Époque des guerres mondiales

Chronologie en grandes dates

  • Époque précédente : Époque des tanneurs (1789 – 1898)
  • 1900 : la majorité de l’actuelle nouvelle église est construite
  • PREMIÈRE GUERRE MONDIALE (1914 – 1918)
  • ENTRE-DEUX-GUERRES (1918-1939)
  • DEUXIÈME GUERRE MONDIALE (1939-1945)
    • 9 juin 1940 : les allemands entrent dans Saint-Saëns
    • hiver et printemps 1942 : « aéroport » clandestin
    • mai-juin 1944 : bombardements et aviateurs secourus
    • 31 août 1944 : Libération de Saint-Saëns
  • Époque suivante : Renouveau moderne (1945 – 2000)

Saint-Saëns républicaine progressiste

1900 : l’église et la fontaine

La construction de la fontaine Dillard et la nouvelle église ont été globalement terminées cette année-là, en 1900.

Cavalerie prise en photo en 1911 par Ernest Morisset

1914 – 1918 : vivre au temps
de la Grande Guerre

Entre-deux-guerres :
un faux (re)départ

Septembre 1919 : fête du retour des soldats

Le retour des soldats est fêté en grande pompe avec messe, fanfare, cortège et déambulation. C’était la fin de LA Grande Guerre, en même temps. Côté musique, on nota la présence du tambour municipal et ensuite doyen des tambours de France : Félix Pichonnot (décédé plus tard à Saint-Saëns le 31.08.1931). Sont aussi présents le général Hély d’Oissel, les municipaux, fonctionnaires ainsi que le secrétaire d’État aux finances et son sous-secrétaire (1917-1920), banquier et inspecteur des finances Charles Sergent (décédé plus tard à Saint-Saëns le 29.10.1949). André Lejeune écrit (p.517) qu’en 1924 il partit pour Londres avec une délégation ministérielle des finances.

1920’s : dernier souffle des tanneurs

Le déclin des activités industrielles du cuir touche à sa fin. La Grande Guerre aura achevé la mort de l’activité avec la perte de sa force de travail ouvrière. Pourtant, Robert Guérin et Auguste Guérin s’entêtent à en construire toute une industrie avenue Emmanuel Brion : la tannerie de Guérin frères. Est-ce un nouveau départ ? Non. Un faux départ. L’industrie fera un flop et fermera quelques années plus tard (dans les années 1930 sûrement). En 1926, déjà, on ne recense plus que deux maîtres-tanneurs : Robert Guérin et Léon Morisset. Ce sont les scieries Brion puis Hartout (1891-1960) et la verrerie Duchaussoy (1923-1931) qui reprendront le relais de l’activité économique la plus imposante en exploitant le plus grand nombre de personnes.

25 mai 1930 : fête coloniale

Vers 14 heures, le monument en la mémoire du baron d’Haussez est inauguré « sur l’initiative de Louis Prévost notaire de Saint-Saëns » (André Lejeune, p.518). L’affiche de la fête est titrée : « fêtes du centenaire de l’Algérie. » Une fête coloniale donc. À « fêter » la prise de l’Alger à laquelle le baron d’Haussez à participer. Fêter les colons et les barons… pourquoi ne pas dire « vive l’empereur, vive l’empire pendant » qu’on y est 🙄… Ci-dessous une photo prise ce jour-là, avec le monument érigé en question. À droite, non visible, il y a la fontaine Dillard. Le buste en bronze du baron d’Haussez sera ensuite fondu par les allemands pour « des canons » (Fournier Tome 4, 2008).

Avec de la persévérance j’imagine qu’il est possible de tenter d’identifier les gars présents sur cette photo. J’imagine que l’un d’entre-eux est Louis Prévost (notaire) à l’initiative du truc, par exemple. André Lejeune cite aussi un certain Émile Barbier (tavernier ?) qui a réalisé une brochure sur l’expédition coloniale du baron d’Haussez.

8 février 1937 : l’eau potable

Le réseau d’eau potable saint-saënnais actuel date de 1962. Pourtant, l’eau aurait pu être distribuée à tous encore bien plus tôt ! Dès 1893 le projet était déjà en place. Et en 1937, une nouvelle demande solide a été faite à la mairie. Est-ce un nouveau départ pour concrétiser le projet ? Non. Un faux départ. Malgré un dossier complet, le 8 février, le maire de l’époque Paul Hartout n’en fait rien. Pourquoi ? Certainement parce qu’il y avait des conflits d’intérêt. Paul Hartout était à la fois maire, patron de la scierie et propriétaire des terres autour de la source d’eau potable.

