Des cercles de relations sociales
S’il vous arrive quelque chose là tout de suite de très stressant, vous appelleriez qui en premier pour vous aider ? Les premières personnes qui nous viennent normalement en tête sont les personnes dont on a le plus confiance. Ou en tout cas avec qui on pourra se sentir le plus serein pour affronter l’événement stressant qui vient d’arriver. C’est souvent un conjoint, un parent ou autre personne du cercle familial. Ou bien un autre proche de votre cercle d’amis. Et c’est de ces cercles dont j’aimerais un peu vous parler.
Ces cercles au pluriel, puisqu’on pourrait en décrire plusieurs. Rien qu’en différenciant la famille des amis, on peut sous-entendre une petite différence. Pour la plupart des personnes, le cercle familial est plus proche de soi, plus intime, que le cercle d’amis qui est légèrement plus externe et élargi. Même dans le langage courant, on utilise les mots frères, les bro, les fréros, sœurs, voire les Xxx–SistaAàaàhxxX– – si on remonte à une époque des skyblog et MSN de ma génération – des mots normalement réservés à la fratrie qui sont utilisés pour désigner des amis proches. Comme si ils et elles faisaient partie de la famille… « Comme si c’était un frère pour moi », dit-on parfois…
➡️ Cette chronique a été réalisée pour l’épisode 532 de Podcast Science ⬅️
Processus d’attachement (*)
Cette sensation qu’il ait des cercles relationnels plus au moins proche de nous, plus ou moins intimes, ce n’est pas qu’un simple ressenti qu’on essaie de théorisé là à la va-vite avec des cercles. Il y a toute une base scientifique là-dessus allant de l’éthologie à la sociologie en passant par la psychologie domaine de là où est né l’intérêt scientifique sur le sujet. Et si j’en parle ici, c’est que plusieurs modèles utilisent des cercles pour schématiser tout ça. Mesdames messieurs, je vais vous parler d’une des théories des plus connues de la psychologie, merci de faire un tonnerre d’applaudissement pour la théorie de l’attachement.
Alors d’abord, l’attachement. Qu’est-ce que c’est ? À quoi ça vous fait penser ? Est-ce que dans l’équipe vous auriez un synonyme ou des mots que ça vous évoque quand on parle d’attachement ? L’attachement c’est le lien de confiance réalisé avec les autres. Un lien affectif durable. Un lien qui est renforcé à chaque acte et comportement de confiance. Exemple simple, disons que j’ai besoin d’une chaise. Je demande alors au voisin s’il peut m’en prêter une. Il me prête effectivement une chaise, puis je lui redonne après en avoir plus besoin. Il s’installe alors un début de relation de confiance.
L’attachement c’est un peu ça. C’est quand il y a tellement eu d’échanges bénéfiques entre deux personnes que s’est crée une attache, un lien relationnel fort. Dans sa vision dynamique on appelle ça le système d’attachement. C’est un processus dynamique de la relation qui évolue au fur et à mesure du temps. Et qui évolue comme dans un jeu vidéo où le lien relationnel gagne des niveaux au fur à mesure des échanges bénéfiques. Si j’ai un certain besoin et que la personne répond à ce besoin, hop, level-up, niveau supérieur de la relation de confiance. Puis un autre jour si c’est cette personne qui a besoin d’une chaise ou d’un conseil, je lui donne, et hop, nouveau level-up de la relation de confiance.
Différents styles d’attachements
Plus ce niveau de confiance est élevé, plus la personne avec qui on s’attache fait partie de nos proches, de notre cercle d’amis voire notre cercle familial. Le plus intime. Mais on ne s’attache pas tous à quelqu’un de la même manière. Et même plus généralement, on interagit pas socialement tous de la même manière. Certaines personnes s’attacheront très vite, trop vite, quitte à sauter à la première occasion jusqu’à ne plus lâcher la personne ; et d’autres s’attacheront difficilement quitte à paraître très froids et distants. Ces différences, on les appelles les styles d’attachement.
