du cerveau et celles plus en arrière du cerveau. Lorsqu’on demande de remémorer quelque chose, l’interaction entre l’avant et l’arrière de cerveau est moins importante chez les personnes aphantasiques. En neuropsychologie, ce que ça veut dire c’est que réactiver volontairement des zones cérébrales liées à la perception est quasi-absent. Donc, quand une personne aphantasique nous dit qu’elle ne voit aucune image dans sa tête, elle ne se fout pas de nous et on a bien des indices neurologiques, physiologiques et cognitifs montrant cela.

Physiologie

Parmi ces indices, je vous ai cité l’expérience de redessiner une image de mémoire, et puis ensuite l’étude sur la connectivité entre hippocampe et lobe occipital, mais il y en aussi a plein d’autres. Côté physiologie, des études isolées ont utilisées par exemple la réponse de la pupille en étant plus ou moins contractée (Kay et al., 2022). C’est assez curieux d’ailleurs, je ne connaissais pas. A priori, penser à une forte image claire et lumineuse, ferait contracter notre pupille. Chose donc qu’on ne retrouverait pas chez les personnes aphantasiques.

Parmi toutes ces expériences ici et là, la plus connue à la dite tâche de rivalité binoculaire, initiée par une équipe australienne de psychologues et philosophes autour de Joel Pearson et Rebecca Keogh (2017). C’est ce qu’on appelle une tâche d’amorce : on montre au participant quelque chose qui va influencer ou non sa prochaine réponse. Ici on montre ou fait entendre des mots, avant de présenter un très court instant une image différente à chaque œil pour savoir qu’elle image il va voir : l’image perçue par l’œil ou l’image perçue par l’œil droit.

Par exemple, si je vous dis ou écris les mots « animal mignon », ça c’est l’amorce, et puis qu’après pendant moins d’une seconde je vous montre en même temps à l’œil gauche un chat et à l’œil droit un bâtiment en béton, les personnes phantasiques auront perçus le chat. Parce qu’elles se sont imaginées visuellement un animal mignon au préalable.

Alors que les personnes aphantasiques, verront une fois sur deux l’une des deux images de manière aléatoire, comme si l’amorce ne fonctionnait pas du tout sur elles. Ce qui sous-entendrait qu’elles ne se représentent pas visuellement l’amorce. Pas d’imagerie mentale. Bon ça reste dit de manière vulgarisée, normalement ce n’est pas avec des chats mais avec des rectangles colorés, mais vous avez l’idée. Ça c’était l’expérience de laboratoire la plus utilisée pour mettre en évidence une aphantasie.

Dernier exemple tâche cognitive

Avant de continuer, je vous cite une toute dernière expérience, où tout le monde peut participer. C’est rapide. Je vais juste vous lister 4 mots, supposant une question pour comparer entre deux choses. Vous allez voir c’est très simple. Est-ce-que vous êtes prêtes et prêts à jouer ?
– « Forme » « Castor » « Renard » « Longueur »
– « Visage » « Hollande » « Macron » « Rond »

Ce ne sont pas des items tirés de mon chapeau mais d’une étude de Jianghao Liu et Paolo Bartolomeo (Liu & Bartolomeo, 2023) montrant alors que les personnes aphantasiques sont très légèrement plus lentes à répondre et également moins confiantes en leurs réponses alors qu’elles sont tout autant pertinentes et correctes.

Parce que oui, je le rappelle, l’aphantasie n’est ni un trouble, ni un handicap, juste une autre manière de fonctionner qu’en sciences on essaye de titiller pour trouver des différences. Sauf que dans la vie de tous les jours, ces différences sont négligeables.

Épiphénomène ?

Question de l’utilité

On pourrait alors se demander à quoi ça sert. Si des personnes arrivent tout aussi bien à fonctionner sans, à quoi ça sert d’avoir des images mentales dans sa tête ? Est-ce que finalement c’est inutile ? Qu’un épiphénomène qui ne sert à rien ? Dit rapidement, cette question oppose les propositionnalistes des imagistes. Les uns pensent que l’imagerie mentale n’est qu’un truc en plus mais qui ne sert à rien, et les autres pensent qu’elle est réellement la manière dont fonctionne nos pensées et récupérations en mémoire.