Mai 1940 : vitrail de Jean-Jacques Gruber

Le 20 Mai 1940 Jean-Jacques Gruber pose son vitrail du moine Saint Saen, à droite de l’entrée de l’église. Saint Saen (où Saint Sidoine) est toujours représenté portant un livre et son bâton pastoral. Plusieurs petits symboles se repèrent ici et là pour évoquer sa vie et le personnage : un bateau, un hibou, une baleine etc. Pour en savoir plus :

25 mai 1940 : Saint-Saëns bombardée

Déjà, courant mai, les écoles étaient fermées. Saint-Saëns voyait défiler sur ses routes des colonnes d’évacués, exilés, réfugiés français fuyant l’invasion allemande. Certaines colonnes d’exodes étaient même canardées par les airs ! Comme le 18 mai 1940 à Morgny-la-Pommeraye où plusieurs des blessés ont été soignés à l’hospice saint-saënnais. Et pourtant ! Pourtant… il était formellement interdit d’être pessimiste et parler d’invasion allemande et de déroute militaire française sous peine de condamnation. La propagande et censure françaises étaient tellement fortes que même en campagne et aux petites villes comme Saint-Saëns on imaginait encore que la guerre allait être gagnée pour les français et alliés.

La désillusion fut terrible. 24 mai. Neufchâtel est bombardée. 25 mai. Saint-Saëns est bombardée. Ce jour-là l’église est touchée par une bombe incendiaire. L’orgue et un de ses récents vitraux sont a jamais disparu. Ce fut un des rares bombardements sur Saint-Saëns. Alors que Neufchâtel-en-bray fut détruite à 78%. Celui sur Saint-Saëns aura tout de même fait au moins une victime : madame Maréchal (née Cumont) où sa maison rue Val de Boulogne (actuelle rue Paul Lesueur) a été bombardée.

On raconte souvent que Saint-Saëns a été bombardé qu’une seule fois. Mais plus tard, le 8 juin, un autre aurait au moins détruit des bâtiments pas loin du presbytère. Il fit 2 victimes : Adrien Couvert 55 ans, Adèle Debonne 83 ans née Laharanger.

Bastions des alliés : septembre 1939 – juin 1940

En occupant parfois la place, et stationnant des transports et dépôts de munitions dans un herbage au Lihut et un autre le long de la Varenne à la Boissière, que ce soit durant la Grande Guerre de 14-18 ou au début de la seconde guerre mondiale, c’était la même stratégie adoptée par l’armée britannique. Les anglais étaient logés ici et là : Hôtel de la Gare, Hôtel de Rouen chez les Legardien, salle des fêtes (cinéma-théâtre actuel), savonnerie

Nick Winter et Pasty Koyli faisaient partie de ce régiment britannique stationné sur Saint-Saëns (entre l’automne 1939 et juin 1940). Ils sont revenus plus tard, après la guerre, pour revoir leurs amis saint-saënnais réalisés sur-place. Reprenant les propos de Nick Winter, Claude Fournier écrit (tome 4, p.93) : en revenant sur Saint-Saëns en 1983 « lorsque le car […] avait atteint la Roulière, il avait aussitôt reconnu l’endroit où son convoi avait été mitraillé en 1940 par l’aviation allemande ; quatre de ses camarades avaient été tués. » Bizarre que Claude Fournier n’ait pas explicitement fait le lien avec les soldats anglais exhumés et inhumés un an plus tard (juin 1941) alors qu’il en décrit les faits dans son même ouvrage :

  • décédés le 6 juin 1940 vers 17h à La Roulière les soldats anglais (inhumés le 20 juin 1941) :
    Mc Millun ; DR Weaver ; Mc Instesch ; B. Rychon (selon ce qu’en écrit Claude Fournier)
  • décédé le ? juin 1940 : soldat anglais exhumé au Pont du Thil le 4 juin 1941
  • décédé le 8 juin 1940 : aviateur anglais ou canadien exhumé au Fief Thoubert le 4 juin 1941