| Dans les notions proches de la théorie de l’attachement on a : la gestion des émotions, les compréhension des émotions, la reconnaissance des émotions, l’empathie, la résilience, les interactions sociales et de nombreuses notions en psychologie du développement et de l’enfant. |
Il existe quelques rares outils et questionnaires tentant d’évaluer ces différences dans la manière dont on s’attache à quelqu’un. (Un des plus connu est le AAI : Adult Attachment Interview de George, Kaplan & Main (1985 puis 1996) https://doi.org/10.1037/t02879-000.) Habituellement, on cherche par exemple à savoir comment étaient ses relations avec ses parents ou les relations qu’on a ou aurait avec nos propres enfants.
Ces différences on les regroupe en quelques catégories. Si vous avez déjà attendu parler de « sécure » ou de quelqu’un de « insécure », les mots viennent de là, de cette théorie de l’attachement. Un style d’attachement sécure gère bien ses propres émotions et les relations avec autrui. Tandis que les dits insécures gèrent tout ça moins bien ou en tout cas différemment. Et ce n’est pas une personnalité ou un tempérament inné. Notre style d’attachement, qui nous est propre, s’est en grande majorité construit durant notre enfance. La théorie de l’attachement est donc tout d’abord une théorie du développement de l’enfant. Du coup… parlez moi de votre enfance…
Parlez moi de votre enfance…
Nos liens relationnels d’aujourd’hui, même ceux à l’âge adulte, sont réalisés en fonction d’un modèle relationnel qu’on a construit tout jeune enfant, avec nos parents ou autres personnes qui s’occupaient de nous. C’est comme si les interactions qu’on a eu avec nos parents « codaient » en nous une certaine manière d’interagir avec le monde (on parle de relation d’attachement intériorisé et surtout de modèle interne opérant).
Prenons un exemple. Disons que je suis un tout bébé, dans les bras de ma mère, et que je veux ma tétine posez sur un meuble un peu plus loin. J’ai alors un besoin, et incapable de me déplacer je suis totalement dépendant de ma mère sur ce coup là. Je vais alors pointer du doigt l’objet, peut-être même en babillant « titine.. ». Et ne voyant que je n’ai aucune réponse à mon interaction, je vais commencer à pleurnicher. C’est là que ma mère comprend enfin et va me chercher ma tétine. Super, on est content. J’ai eu une demande et ma mère y a répondu. Hop, level-up, niveau supérieur de la relation de confiance. Je peux alors me fier à la personne de confiance à qui je me suis attaché pour m’aider et m’encourage dans la vie. Et ça, si c’est répété durant mon enfance, je vais le retenir pour toute ma vie comme un modèle de base pour interagir avec le monde. Ce modèle étant : « je peux me fier à la personne de confiance à qui je me suis attaché pour m’aider et m’encourage dans la vie ». C’est ce qu’on appelle un style d’attachement serein ou sécure.
Par contre, à l’inverse, si ma mère ne comprend pas ma demande ou alors m’ignore ou alors s’énerve parce que mes pleurnichements sont devenus des pleurs et des cris, si c’est répété – et c’est important d’accentuer là-dessus : si c’est répété que ma mère ignore, ne comprend pas ou se met en colère – là ça va « encoder » en moi une manière plutôt anxieuse d’interagir avec le monde. J’ai alors deux solutions dans la manière de me comporter. Soit je laisse constamment mon système d’attachement activé, et je me dis que tant pis, je me fie entièrement à ce que ma mère veut pour moi, et mes propres besoins personnels ne sont que secondaires. On appelle ça un style d’attachement anxieux. La personne est hypervigilante. Soit je désactive mon système d’attachement et me dis que tant pis, je me débrouillerai tout seul, autant se couper du monde puisque personne ne m’aide. On appelle ça un style d’attachement évitant. Et ça résume un peu deux grands styles d’attachement qu’on appelle insécures, et qu’on retrouve donc aussi à l’âge adulte (littérature scientifique à partir de : Cindy Hazan & Phillip Shaver (1987) Romantic love conceptualized as an attachment process : https://doi.org/10.1037/0022-3514.52.3.511).
| Développement de la relation d’attachement chez le bébé : – 2-3 mois : orientation des signaux sans discrimination de parent particulier. – 3-7 mois : orientation des signaux vers « une » personne discriminée. – 7 mois et + : maintien de la proximité avec la figure discriminée par locomotion et signaux. – 3-4 ans et + : de plus en plus capable de sentir en sécurité à l’extérieur du contexte familial. |
Être insécure ?