Propositionnalistes

Pour les propositionnalistes (par exemple : Znon Pylyslyn) on pense d’abord avec des mots et des concepts abstraits. Certains parlent du « langage de la pensée ». Quand on se remémore quelque chose c’est alors ces concepts et attributs sémantiques qui viennent en tête, totalement déconnectés de toute sensorialité. Et l’image mentale créée, si on en créé une, n’est qu’une représentation fictive qui en ressort.

Je sais c’est très abstrait. Alors je vais tenter une analogie. Disons que c’est comme voir un visage dans une montagne (paréidolie). La forme des rochers ou la forme d’une montagne fait croire à un visage. Mais en réalité ce n’est évidemment pas un visage, c’est juste la manière dont les éléments sont agencés qu’on en tire une représentation d’un visage. Hé bah pour les propositionnalistes, c’est la même chose avec nos mémoires et notre imagerie mentale. De nos mémoires, on en tire des images, mais ce n’est pas pour autant que ça en est. C’est juste une création de l’esprit. Un effet secondaire. Un épiphénomène. Nos mémoires sont les montagnes, l’illusion des visages est l’imagerie mentale.

Ainsi, grâce à cette approche, on pourrait expliquer pourquoi une personne aphantasique est tout aussi fonctionnelle dans la vie de tous les jours. Parce que l’imagerie mentale n’en serait presque qu’optionnelle. Une illusion.

Imagistes

À l’inverse, pour les imagistes (par exemple : Stephen Kosslyn), nos mémoires sont certes conceptuelles et abstraites comme évoqué jusque là, mais aussi à chaque fois teintées d’une certaine sensorialité quand on s’en rappelle. Ainsi, la mémoire d’une couleur sera par exemple toujours associée à du visuel et une imagerie mentale. Si c’est le cas, ça voudrait dire que l’imagerie mentale est presque nécessaire pour se remémorer certaines choses contextualisées et liées à la sensorialité.

Alors selon vous, vous seriez plutôt côté des imagistes ou des propositionnalistes ? Vous êtes plutôt team que l’imagerie mentale est une option inutile dont certaines personnes ont accès ou que l’imagerie mentale est nécessaire pour être pleinement se remémorer du passé ?

Mémoire épisodique

Pour répondre à cette question, l’étude des personnes aphantasiques peuvent donner quelques éléments de réponse. Puisque si elles ont du mal à se remémorer des événements du passé, ça voudrait dire que l’imagerie serait nécessaire à se souvenir du passé. Et ce qu’on montre, dans les récentes études sur le sujet, c’est que… c’est le cas. Les personnes aphantasiques auraient plus de mal à se souvenir de certains éléments du passé. Mais pas n’importe lesquels. Ceux en lien avec le contexte, la sensorialité et sa propre vie subjective. Ceux en lien, avec ce qu’on appelle la mémoire épisodique.

Est-ce que vous avez des souvenirs de votre enfance ? Avec des images et des sensations ?
Si plutôt oui, vous êtes phantasique. Si plutôt non, vous êtes aphantasique.

La richesse de cette mémoire épisodique, liée aux événements de sa propre histoire subjective, serait généralement réduite chez les personnes ayant une aphantasie et augmentée chez celles ayant une hyperphantasie. De ce qu’en interprète pour l’instant les chercheurs et chercheuses, c’est que plus l’aphantasie est importante et totale sur toutes les sensorialités, plus cette mémoire épisodique est déficitaire (Langlais, 2024 ; Manik Bhattacharjee et al., 2025).

Et pour boucler avec ce qu’on a évoqué avant, cette mémoire là – la mémoire épisodique – neurologiquement, elle est corrélée à l’hippocampe, la partie du cerveau précédemment citée. Vous savez là, la connexion hippocampique-occipitale entre la zone profonde derrière nos oreilles et la zone à l’arrière de notre tête. Bah là on y revient. C’est un des réseaux neuronaux de cette mémoire centrée sur soi-même. Une mémoire donc appauvrie ou non-utilisée chez les personnes aphantasiques.

Je peux aussi vous posez la question dans l’autre sens. Pour les personnes capables d’imagerie mentale, est-ce que vous arrivez à vous souvenir d’un événement de votre vie passée sans générer d’images mentales ? Ça paraît impossible, non ?

