
André Lejeune est LA référence historique de Saint-Saëns. Son ouvrage, au trop modeste nom de Notes sur Saint-Saëns (1930), rassemble tout ce qu’il a amassé sur l’histoire de la commune. Plus que des notes, c’est une réelle mine d’or aux informations, interprétations et questionnements dont leur fiabilité ne me déçoive que très rarement.
Fait intéressant : il n’est pas historien par diplôme. Ni par métier. Il avait son entreprise de maçonnerie. Était-ce via l’architecture des bâtiments qu’il s’est intéressé à l’histoire ? Son travail d’historien est d’un travail étonnamment minutieux, avec des dessins reproduits de ses mains.

Famille d’entrepreneurs maçons
Albert André Lejeune né le 25 juin 1886, originaire de Saint-Saëns, est issu d’une famille d’entrepreneurs maçons arrivée depuis peu rue Neuve (l’actuelle rue Astride Briand). Son père Pierre Évariste Lejeune était entrepreneur maçon. Son frère Pierre Jules Lejeune était maçon et chaufournier. Et lui-même donc, était entrepreneur maçon. En 1926 par exemple, on retrouve Pierre et sa famille habitant à La Martinique, dont le fils Raymond (né en 1906) est… toujours… maçon. Quant à André, il habite rue Dillard avec Germaine Marie et ses enfants : Ernest Pierre, Oscar Auguste, Andrée Louise. Cette année-là, en 1926, André Lejeune emploie plusieurs saint-saënnais dont :
- Henri Dumesnil (né en 1903, habitant route d’Yvetot, maçon pour A. Lejeune)
- Geogres Olivier Bastide (né en 1877, habitant de la route de Rouen, maçon pour A. Lejeune)
- Charles Dechamps (né en 1867, habitant du Vaudichon, charretier pour Lejeune A.)
- Jules Alphonse Duvivier (né en 898, briquetier pour M. Lejeune André)
- Alphonse Larose (né en 1920, habitant rue d’Haussez, maçon pour Lejeune André)
- Nedd Bloquet (né en 1903, briquetier pour M. Lejeune A)
- Marcel Louis Larose (né en 1898, habitant du Quesnay, ouvrier maçon pour Lejeune A.)
Enfin, Pascal Larose (né 1862) et Roger Larose (né en 1900), habitants du Quesnay, sont écrits comme maçons pour Lejeune. Reste à savoir lequel. Travaillent-ils pour André ou son frère Pierre ? Tous sont indiqués travaillés pour André, sûrement que eux aussi, puisque André n’est donc pas qu’un simple ouvrier maçon mais plus un patron comme son père. Patron ou entrepreneur comme ils l’écrivent dans les textes. Voilà donc un bel exemple du phénomène sociologique de reproduction sociale : même métier, même classe sociale.
André, acteur local
Bien qu’ayant débuté en tant qu’ouvrier sous l’aile de son père, André Lejeune n’est toutefois pas issue de la classe ouvrière, et a eu durant sa vie un certain rayonnement. Il a été conseiller municipal, a participé à des séances entre historiens et archéologues seinomarins, et il a été nommé officier de l’Académie le 15 Février 1935 pour ses travaux civils d’historien, notamment en mettant en avant (en 1929) des erreurs de placements parmi les vitraux de l’église.
Part moins mise en avant de son histoire mais pourtant importante, il participa à la guerre de 14-18. Il en ressortira gravement blessé. Il est titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre. André est aussi une proche connaissance du général Hély d’Oissel qui lui fournira d’ailleurs pas mal d’informations intéressantes pour son ouvrage Notes sur Saint-Saëns.
Enfin, plus anecdotique, André étant un prénom répandu, Lejeune un patronyme également répandu, plusieurs André Lejeune a existé au début du XXème siècle. Des André Lejeune sont toulousain, parisien, rouennais (celui-ci détourne l’argent et tente de suicider), ou encore fécampois (celui-ci est secrétaire général du Cross de l’Étoile Cycliste Fécampoise)…
André cité dans
- 1922 : participera à la rénovation du chemin de fer en fournissant des ballasts (Le Journal de Rouen, 21 Septembre 1922)
- En tant que historien
- 1929-1930 : présence à certaines séances sur l’archéologie du département. Son plus connu apport concerne les vitraux de Saint-Saëns. Il remarque que les verrières cassées sûrement durant les guerres de 1450 (contre les Anglais ou les Bourguignons) faisant partie d’une partie d’un mur reconstruit en 1840, ont été remises dans un mauvais ordre. En gros que les inscriptions ne correspondaient pas à la scène qu’elles devaient décrire. (Bulletin de la commission dans antiquités de la Seine-Inférieure, p.24, 1933)
- 1933 : mentionné sur les rumeurs de la présence de Madame de Maintenon à Saint-Saëns (La Revue normande)
- 1933 : mentionné sur l’histoire du loup dans le pays de Bray, pour ajouter qu’une chasse aux loups a existé dans le pays de Bray (Bresle et Vimeuse : journal républicain indépendant)
- 20.02.1934 : est noté membre correspondant de la Commission départementale des Antiquités. Il donne des infos et son avis sur le Jardin du Roi de Rome aux Ventes-Saint-Rémy pour abattre les arbres au centre. (Bulletin de la commission dans antiquités de la Seine-Inférieure, 1939)
- 11.12.1934 : une note de lui sur une découverte sur La Haye d’un gros bloc de poudingue qu’il juge être « la pierre supérieure d’un dolmen », mais dont les autres archéologues en doute. Il faudrait fouiller le foyer et la cavité à côté s’il y a des céramiques, précisent-ils. Encore faut-il que le propriétaire des lieux ne rebouche pas le trou formé. Est évoqué qu’un certain R. Fortin géologue devrait passer sur Saint-Saëns. (Bulletin de la commission dans antiquités de la Seine-Inférieure, 1939)
- Hommages
- 13 Avril 1936 Journal de Rouen
- 14 Avril 1936 Journal de Rouen
- 17 Avril 1936 Journal de Rouen
- 24 Avril 1936 Bulletin de la commission des antiquités de la Seine-Inférieure (p.172)
- 2006 : Claude FOURNIER écrit plusieurs ligne d’hommage dans le Tome 3 (p.57) de ses ouvrages sur Saint-Saëns

Chronologie
- 1877 : parents mariés à Saint-Vaast-Dieppedalle près de Tôtes (Claude Fournier, Tome 3 p.57)
- 1878 : naissance de son grand frère Pierre Lejeune
- 25.06.1886 : né à St-Saëns de Pierre (Évariste) Lejeune et Esther (Scholastique) Dargent (parents âgés de 32 ans)
- 1888 ou 1889 : naissance de sa petite sœur Marie LEJEUNE
- 9.02.1914 : marié à Doudeville avec Germaine Marie Ménard
- 1915 : naissance de Ernest Pierre
- 1916 : naissance de Oscar Auguste
- Guerre 14-18 : a été gravement blessé durant la guerre
- 1920 : naissance de Andrée Louise
- Autour des années 1930 : travail d’historien et appelé à restaurer des monuments
- 15.02.1935 : nommé officier de l’Académie
- 04.1936 : décès