Pour l’un prédomine une certaine anxiété à perdre quelqu’un et pour l’autre une certaine anxiété à s’attacher à quelqu’un. L’un est pot-de-colle anxieux quitte à s’oublier pour l’autre personne, l’autre est fuyant et distant quitte à se faire tout petit et invisible. Ça reste caricatural. Je pourrais paraphraser pendant des heures là-dessus, mais revenons à notre cercle intime qu’il soit familial ou d’amitié. Quand ce cercle intime est ou fonctionne différemment, c’est là qu’on différencie plusieurs styles d’attachement.
Je rappelle le modèle serein de ce cercle intime qui est : « je peux me fier à la personne de confiance à qui je me suis attaché pour m’aider et m’encourager dans la vie ». C’est un style d’attachement serein et sécure qui concerne à peu près 65 % de la population (Stéphanie Pinel-Jacquemin & Nathalie Savard, 2010). Pour les autres, les dites personnes « insécures », dans leur tête, il est constamment incertain qu’une personne soit présente pour les aider.
Du coup, pour certains, pour être sûr d’avoir une personne dans son cercle intime pour les aider, ils vont s’attacher à outrance à une personne quitte à ressentir que toute sa vie dépende d’elle. À l’inverse, d’autres vont glorifier une personne comme inatteignable, pas digne de soi, et ne vont jamais croire voire accepter que quelqu’un puisse être dans son cercle intime pour l’aider.
Bon, encore une fois, c’est dit très rapidement, mais j’ai d’autres cercles dont j’aimerais vous parler. Dans tous les cas, ce cercle intime proche de nous existe malgré tout. C’est juste une autre manière d’interagir avec le monde et les gens.
| Et quand ce cercle intime et serein est absent, qu’est-ce qui se passe ? Hé bien, il se passe qu’on a aucun lieu, ni aucune personne à qui se confier ou se fier pour réguler nos émotions pour décharger le stress de nos journées ou plus globalement nous aider dans la vie. Du coup, hé bah, selon certaines interprétations des comportements psychopathologiques, l’auto-agression comme les scarifications seraient une manière de gérer ses propres émotions. |
Théorie de l’attachement
Tout ça, ça vient originellement donc de la fameuse théorie de l’attachement. Théorie développée au milieu du XXème siècle fondée d’abord par un certain John Bowlby (des années 1950 à 1980). Un psychiatre… psychanalyste. Je ne vais pas faire toute une conférence sur cette théorie, mais juste me baser sur une anecdote. Parce qu’il était psychanalyste donc. Mais, il a été fortement dénigré par ses congénères, parce qu’il remettait en question un des piliers de la théorie psychanalytique : celui de la théorie de l’étayage.
Pour en savoir plus sur la théorie de l’attachement : dossier sur sante.gouv.fr ou encore
Dugravier & Barbey-Mintz (2015) Origines et concepts de la théorie de l’attachement : https://doi.org/10.3917/ep.066.0014
Le théorie de l’étayage présuppose que le besoin affectif, ce cercle intime de contact avec l’autre, n’est que secondaire et s’étayant sur le besoin de se nourrir qui lui est primaire. Dit autrement, pour les psychanalystes, si un bébé a envie de proximité avec un parent c’est parce qu’il le nourrit : j’aime bien être avec lui parce qu’il me nourrit. Or, John Bowlby est catégorique là-dessus, ce n’est pas le cas. Le besoin d’attachement, le besoin affectif, de soin, de contact et de tendresse est un besoin primaire. Primaire car nécessaire à l’enfant pour survivre (Romain Dugravier & Anne-Sophie Barbey-Mintz (2015) Origines et concepts de la théorie de l’attachement : https://doi.org/10.3917/ep.066.0014).