Mémoire sémantique

Du coup, comment une personne aphantasique se souvient des choses ? Bah, a priori, elle le fait de manière totalement déconnectée de toute imagerie mentale, et donc de toute sensorialité. Si je vous demande de penser à une pomme, alors que la plupart des êtres humains penseront à l’image d’une pomme.. d’ailleurs quelle couleur la pomme ? Peut-être verte ou rouge. Donc alors que la plupart des humains penseront visuellement à une pomme, les personnes aphantasiques diront juste « bah je sais ce que c’est » et penseront au concept global voire au mot sémantique sans relation sensorielle.

Ça, se remémorer des concepts et des mots totalement décontextualisés et déconnectés de la sensorialité, en psychologie on appelle ça la mémoire sémantique. Une mémoire sémantique est un dictionnaire des concepts et des faits abstraits, par opposition à une mémoire épisodique liées aux souvenirs contextualisées avec une sensorialité. Mémoire épisodique et mémoire sémantique sont deux grosses cases très simplistes utilisées en psychologie cognitive de base pour expliquer notre manière de fonctionner, que j’ai déjà évoqué dans l’épisode 458 de Podcast Science.

L’amodalité

Au lieu de ça je préfère parler de modalité et d’amodalité. Les modalités, on en a déjà parlé, ce sont les modalités sensorielles. Quand on se rappelle d’une musique avec un son dans notre tête, le souvenir est alors teinté d’une modalité auditive. L’opposé de ça, on parle d’amodalité, c’est-à-dire le fait de se remémorer des choses de manière totalement détachée de toute sensorialité. Par exemple, quelle est la capitale de l’Espagne ? Bah ça, cette information, vous êtes allés la chercher dans votre mémoire sémantique et c’est une information amodale.

Et a priori, les personnes aphantasiques pensent et se remémorent les choses majoritairement de cette manière donc, de manière amodale. Parlons alors un peu de ça. D’amodalité en psychologie.

Durant l’histoire de la psychologie, c’est une grande question qui a été posée. Est-ce que nos connaissances accumulées avec le temps sont intimement liées à une sensorialité ou bien sont-elles indépendantes de celles-ci ? Dit autrement, est-ce qu’on a des connaissances liées au visuel d’un côté, d’autres liées au sons d’un autre côté, d’autres liées au mouvement, etc., ou bien avons nous des connaissances amodales qui se détachent de toute sensorialité et qui est interchangeable pour tous les sens de la vue jusqu’au toucher ?

Pensée amodale

L’exemple en sciences du langage

En neurosciences cognitives du langage, par exemple, on a quelques réponses à donner là-dessus. Puisqu’entre les mots entendus et les mots lus, on a deux sens qui entrent en jeu. L’ouïe et la vue. Énormément de recherches ont étudié les liens entre les deux, des réseaux neuronaux jusqu’à savoir comment l’information est traitée et encodée. Est-ce qu’on a d’un côté le visuel et de l’autre l’auditif ? Ou bien est-ce qu’on a quelque chose qui surplombe les deux en dehors de toute sensorialité ?

Pour les personnes capables d’imagerie mentale, elles peuvent facilement lire un mot et l’entendre dans sa tête. On inversement entendre un mot, et le percevoir écrit dans sa tête. Parce que le traitement sémantique, notre mémoire sémantique, est amodal, est interchangeable ou utilisable par toutes les modalités, toutes les sensorialités et pas cloisonné entre d’un côté le visuel et d’un côté l’auditif (e.g., Démonet et al., 1992).

Pour les plus neuroscientifiques d’entre vous, le traitement amodal du langage (centre conceptuel amodal) se réalise particulière au niveau de l’aire de Wernicke, si ça vous parle. C’est une région cérébrale (à la jonction de nos lobes temporal, occipital et pariétal) légèrement à l’arrière de nos oreilles.Hé bah, quand cette aire cérébrale dysfonctionne ou est retirée, on a des troubles du langage typique de ce qu’on appelle l’aphasie de Wernicke, où la lecture et la compréhension du langage sont touchées. Le traitement cognitif amodal déconne pas mal sur le côté sémantique, c’est-à-dire le sens des mots. En gros, par exemple, la personne arrive à répéter le mot entendu mais sans le comprendre. Ou alors, elle peut débiter des mots sans savoir ce que ça veut dire, ou utilise des mots qui n’ont pas lieu d’être. Donc parfois, discuter avec une personne atteinte d’aphasie de Wernicke, elle peut nous sortir des néologismes et des mots qui ne sont pas à sa place. Les pingouins démocratisent le sapin hivernalement de la bourse. Par exemple.