1940 – 1944 : vivre sous l’occupation
fasciste allemande

9 juin 1940 : arrivée des allemands

Les allemands entrent dans Saint-Saëns le dimanche 9 juin, le même jour que la bataille Beaumont-Roquemont développée par Claude Fournier dans le Tome 4 : La longue nuit (2008), ouvrage référence sur la vie locale durant la seconde guerre mondiale. Beaucoup ont fuit pour leur vie, mettant tout sur leur charrette, leur voiture, leur brouette, à prier de ne pas se faire canarder par les airs sur le chemin. Les autres qui sont restés se feront opprimer. « Les Allemands avaient tout réquisitionné chez nous : chevaux, foin, récoltes… », se souvient [Robert Ratel à la ferme de Bailly]. Son père, agriculteur de profession, avait même été contraint de participer à des convois pour l’armée allemande. » (Enzo Etton pour Le Réveil, 2024).

L’entrée des allemands s’est faite sans combat. Claude Fournier raconte que ce jour là un petit char Renault aurait été détruit au Camp Tillou, dans les virages avant le Grimplet. Était-il en fuite ? Sûrement. Et qu’ils l’ont détruit avant de fuir pour ne pas le laisser aux mains de l’ennemi. Tout le monde fuyait. Parmi les rares commerçants qui n’avaient pas fuit – en plus de rester ouvert ! – on avait le café de madame Carlus en face de la mairie, qui attendait le retour d’un fils, Jean Carlus, qui ne reviendra jamais car tué sous les bombes à Neufchâtel-en-bray le 24 mai. Présents encore sur Saint-Saëns, Claude Fournier cite aussi Georges Delaire (vicaire au curé-doyen de la paroisse) et potentiellement Soeur Julie supérieure de l’hospice.

Entraides ou collabos

Les dénonciations étaient nombreuses, surtout par lettres, dénonçant quelqu’un d’opposé au pouvoir allemand, communiste, étranger, juif, soldat allié, prisonnier évadé… Par collaboration ou par besoin d’argent ? Peu importe. Les français se tiraient dans les pattes. Même un voisin. En plus de ça, si ce n’étaient pas les allemands, les vols et pillages se faisaient aussi par des français opportunistes (réfugiés comme locaux). En même temps, on y manquait tellement pour bien vivre (nourriture, charbon, essence, pneu, vélo…) !

Vols et marché noir étaient d’actualité. Des choses bien mises en évidence par Claude Fournier dans son ouvrage et qu’on retrouve régulièrement dans les journaux installant une certaine inquiétude constante. Était-ce une insécurité voulue pour être mise en avant pour les autorités locales ? À Saint-Saëns il existait un sacré trafic de vélos par exemple (25 janvier 1941). On les volait, on les repeignant et hop on les revendait.

Mais si tout le monde réussissait à se nourrir malgré tout d’un quignon de pain, c’était surtout grâce à l’entraide. Exemple simple, pour se nourrir, les gens se mettait à élever des poules, lapins ou même un cochon à l’abri des regards. Et quand il fallait égorger un cochon, le charcutier venait aider. Il en sera malheureusement condamné par la suite… Le marché noir part à la base aussi de l’entraide locale, de troc pour survivre, en passant outre l’occupant qui ponctionnait sur tout.

Boulot – dodo dans le silence complet

L’Écho de la vallée de Bray (07.09.1940)

Pendant que les plupart des hommes valides étaient au front (ou prisonniers ou en déroute), c’étaient les femmes qui assuraient la stabilité du pays. Si on ajoute en plus les nombreux exodes des habitants, il manquait encore plus de monde ! Les allemands cherchaient alors des gens pour diverses fonctions. Par exemple, en cherchant un boulanger, ils dénichent un certain Hyacinthe Valet. Et comme il était aussi à la mairie, ils le désignèrent maire on attendant le retour d’exode des autres, pour le retour d’une mairie fonctionnelle vers fin juin 1940 sous Paul Hartout maire et Eugène Legras adjoint.

Beaucoup d’habitants revinrent, quelques jours plus tard. Mais ça n’anima pas plus le bourg. Pendant les premiers mois le bourg était littéralement mort, les seuls visages qu’on voyaient dans l’espace public sont ceux des affiches de propagande allemande. Les espaces d’échange sont rares. Les déplacements également voire interdits. On était soit chez soi, soit à l’usine. En plus de couvre-feu la nuit. Seuls les militaires allemands s’octroyaient le luxe de déambuler dans le centre ville, à pieds ou en véhicule motorisé, voire plus tard de traîner dans les cafés. C’est dans des moments pareils qu’on se rend compte que l’espace public est foncièrement politique.