Un besoin primaire
Pour affirmer ça, il se base sur plusieurs travaux de plusieurs horizons. C’était de l’interdisciplinarité avant l’heure. Par exemple, en éthologie avec la fameuse expérience de Harlow qu’on a déjà évoqué j’en suis sûr sur Podcast Science. Dans cette expérience, on a isolé un singe de sa mère, pour le mettre en présence de deux leurres maternel. Un en ferraille qui le nourrit et un autre qui est juste doux à son contact. Et ce qu’on observe, c’est qu’à chaque moment stressant, il ne va pas au contact du leurre qui le nourrit, mais bien au contact de leurre le plus doux. C’est un des arguments allant dans le sens que le besoin de contact intime est un besoin primaire.
| Transdisciplinarité – éthologie : couple Harlow, Konrad Lorenz – psychanalyse : Donald Winnicott, René Spitz – psychologie cognitive : Kenneth Craik – psychologie de l’enfant : Mary Ainsworth, Mary Main – psychologie du développement, plus tard : Stern, Zazzo, Cyrulnik, etc. |
Parmi d’autres arguments, Bowlby se base aussi sur ses propres études. La principale retenue étant celle d’enfants londoniens arrachés de leurs familles (1951), durant la seconde guerre mondiale, pour les isoler en campagne. Le but était d’éviter qu’il se fasse bombarder. Sauf que, bien qu’ils soient nourris et logés, leur santé se dégradait, leur développement ralenti voire arrêté. À cause de quoi ? Bah, selon l’interprétation de Bowlby, parce qu’ils étaient privés de leurs relations affectives avec leurs parents. Dit grossièrement, on leur arrachait ce cercle intime et serein sur qui se reposer. (Il y a aussi les observation de René Spitz qui existent, où les tout jeunes enfants privés de soins maternels peuvent littéralement se laisser mourir : le concept d’hospitalisme.)
Ainsi, le besoin de soins et de contact physique
ou dit de manière vulgarisée le besoin d’attachement
est un besoin primaire.
Processus d’exploration (*)
Mais la théorie de l’attachement ce n’est pas que ça. Ce n’est pas que la qualité de la relation qu’a un enfant avec ses parents. C’est encore plus vaste. Elle englobe à la fois la relation avec les personnes dont on a confiance, certes, mais aussi et surtout les capacités d’exploration et d’expression de soi dans le monde externe. Externe à ce cercle intime (travaux de Mary Ainsworth sur ce sujet là et d’autres, qui est une actrice tout aussi importante que Bowlby dans cette théorie de l’attachement).
La théorie de l’attachement ce n’est pas donc un seul processus, mais deux : un système d’attachement et un système exploratoire. (Ça me fait personnellement penser aux stades de développement d’Henri Wallon, théorisant certains stades introspectifs centrés sur soi et des stades plutôt exploratoire et sociabilisant vers le monde extérieur.)

Le schéma du Cercle de Sérénité : Kent Hoffman, Robert Marvin, Glen Cooper, & Bert Powell (2002) The Circle of Security project : https://doi.org/10.1080/14616730252982491 puis (2006) The circle of security intervention : https://doi.org/10.1037/0022-006X.74.6.1017.
Pour illustrer ça, retournons dans l’enfance, avec ma « tétine » que je veux atteindre. Mais disons que cette fois-ci je suis un peu plus grand et je peux me déplacer. À partir des bras de ma maman je veux chercher ma tétine à l’autre bout de la pièce, posé sur une chaise. Sauf que cette fois-ci, au lieu d’être à 4 pattes comme je le fais tous les jours, je commence à me mettre debout. Me voilà alors à essayer de marcher sur mes deux pattes.