Quant aux études du langage chez une personne aphantasique, de la lecture à l’apprentissage d’une langue, on en est qu’aux balbutiements de la recherche. Si toutefois les manières de fonctionner sont différentes (Langlais, 2024 ; Hélène Loevenbruck). On peut par exemple imaginer qu’apprendre à lire sans une petite voix dans sa tête qui se remémore ou répète les phonèmes avec des sons est peut-être plus difficile. Mais ça, aujourd’hui, on n’est sait rien. C’est juste une hypothèse évoquée par les chercheurs et chercheuses.

L’exemple en psychologie du développement

Ça c’était pour l’exemple très rapide du langage, comme quoi l’information sémantique est stockée de manière amodale et interchangeable entre le visuel et l’auditif. On a plein d’autres études de ce genre qui tendent à montrer que la majorité des traitements cognitifs se font plutôt de manière amodale. Donc je répète une dernière fois, amodal ça veut dire que nos informations et connaissances sont enregistrées de telle manière qu’elles soient indépendantes de toute sensorialité. Autre que le langage, ce que j’aime bien citer pour expliquer ça, ce sont des études en psychologie du développement, découlant des travaux du couple Gibson dans les années 1960.

Pour n’en citer qu’une, prenons celle de Arlette Streri & Édouard Gentaz de 2003 qui étudie l’amodalité (ou plutôt le transfert intermodal pour être plus précis) chez les nouveaux-nés. Nouveaux-nés de quelques 54 heures en moyenne. La tâche est simple, on fait toucher un objet au bébé sans qu’il le voit, par exemple un cylindre. Puis, après ça, on lui présente deux objets en face de lui dans son champ de vision : un cylindre et une pyramide.

Hé bien, on se rend compte qu’il prend davantage de temps à regarder l’objet qu’il n’a pas précédemment touché, c’est-à-dire ici la pyramide. Comme s’il se délaissait du cylindre parce que déjà habitué et bien connu en l’ayant déjà exploré de manière tactile. Autrement dit, dès la naissance le petit bébé donne déjà du sens à l’environnement qui l’entoure de manière unifiée. Il commence déjà à mettre des petites étiquettes ici et là de manière amodale, qui peuvent être utilisées quelle que la sensorialité. Ça c’est rugueux… ça c’est pas bon… ça c’est doux… ça c’est rond…

Entre le bébé et le parent, souvent les interactions se font aussi de manières amodales. Par exemple, si le bébé devient content d’un objet ou quelque chose (émotion), le parent va surréagir en poussant un « ouaiiis » ou « youpi » sonore joyeux (auditif) voire danser ensemble (kinesthésie) avec un large sourire (visuel). En psychologie du développement, on parle d’accordage affectif : l’émotion du bébé est retransmise, presque en miroir, par le parent à travers une autre modalité sensorielle.

La pensée de la personne aphantasique ?

Et c’est cette manière d’étiqueter les choses, a priori innée, qui serait majoritairement la stratégie la plus utilisée par une personne aphantasique. Puisqu’on ne peut pas se remémorer ou générer des sons ou des images, il ne reste plus que le listing de faits et de mots. Ainsi quand elle retient une image, elle ne la retiendrait pas visuellement. Elle la retiendrait en étiquetant des mots et des concepts à chaque élément.

Si ce n’est pas assez clair, je peux reprendre une expérience qu’on a citée précédemment. Celle (2011) où on demande à des personnes de redessiner de mémoire une image vue précédemment. Je vous avais dit que les personnes aphantasiques, bien que moins performantes sur la quantité d’éléments redessinés de mémoire, étaient tout à fait capables voire plus performantes sur le côté spatial : c’est-à-dire agencer dans l’espace les éléments de l’image retenue.

Et ce qui est drôle, c’est que les éléments retenus ne le sont pas visuellement. Ce que ça veut dire concrètement, c’est que parfois la personne aphantasique redonne bien un élément à la bonne place spatialement, mais au lieu de le dessiner, elle écrit le mot. Au lieu de dessiner une lampe, elle écrit le mot « lampe ». Montrant encore une fois qu’elle étiquette les choses au lieu de le remémorer visuellement.