4 juin 1941 : premier acte résistant

Le chanoine Chouquet, curé-doyen de Saint-Saëns, voulait donner des dignes obsèques aux soldats anglais et/ou canadiens décédés sur Saint-Saëns début juin 1940, dont les deux inconnus cités précédemment (Fournier Tome 4 p.36). Les obsèques se firent dans l’église avec Marseillaise, anciens combattants ornés de leurs décorations et drapeau français (que l’abbé gardera dans l’église). Un acte qu’on pourrait décrire de résistance française qui aurait pu être réprimé par les allemands ; et effectué dans un espace réduit de l’église, à cause d’une partie avant condamnée depuis le bombardement de l’an passé.

L’abbé Chouquet était peut-être la première personnalité du bourg à affirmer une identité française résistante tout du long de l’occupation. Un « prêtre-soldat », aurait-il aimé se décrire. Chaque mardi matin par exemple, une messe était réalisée en l’honneur de prisonniers. À 8 heures. À l’heure française. On estime qu’il y avait environ 70 prisonniers saint-saënnais. Parfois, étaient organisés des événements pour financer des envois de colis à ces-derniers (par exemple le 14 septembre 1941). Des envois gérés par la Croix Rouge, organisation localement présidée par madame Édouard Leverdier.

Bastions des oppresseurs et résistants

Saint-Saëns avait une cellule résistante très active. Il y existait 3 réseaux en même temps. Outre les maquisards et résistances rurales communistes des FTP (Francs-Tireurs et Partisans) voire FFI (Forces Françaises Intérieurs), Saint-Saëns était un pôle d’aide et de secours aux aviateurs alliés et logeait également une personne importante du renseignement français (Réseau Centurie) qui faisait office de messagère dans toute la France et au-delà : Simone Vallès. Saint-Saëns était en plus lieu d’une ligne aérienne clandestine réalisée en 1942 du côté des plaines de Maucomble et de la Haye.

  • Réseau Centurie : Simone Vallès
  • Cellule Résistante aidant les aviateurs alliés : Jacques Vallès
    • Marcel Legardien et Suzanne Legardien
  • Liaison aérienne clandestine :
    • 27-28 février 1942 : le premier, le colonel Rémy (Gilbert Renault) part pour l’Angleterre
    • 27-28 avril 1942 : Pierre Brossolette part pour l’Angleterre
    • été 1942 : installation d’une vigie allemande sur la plaine de la Haye
  • FTP (Francs-Tireurs et Partisans) et FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) :
    • Gaston Carmont qui à La Libération sera lieutenant responsable local
    • le groupe Louis Fromager, Christian Barais, Jean Auriol, Jacques Papin et Paul Lesueur (cf. page Paul Lesueur)
  • Résistants citoyens de tous horizons :
    • « Madame Leroy » qui a hébergé des aviateurs dans sa ferme à la Roulière
    • Ernest Leroy

La demeure d’Almazan est un le premier bâtiment investi par les allemands, dès leur arrivée, pour leur garnison militaire. La mairie était ensuite un des lieux importants investis, ainsi que divers lieux de logement comme l’Hôtel de Rouen. Un centre de commandement était établi jusqu’à la fin de l’occupation rue des Tanneurs. Aucune idée de où exactement.

9 septembre 1942 : photo de Léon Pontieu

C’est une des « rares photos » de la période sous occupation (Fournier, Tome 1, p.16). Un certain saint-saënnais Léon Pontieu (né le 2 février 1919 à Neufbosc – décédé le 14 avril 2020 à Saint-Saëns) qui était pourtant parti pour la zone libre, est sur Saint-Saëns par permission, et a pu prendre ce cliché où la linerie avenue Emmanuel Brion prend feu. Il s’était engagé dans l’armée dès 1939, raconte-t-il pour Le Réveil. Claude Fournier précise qu’il était pour autant interdit de prendre des photos et qu’il n’en avait pas connaissance à l’époque. L’ancien combattant est revenu sur Saint-Saëns dès 1944 (pour se marier à Montville avec Marthe Martin) et y finir sa vie jusqu’à ses 100 ans fêté à la maison de retraite le 2 février 2019.