Pas trop confiant sur mon initiative, je me retourne pour regarder ma mère, pour voir si c’est ok pour partir à l’aventure et tenter le coup sur mes deux pattes. Je la regarde. Tous les signaux ont l’air d’être au vert, elle me fait un sourire niais, en faisant oui de la tête, et disant un truc comme « vas-y ! ». Ça a l’air donc d’être ok. Et je me lance. Sur mes deux jambes. Les mains en avant vers ma tétine, mon précieux, à quelques mètres de là. Je fais un pas. Deux, puis trois. Et me ramasse la tronche au sol. Je me mets rapidement à pleurnicher et fais demi-tour en rampant vers les bras de maman qui me console.
Ça, typiquement, c’est le système d’exploration de la théorie de l’attachement. Dans les schémas, on dessine ce processus comme un cercle également. Un cercle fléché qui fait un aller-retour. Je pars de ma base sereine pour partir en exploration, dans l’environnement – à rencontrer d’autres personnes ou faire des choses nouvelles pour moi – puis je reviens vers ma base sereine quand mon exploration devient trop tendue émotionnellement. Cette base sereine, mon cercle intime, met des mots sur mes émotions, sur ce qui vient de se passer et répond à mes besoins. Ça peut être avec une mère, un parent, un grand frère ou autre personne (Olivia Troupel-Cremel & Chantal Zaouche-Gaudron (2006) https://doi.org/10.1016/j.psfr.2006.01.001) voire tout un groupe qui prend soin de nous.
Ce cercle fléché qui fait un aller-retour en dehors de sa zone de confort, est pas mal popularisé dans le monde anglophone par ce qu’on appellerait en français le Cercle de Sécurité ou Cercle de Sérénité, souvent repris au sein d’institutions et formations privées (e.g., Circle of Security) pour appliquer ces principes de la théorie de l’attachement, aux comportements parentaux. Dans l’éducation des enfants donc.
| Exemple d’études de cas : Claud Bisaillon, Zoé Richard-Fortier et Johanna Navarro (2019) Le Cercle de sécurité parental, ou l’importance d’améliorer les représentations parentales : deux études de cas https://doi.org/10.3917/dev.191.0055. Dans la continuité des Modèles Internes Opérants, les auteurs reprennent d’autres études parlant « fonction réflexive parentale (FRP), soit la capacité du parent à se représenter ses propres états mentaux et ceux de son enfant, ainsi qu’à considérer l’impact de ses propres états mentaux sur ceux de son enfant. » |
Parce que oui, je le rappelle, ces interactions avec le tout jeune enfant façonnent la manière dont il interagit et va interagir avec le monde qui l’entoure. Si lors de ma chute enfantine, quand j’essayais de marcher sur mes deux jambes, ma mère se mettait à souffler, grommeler puis partir en me laissant seul là dans mon échec, si ce genre d’interactions est répété, ça intégrera en moi une vision du monde bien moins sereine avec qui interagir. (Voir les travaux de Mary Ainsworth,).
Donc pour résumer, j’ai décrit deux cercles. Un cercle autour de nous qui délimite un lieu intime, une base sereine – comme le cercle familial par exemple – et un cercle avec des flèches dynamiques qui sort du premier pour aller vers l’environnement extérieur et qui revient. Je sais, j’imagine que c’est un peut-être un peu difficile à visualiser, juste avec des mots. Et encore on peut rajouter plein d’autres cercles comme ça…
Des cercles partout !
En psychologie, il existe des modèles écologiques qui schématisent avec plusieurs cercles, les différents types de relations et interactions qu’on a avec notre environnement. Dans ce type de schéma, vous être donc au centre d’un cercle, puis d’un autre plus grand qui englobe le tout et encore d’un autre toujours plus grand, emboîté l’un dans l’autre comme les couches d’un oignon ou les poupées russes. Et plus le cercle est petit et proche de vous, plus les relations sont intimes et directes.
On peut alors reprendre notre cercle familial et cercle d’amis évoqués au début. Le cercle familial intime est le cercle le plus petit et proche de nous. Puis vient le cercle d’amis, de voisins, de collègues, de personne habitants le même lieu que nous, de journalistes qu’on voit à la télé, etc., etc. Chaque relation nous influence plus ou moins directement en faisant partie ou pas des cercles les plus intimes.