D’autres stratégies

Cette stratégie « d’étiquetage » verbal – si on peut l’appeler comme ça – est purement sémantique et amodale. De ce que j’ai lu ici et là, ce serait la stratégie cognitive la plus utilisée. On se souvient avec des mots. Il en existe toutefois d’autres. Au moins deux. Qu’on retrouve notamment en commun avec les personnes aveugles ou atteintes de déficience visuelle. On a d’une part une stratégie spatiale, où on se souvient avec des orientations – je sais ça peut paraître bizarre sans que soit visuel, mais c’est un fait – et d’autre part une stratégie kinesthésique où on se souvient grâce au corps et aux mouvements (Picard et al., 2010).

Toutes ces stratégies cognitives ont été et sont encore étudiées par un certain Maël Delem qui est en train de faire une thèse là-dessus à l’Université Lumière Lyon 2. Une thèse sur les profils cognitifs et corrélats neuronaux de l’aphantasie. Donc affaire à suivre…

La volonté

Variables du spectre

Avant de clore ce dossier, il y a une dernière chose à évoquer. On a parlé du spectre de la phantasie. On est plus ou moins capable de générer une imagerie mentale. Quelle que soit la modalité sensorielle. Du coup, toutes les personnes aphantasiques ne sont théoriquement pas aphantasique de la même manière. Certaines le sont uniquement visuellement mais arrivent à entendre des sons et avoir sa petite voix intérieure. D’autres ont uniquement une sorte d’imagerie kinesthésique basée sur le corps et les mouvements. Et parfois d’autres n’ont aucune imagerie du tout quelle que soit la modalité. Du coup, pour ces personnes-là obligées d’avoir une pensée uniquement sémantique et amodale.

Plein de différences à noter, justement en précisant la modalité sensorielle. Et il y a une autre variable que la modalité qu’on peut ajouter dans tout ce spectre de la phantasie. Une variable qu’on peut appeler la volonté. Et c’est de ça qu’il me manque de vous parler. Parce que pour certaines personnes aphantasiques, l’incapacité à enclencher ou générer une imagerie mentale est totale. Quelle que soit la condition. Quelle soit volontaire ou involontaire.

Volontaire ou involontaire

Est-ce que vous arrivez à rêver avec des sons et des images ?

Hé bah pour certaines rares personnes aphantasiques, mêmes les rêves et les générations involontaires d’imagerie mentales sont absentes (Krempel & Monzel, 2024). Et encore, je dis bien certaines personnes, ce n’est pas le cas de tout le monde. Ça reste a priori plutôt rare. De ce que j’en tire dans la recherche et témoignages au moment actuel où j’en parle, pour la plupart, lors des rêves, des images peuvent bien être générées (Zeman, 2020) ; c’est juste qu’il peut-être est trop difficile de rendre ses images conscientes, de s’en rappeler. Certaines personnes aphantasiques perçoivent parfois des flash d’images involontaires d’ailleurs. (« mind pops » Zeman, 2024). Par conséquent, pour la plupart des personnes aphantasiques, même si elles ne peuvent pas générer volontairement une visualisation, l’imagerie involontaire semble a priori préservé.

Si j’insiste un peu là-dessus c’est que ça sous-entend quelque chose d’assez essentiel que j’aimerais rappeler. Si les personnes aphantasiques sont capables d’imagerie mentale involontaire, ça veut dire que neurologiquement tout est là pour que ça marche. Encore une fois ce n’est ni un trouble, ni un handicap. Une personne aphantasique n’a pas quelque chose au moins. C’est juste une autre manière de fonctionner. Une autre manière de fonctionner qui, dit vulgairement, a ses « avantages » et ses « inconvénients ».

Projeter dans l’avenir

On a déjà évoqué ces « inconvénients » : un déficit de la dite mémoire épisodique. Sans modalité sensorielle, difficile de se rappeler de sa propre histoire subjective. Ça c’est pour le passé. Mais c’est aussi le cas pour le futur. Difficile de planifier ou se projeter dans l’avenir sans imagerie mentale ou références d’images du passé. Parmi les items des questionnaires évaluant l’imagerie mentale on a par exemple ce genre de questions :

Est-ce que vous vous projetez facilement en vous imaginant dans 10 ans ? Autre question, lorsque vous cherchez des meubles ou éléments de décoration dans un magasin, est-ce que vous arrivez à vous projeter comment ça pourrait donner chez vous ?