19 août 1942 : l’échec des alliés

Lors de la tentative de raid à Dieppe par les anglais et principalement canadiens, à Saint-Saëns on vit arriver sur la place toute une artillerie, tanks et chars. Les habitants en avaient des sueurs froides en imaginant un affrontement dans la vallée… Fallait-il encore fuir ?… Finalement, l’opération Jubilee (wiki) fut un énorme échec. Des milliers d’hommes perdus. La garnison militaire allemande autour de la fontaine Dillard délogea la place dans la journée.

23 janvier 1943 : arrestation de Pierre Sénéchal

24 juin 1944 : bombarder les lanceurs « ski-site »

Le coin, de la Boissière à la forêt d’Eawy, était un repère pour lancer les V1. Les bombes volantes, les « robots » comme on les appelait à l’époque. À Montérolier, une base militaire secrète – organisation Todt – existait aussi. Au total on aurait recensé 117 rampes de lancement autour de Saint-Saëns et en forêt d’Eawy. Dont beaucoup si ce n’est tous étaient non-opérationnels. C’était la principale menace et la principale cause des bombardements alliés dans la zone (surtout en 1944). D’ailleurs, les armes antiaériennes allemandes étaient nombreuses autour de la forêt pour éviter ses bombardements, touchant de nombreux avions.

Parmi tous les bombardements, on retient une importante opération du 24 juin 1944 envoyant 102 bombardiers Lancaster. Une date dont on retient car c’est lors de cette opération que plusieurs avions ont été abattus et que plusieurs pilotes alliés (notamment Archie Shoebottom sur Saint-Saëns) ont été secourus et cachés par la résistance locale.

Mardi 29 août 1944 : les fusillés de la côte des Hayons

Comme le raconte Claude Fournier (Tome 1), on n’a pas su pendant longtemps ce qui s’était passé. Peu après le passage des canadiens lors de la Libération (le 31 août 1944), une ambulance déboule bruyamment dans Saint-Saëns. Elles ramènent les corps sans vie de 5 jeunes du coin : 4 partisans et une pupille de l’assistante publique qui ont été fusillés le mardi 29 août 1944 fin d’après-midi à Esclavelles. Les exécutés s’appelaient Christian Barais, Jean Auriol, Louis Fromager, Maurice Maugis, et Paul Lesueur. Pour en savoir plus sur cette histoire :

Jeudi 31 août 1944 : la Libération

12h55. Sous un ciel couvert et une pluie fine, début d’après-midi, un « grondement intense » s’entendait vers Cottévrard. « Nous avons couru vers la route et c’est là que nous avons vu une colonne de véhicules canadiens approcher. C’était la libération ! » témoigne Robert Ratel qui vivait à la ferme de Bailly avec sa famille. Il avait alors 14 ans (Enzo Etton pour Le Réveil, 2024). C’était une patrouille mobile de la 3ème division d’infanterie canadienne, la seule canadienne à avoir participé au débarquement normand, à Juno Beach, au sein de l’armée britannique. Après avoir libérée Rouen la veille sous l’artillerie ennemie en pleine nuit, elle se dirige petit à petit vers la Belgique par les voies secondaires (ici donc la D25 de Cottévrard à Saint-Saëns desservant donc la ferme de Bailly). Les 3 allemands qui, plus tôt vers midi cherchaient à manger à la ferme de Bailly, se firent prisonniers sans résistance, raconte-t-il.

Depuis quelques jours, les plus observateurs et informés des saint-saënnais pressentaient la Libération. Même le marché du jour était plus vide qu’il ne l’était déjà. Des allemands moins présents, des combattants prenant la route pour battre en retraite, l’occupant volant un moyen de locomotion pour fuir, etc. Rémy Lemasle témoigne, en 2014 pour Le Réveil, que le « commandement militaire » allemand rue des Tanneurs avait été déserté depuis plusieurs jours. Âgé de 15 ans à l’époque, lui et sa famille habitant dans la même rue. En plus de ça, la radio clandestine de son père captait des informations positives de Radio Londres. Malgré ça, l’armée ne sait si l’ennemi est en nombre sur Saint-Saëns ou pas, comme est-il écrit à 12h35 dans le rapport canadien.