Modèle écologique du développement humain de Urie Bronfenbrenner
(1979 : https://doi.org/10.2307/j.ctv26071r6 ; puis 1986)
Des prémisses d’attachement en sociologie
En sociologie, un certain chercheur francophone au nom de Serge Paugam reprend le concept d’attachement (à partir Émile Durkheim et de John Bowlby) mais justement à une échelle sociale plus large. Et pareil, il classifie les relations du plus ou moins intime, de la famille, à la citoyenneté en passant pas les amitiés, activités locales et monde du travail.
| Jusqu’à même les institutions et l’État. Et finalement pourquoi pas. Que ce soit au sein d’un État ou au sein du monde du travail, on cherche à se rendre utile en attendant une certaine reconnaissance en retour. C’est une relation qui, si elle est bénéfique, devient une relation de confiance qui gagne des niveaux au fur à mesure des échanges jusqu’à en devenir un relation d’attachement. Ça donnerait alors un truc du genre, mon cercle social est serein si : « je peux me fier à l’institution de confiance à qui je me suis attaché pour m’aider et me soutenir dans la vie ». Autour de ça, ça pose plein de questions du paternalisme au nationalisme, en passant par l’énergie donnée dans le monde du travail à une institution ou une entreprise. Si une personne noue un lien fort avec une nation, un État, il ne serait pas étonnant d’y redécouvrir des styles d’attachement là-dedans. Mais ce que je dis là, c’est que du blabla je n’ai rien lu là-dessus. |
L’attachement au-delà d’un personne
Cette idée que notre système d’attachement puisse s’étendre à autre chose à ce point n’est pas nouveau. En grandissant jusqu’à l’âge adulte ce système, cette base sereine, évolue avec le temps. Au fur et à mesure qu’il est intériorisé, il pourra s’étendre donc à d’autres êtres humains, comme on l’a évoqué, mais aussi un animal de compagnie, un objet, voire des lieux et des espaces géographiques.
Concernant les objets auxquels on s’attache, on peut penser aux peluches, au doudou (les objets transitionnels de Donald Winnicott, attention aux oreilles c’est de la psychanalyse) puis au grigri ou un bijou. Quant aux lieux et espaces, on peut penser à son petit chez soi, son petit cocon. Son chez soi ça peut aller de la ville dans laquelle on vit, son quartier, son appartement, jusqu’à un endroit précis, comme le lit. Pour beaucoup, le lit est un endroit de décompression, un lieu serein pour enfin se poser hors d’atteinte de tout stress extérieur.
Mais ça peut être un lieu refuge totalement extérieur à là où on vit. Pour prendre un exemple personnel, quand j’étais ado, j’avais un lieu en forêt où je me posais quelques fois, lors de questionnements ou quand la vie me foutait un sacré taquet derrière la nuque. C’était qu’un simple trou entouré de houx. Mais le lieu devenait presque un lieu spirituel, presque un lieu de recueillement, où je venais quelques fois par an.
Pour moi, il n’est pas alors étonnant qu’en psychologie des religions, ce concept d’attachement soit aussi repris. Que ce soit pour une divinité ou un lieu géographique offrant un espace en dehors de tout stress, où on se ressource, où on donne du sens aux émotions et événements de la vie (Victor Counted & Hetty Zock (2019) Place Spirituality : An attachment perspective : https://doi.org/10.1177/0084672419833448). Ce lieu géographique dont on s’attache pouvant être un lieu spirituel, comme une église, une mosquée, une fontaine, une forêt ou un cercle de pierres…
Voilà j’espère ne pas avoir trop tourner en rond ou vous avoir perdu dans tous ces cercles. Je suis quand même parti du cercle familial pour arriver à un cercle de pierres. Oserais-je dire que si tous nos proches s’appellent Pierre, ce serait aussi un cercle de Pierre ? Je ne sais pas. Je n’ai rien dit.

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