Si la réponse est complètement non à ce genre de questions, alors c’est un nouvel indice d’aphantasie. Au lieu d’une imagerie mentale pour se projeter, une des stratégies cognitives qu’opteraient les personnes aphantasiques serait de faire des listing de scenario, de manière textuelle, sémantique et amodale. On en revient toujours en ça finalement : une manière amodale de penser.

Des avantages ?

Peu ou pas de souvenirs du passé ça peut aussi avoir certains « avantages ». Ne pas se souvenir avec toutes ses sensations et émotions nos pires erreurs, nos pires traumas, nos pires douleurs… ça pourrait être un avantage, non ? Une personne aphantasique serait en théorie comme « immunisée » aux ruminations mentales voire aux réminiscences traumatiques.

Certains auteurs affirmeraient presque que les personnes aphantasiques soient plus heureuses… Bon. Tout ça reste à prouver avec bien plus d’études évidemment (Monzel et al., 2024). Ce que j’évoque là pour terminer ce dossier, ce sont plus des études exploratoires que des faits avérés. Le fait est que, outre la recherche de compréhension comment chaque humain fonctionne, l’aphantasie gagne de l’intérêt aussi sur ce point là : sur le côté des applications cliniques de sa compréhension.

Par exemple, on sait qu’une imagerie mentale trop intense est un facteur de risque d’hallucinations dans la schizophrénie. Même chose, une imagerie mentale négative trop intense et trop intrusive fait partie des symptômes anxieux et dépressifs. Peut-être que mieux comprendre le fonctionnement d’une personne aphantasique pourrait aider à trouver des moyens cliniques voire thérapeutiques pour réduire ou remédier à ce genre de trop plein d’imagerie mentale ? C’est en tout cas ce qui est déjà questionné parmi les discussions et interprétations des chercheurs et chercheuses sur le sujet (e.g., Holmes & Mathews, 2010).

Les émotions

Mieux que des questionnements évasifs, on suppose vraiment un lien entre émotions et imagerie mentale (e.g., Wicken et al., 2021, Monzel et al., 2024). Les émotions seraient ressenties bien plus intensément chez les personnes capables d’imagerie mentale. Par exemple, en lisant un livre, les émotions sont plus intenses quand on s’imagine visuellement la scène. Selon l’interprétation de ces chercheuses et chercheurs, l’imagerie mentale jouerait possiblement comme un rôle d’amplificateur des émotions perçues.

Donc inversement, si une personne est aphantasique, c’est qu’elle aurait une moins bonne amplification et compréhension des émotions perçues. Que ces émotions viennent d’elles-mêmes ou des autres. C’est pourquoi certaines recherches font aussi des liens avec l’autisme, où finalement la personne aphantasique a du mal à saisir les émotions des autres (e.g., Holmes & Mathews, 2010, Zeman, 2024).

D’autres recherches encore font des liens aussi avec l’introversion ou encore la sensibilité sensorielle (Carla Dance, 2022). La sensibilité sensorielle, comme quoi les personnes aphantasiques seraient éventuellement moins sensibles sensoriellement qu’une personne phantasique. Sur ce point là, pour le coup, c’est plutôt l’inverse de l’autisme. Dans l’autisme, les personnes sont plutôt hypersensible aux éléments sensorielles de l’environnement. Voire hyperphantasiques, pourquoi pas.

Atterrissage

Voilà. Des pistes d’explorations pour la clinique, aux émotions, l’autisme, l’introversion et la sensibilité sensorielle, ma fin de ce dossier fait un peu énumération, mais c’était surtout pour rappeler qu’on en est qu’au début de la recherche sur l’aphantasie. Et du coup, ça part un peu dans tous les sens.

Pour conclure, l’aphantasie est une manière cognitive parmi d’autres de penser et fonctionner sans générer d’imagerie mentale associée à une expérience sensorielle consciente. L’inconvénient principal étant d’avoir peu de souvenirs de sa propre vie, imagées, colorées de sensorialité et d’émotions. Peu d’imagerie du passé. Et même chose, peu d’imagerie pour se projeter vers l’avenir.