« Viens voir, viens voir. Il y a un char anglais… » prévient René, le voisin Rémy Lesmasle, confondant les uniformes anglais et canadiens. Descendant du plateau du Quesnay sans un seul tir, l’infanterie canadienne passe sous les yeux de Rémy Lesmasle vers 13h30. Il parle d’euphorie et d’extase (Le Réveil, 2014) pour exprimer les ressentis de la population présente, où tout le monde crie et s’embrasse de bonheur. Il ajoute : « Les soldats canadiens nous ont offert des cigarettes [Craven], des chewing-gums. Il y avait beaucoup de sympathie de leur part. Cela nous faisait plaisir. On avait été tellement peu rationnés pendant l’Occupation. »

En réalité pas une mais deux colonnes de cette même infanterie canadienne arrivèrent au bourg. Elle se SERAIT divisée, en amont, pour ceinturer Saint-Saëns avant de descendre dans la vallée (Claude Fournier, « Saint-Saëns », Tome 1). L’une descendant par le Quesnay, l’actuelle Avenue de la Libération justement, et l’autre dominant les hauteurs sur la route au-dessus de la Roulière, l’actuelle Route des Canadiens. Le reste de l’infanterie passa aussi par là.


Plus précisément, la sous-unité de la 3ème division a été un régiment de la 9ème Brigade d’infanterie canadienne : la HLI (The Highland Light Infantry of Canada). Dans son journal de bord, on y raconte qu’une petite résistance a été rencontrée avant Saint-Saëns puis que 9 ennemis ont été capturés lors de la descente en ville par la patrouille mobile. Comprennent-ils les 3 de la ferme de Bailly rencontrés par la famille Ratel ? Sûrement.

Photo – Claude Fournier. L’arrivée des
canadiens en l’actuelle Rue du 31 août 1944.

La patrouille mobile a tenu la place du centre-ville pendant 2 heures en attendant que le gros de l’infanterie canadienne restée sur le plateau les rejoignent pour parader et festoyer, dans l’actuelle rue du 31 août 1944. Il est alors 15h30. Saint-Saëns est libérée. Les troupes continueront ensuite en se divisant en deux, les uns continuant vers Maucomble, les autres en forêt d’Eawy.

Rapport de la SDGH (Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders). Capturer Saint-Saëns était leur objectif après avoir stationné entre Bosc-Béranger et Cottévrard

Au total, 3 rues portent le nom de cet événement :
– Avenue de la Libération (montant au Quesnay)
– Route des Canadiens (montant vers l’autoroute et le Pucheuil)
– Rue du 31 août 1944 (le long de la mairie)

Photos partagées sur le Bulletin d’information municipal n°57, septembre 2025


Les jours qui suivirent la Libération

Vendredi 1er septembre 1944 : le drame

Paul Hartout et Eugène Legras, alors maire et adjoint sous l’occupation, sont remplacés par le comité local de libération présidé par André Tassel. « Mon père est aussi devenu garde champêtre. Son prédécesseur était mal vu. » raconte Rémy Lemasle (Le Réveil, 2014). On voit son père en tête de cortège lors de la fête de la libération : Adolphe Lemasle âgé alors de 40 ans (cf. photo qui suit). On remplace les dirigeants et on désigne du doigts les collaborateurs. La chasse aux collabo est explicitement ouverte.

Par exemple, le garde-forestier de Saint-Saëns a désigné quelqu’un qui « provenait des Ventes-Saint-Rémy ». Ce dernier, en réaction, a alors braqué son fusil sur lui. Malgré l’intervention d’autres personnes, il finit finalement par s’enfuir. Les canadiens militaires « à la terrasse d’un café, sont interpellés par les cris » et partent alors à sa poursuite en tirant à « plusieurs reprises. Hélas, une balle perdue atteint mortellement un saint-saënnais, Hyacinthe Vallet, le mari d’une commerçante. Ce dernier, en possession de sa brouette, revenait de la route de Saint-Martin-Osmonville, plus précisément de son jardin. Si le fuyard est, lui, arrêté quelques heures plus tard, le mal est fait. » (Le Réveil, 2014) Hyacinthe Valet est celui qui avait été désigné pour être boulanger et maire par les allemands au début de l’occupation.

Dimanche 3 septembre 1944 : la fête

Photo partagée par Claude Fournier

Fête de la libération ! Le capitaine Chuck Thornton est présent.

Samedi 7 septembre 1944

Photo – Claude Fournier.