Du coup, pour conclure sur une petite touche d’humour, est-ce qu’on est pas là à l’ultime but que recherche le plus grand des spirituels à élever sa conscience durant une méditation ? À s’échapper de toute sensorialité charnelle, de toute référence futur ou passé, voir-même à s’oublier. Est-ce que finalement une manière de fonctionner comme le fait une personne aphantasique est ce que recherche ce genre de spiritualité : c’est-à-dire vivre ici et maintenant, dans le présent ?

Articles anglophones :

· Sabine Nelis et al. (2014) Mental imagery during daily life: Psychometric evaluation of the SUIS : https://doi.org/10.5334/pb.ag
· Adam Zeman et al. (2015) Lives without imagery – Congenital aphantasia : https://doi.org/10.1016/j.cortex.2015.05.019
· Adam Zeman et al. (2020) Phantasia – […] visual imagery vividness extremes : https://doi.org/10.1016/j.cortex.2020.04.003
· Rebecca Keogh et al. (2021) Visual working memory in aphantasia : https://doi.org/10.1016/j.cortex.2021.07.012
· Wilma Bainbridge et al. (2021) Quantifying aphantasia through drawing : https://doi.org/10.1016/j.cortex.2020.11.014
· Merlin Monzel et al.. (2022) Aphantasia, dysikonesia, anauralia […] https://doi.org/10.1016/j.cortex.2022.02.002
· Carla Dance et al. (2022) The prevalence of aphantasia : https://doi.org/10.1016/j.concog.2021.103243
· Carla Dance (2022) Less Sensory Overwhelm in Aphantasia: A Potential Advantage ?
· Feiyang Jin et al. (2024) A Systematic Review of Aphantasia : https://doi.org/10.3390/vision803005
· Merlin Monzel et al. (2024) Propositional Thought Is Sufficient for Imaginal Extinction […] : http://dx.doi.org/10.1111/psyp.14756
· Raquel Krempel & Merlin Monzel (2024) Aphantasia and involuntary imagery
· Yasemin Saplakoglu (2024) What Happens in a Mind That Can’t ‘See’ Mental Images
· Adam Zeman (2024) Aphantasia and hyperphantasia: exploring imagery vividness extremes : https://doi.org/10.1016/j.tics.2024.02.007
· Merlin Monzal et al. (2024) No general pathological significance of aphantasia : http://dx.doi.org/10.1111/sjop.12887
· Merlin Monzel et al. (2024) Hippocampal-occipital connectivity […] : https://doi.org/10.7554/eLife.94916.1

Ressources francophones :

· Excellent TER de Charline Montant, Elise Montaut et Pauline Taris sur l’aphantasie : https://charline-montant.emi.u-bordeaux.fr/TER/index.php
· Mémoire de Charlotte Langlais (2024) Trouble de l’aphantasie, mémoire et langues vivantes
· Mémoire de Pauline Fritz (2022) : Vivre sans imagination : exploration de la stratégie d’unification chez des patients ayant une aphantasie
· Zoë Pounder (juin 2021) TheConversation.com : Pourquoi certaines personnes ne peuvent pas former d’images mentales
· Gaëtan Collignon et al. (2022) Aphantasie et hypnose : une étude exploratoire : https://doi.org/10.1016/j.evopsy.2022.07.007
· Jianghao Liu & Paolo Bartolomeo (2023) InstitutDuCerveau.org : Enquête sur les caractéristiques des personnesaphantasiques
· Maël Delem (2023) Présentation de son étude exploratoire sur YouTube : Profil cognitif des aphantasiques
· Marc Gozlan (2024) LeMonde.fr : Tout le monde n’a pas une petite voix dans la tête
· Morgane Joulin (2024) NationalGeographic.fr : Aphantasie : pourquoi certaines personnes n’arrivent pas à générer des images mentales
· Psychomedia.qc.ca (2024) Aphantasie, hyperphantasie : vivre avec une incapacité ou une supercapacité de visualiser
· Bertrand Mongne (2024) Issues.fr : Un lien entre le manque d’imagination visuelle et la mémoire à long terme
· Manik Bhattacharjee et al. (2025) MedecineSciences.org : Les territoires mouvants du voyage mental
· Une association française : https://aphantasiaclub.fr/

Laisser un commentaire

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