La colonne du Général de Gaulle salua la population et s’arrêta au carrefour en face de la place du centre-ville. Celui qu’on voit sur la photo du 3 septembre d’ailleurs. C’est cet événement qui donna le nom à l’actuelle rue Général de Gaulle. Pour l’anecdote, Charles de Gaulle aurait pris en accolade le chanoine Chouquet.

8 mai 1945 : la fin de la guerre

Monument aux Morts



(Sources : inventaire-patrimoine ; pop.culture.gouv.fr ; p.37 Tome 4 Claude Fournier)

Noms de la colonne de gauche :
NomPrénomNaissanceDécès
ACCARDCharles1914
DESCHAMPSPierre1914
DUBUCJules1914
FRANÇOISLouis1914
FRICHETAnthime1914
LEMASLEAuguste1914
LOURSELEugène1914
BIGNONRené Fernand1915
BRETONLucien1915
BRIONAndré1915
CARDONGeorges1915
DUHAMELCamille1915
DUMAISHenri1915
DUVALAdrien1915
DUVALPaul Henri1915
FAUVELMarcel1915
FOITIERMarcel1915
FOURNIERFélix1915
GIRAULTHenri1915
HANNIERErnest1915
LEFEBVRERobert1915
LEQUINArhur1915
LEROYErnest1915
LESCAUTAlfred1915
MARECHALAlphonse1915
MAUGENDREJules1915
MENIVALAuguste1915
POUYERAuguste1915
RICARDLéon1915
SAULNIERLouis1915
VINCENTÉmile1915
CRESSENTAlbert1919
MARCEHALLouis1919
Noms de la colonne de droite :
NomPrénomNaissanceDécès
ADERANFrançois1916
ADERANLéon1916
BACELéon1916
DEVISMESRaymond1916
DUPRÉMarcel1916
LAVIGNEPaul1916
MOUQUETLouis1916
PAYELLEAdrien1916
SAUTEURLouis1916
SAVARYEdmond1916
BIGNONFernand Abel1917
FOURNIERHenri1917
LECLERCGeorges1917
MORINAlexandre1917
PETITÉmile1917
ADERANGeorges1918
CARPENTIERÉlie1918
CORDIERHenri1918
DUBOISJustinien1918
FIRMINGermain1918
LAURENCEAlfred1918
LENORMANDAndré1918
MARECHALJean1918
MARUITTEGeorges1918
PAULYRaymond1918
RATELÉmile1918
RATELFulgence1918
ROBINELouis1918
ROBINEAndré1918
THIERREHenri1918
TROUDELéon1918
REBEVILGeorges1920
MAUROUARDAndré1917
Noms au centre :
NomPrénomNaissanceDécès
ANFRYRoland05.09.091814.4.’41 Reichenbachcaptif 12e R à cheval
ASSENARDAndré29.12.190617.3.’41 Gneixendorfcaptif 22e R Artillerie
DUMESNILPierre Maria02.02.191630.05.’40 Dunkerque22e R Tirailleur
LESUEURPaul16.03.192529.08.’44 à Esclavellesmembre de la FTP
MONFRAYMarcel19.05.191618.05.’40 à Beauvais129e R Infanterie
NOBLESSEBernard Robert10.08.191816.05.1940 à Stonne67e R Infanterie
OUINRoger Bernard29.03.191315.05.1940 à Stonne51e R Infanterie
RENAULTRoger06.06.1940 à Poix
SÉNÉCHALPierre André06.10.192511.03.1945 à Dachaudéporté
TRÉCHENUAlbert Henri24.04.191430.05.1940 en mermatelot-mécano
LEVERDIERGuy François Jacques27.09.192609.01.’47 à Nam-Tinhcaporal parachutiste
Noms sur la plaque :
NomPrénomNaissanceDécès
PETERSON24.04.1944Lieutenant pilote
KING24.04.1944Lt co-pilot
CELLI24.04.1944Sgt bombardier
BURTON24.04.1944Sgt canonnier
SMITH24.04.1944Sgt radio
BELL24.04.1944Sgt canonnier
Les autres non encore cités :
NomPrénomNaissanceDécès
RAINEHenri16.05.1940 à Inorsoldat?
DUMESNILBernard05.04.191323.05.’40 à Drocourtsoldat?
COULBOLucien Paul11.09.1944 à Eucultivateur

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