Fontaine Dillard


Tout saint-saënnais connaît sa silhouette. Et pourtant connaissez-vous son histoire, son origine, ses concepteurs ? Dès sa construction au tout début du XXème siècle, la fontaine Dillard est très rapidement devenue un monument iconique du bourg, régulièrement prise en photo comme carte postale par exemple. Aujourd’hui, elle s’impose toujours parmi le top 3 des symboles de la commune avec l’église et les armes de Saint-Saëns.

Une des toutes premières cartes postales où figure la fontaine, datant de fin 1901 – début 1902
assurément car une de ces cartes postales à une date d’envoi de juillet 1902

L’inauguration

Peu après l’église, la fontaine a été construite durant l’année 1901. « En passant devant l’église nous remarquons que les travaux de la fontaine Dillard, qui doit s’élever devant le grand portail, sont en bonne voie d’exécution », écrit-on dans l’Écho de la vallée de Bray en mars 1901. Elle a été officiellement inaugurée le dimanche 15 septembre 1901 (Écho de la vallée de Bray, 21 septembre 1901).

La cérémonie étalée sur toute la journée, a été organisée par monsieur Binet (le patron tanneur Auguste Binet j’imagine). Dès 6 heures du matin, au bruit des « salves d’artillerie » et « bombes éclatant dans l’air » ! Jusqu’aux illuminations le soir à 20 heures et feu d’artifice vers 22 heures. Entre temps, un banquet a été organisé par Prosper Martin à l’hôtel de La Poste juste en face, avec des plats artistiquement proposés en lien avec la fontaine et les armes de Saint-Saëns.

Le tout au rythme des festivités, concerts et cérémonies protocolaires (discours du maire Alphonse Havé et du délégué cantonal Alfred Ternisien) entrecoupées d’une Marseillaise et précédées d’un cortège avec la fanfare saint-saënnaise (dirigée par Bournigal) accompagnée des sapeurs-pompiers (commandés par L. Fache et G. Brard). Autour de la fontaine, outre les drapeaux tricolores et oriflammes, un parterre de fleurs de l’horticulteur Armand Duclos a été disposé.

Le dessin ci-contre serait la toute première représentation de la fontaine une fois construite. L’illustrateur parisien puis rouennais Adolphe Le Roy (wiki ; Écho de la vallée de Bray, n°726 du 13 au 20 octobre 1901) a aussi crayonné en arrière plan l’église et le bâtiment logeant aujourd’hui le cinéma-théâtre (qui était lieu de halle au blé et salle des fêtes à l’époque). Ces 3 bâtiments ont été conçus par le même architecte : Lucien Lefort. Que la fontaine soit aussi bien centrée, au centre du bourg et dans l’axe central de l’église et dans un style similaire n’est donc pas un hasard.

Les concepteurs

Lucien Lefort (1850-1916)

Lucien Lefort (wiki) était un architecte français reconnu (médaillé dont la légion d’honneur) qui a notamment été à l’origine basilique du Sacré-Cœur de Rouen, la restauration de nombreuses églises ou la construction de plusieurs écoles dans la région dont Saint-Saëns (Édouard Delabarre, 1918). Qu’il soit si présent dans un seul secteur, si restreint à notre région de Haute-Normandie n’est pas étonnant. Il est en effet un architecte « régionaliste ».

Régionaliste, c’est-à-dire qu’il prônait la décentralisation des pratiques et des enseignements, au moins au niveau régional, pour contrer une seule et unique vision académique centralisée (centralisme, universalisme) autour de l’École des Beaux-Arts de Paris. (Il présidait d’ailleurs l’association des professionnels de Seine-Inférieure, ainsi que l’Association Provinciale des architectes français proche d’un syndicalisme.) Nos bâtiments saint-saënnais, bâtis selon ses plans, ne reflètent donc pas une vision académique de l’architecture mais sont bien ancrés dans le patrimoine local. Un point qui me paraissait intéressant de souligner.

Quelques travaux de Lucien Lefort

Félix Bonet (1832-1907)

Félix Bonet a dirigé la réalisation des détails artistiques ornementaux. De Rouen, il était sculpteur décorateur successeur de son oncle Edmond Bonet, et ont aussi travaillé sur les décorations du théâtre des arts de Rouen et autres bâtiments rouennais (Sophie Nasi (2010) Louis Sauvageot). L’a-t-il fait de lui-même à plus de 68 ans ? Qui a également travaillé pour lui pour tailler finement la pierre de la fontaine ?

Louis Girard (1849-1920)

Habitant de Saint-Saëns, Louis Constant Girard a été le maître d’œuvre de l’église et de la fontaine. Dit entrepreneur à l’époque dans les travaux publics, il était donc patron de maçons, tailleurs de pierre, etc. En 1906, il exploitait par exemple la force de travail de ses enfants Paul, René et Robert comme tailleurs de pierre ou encore Auguste Graire, habitant au Catelier, comme ouvrier maçon.

La famille Girard est recensée rue Hendlé, c’est-à-dire à l’actuel n°141 de la rue Simone Vallès. Ce fut à cette maison en brique qu’ils ont fait faire une extension vers la rue, comme Alain Barra en parle bien pour Le Réveil en janvier 2025. Il précise : « Il ouvrit la façade sur la rue et allongea d’une pièce à chaque étage avec le grenier » dont la fronton de sa fenêtre arbore « les armes des compagnons : équerre, fil à plomb, etc. »

Les artisans et ouvriers

Qui sont les personnes qui ont construit la fontaine de leurs mains et leur sueur ? On retrouve toujours les noms des patrons, entrepreneurs ou maîtres d’œuvre, et jamais les artisans et ouvriers qui ont travaillé dessus. Si je reprends les recensements de 1901, voici listés ci-dessous, les noms travaillant pour l’entreprise de travaux publics de Louis Constant Girard. Il est fort probable que plusieurs d’entre eux ont travaillé à la conception de la fontaine (voire même de l’église) :

  • rue Dillard : Arsène Letellier charpentier 31 ans
  • rue Dillard : Georges Bastide plâtrier 23 ans
  • rue du Grand Bourg : Joseph Briand tailleur de pierre 29 ans
  • rue Mont-Miré : Jules Papin tailleur de pierre 20 ans
  • rue Mont-Miré : Georges Herman maçon 33 ans
  • route d’Yvetot : Hippolyte Givon journalier 39 ans
  • La Roulière : Célestin Maréchal ouvrier maçon 16 ans
  • rue Hendlé : Louis Alexandre Girard tailleur de pierre 24 ans (son fils)
  • rue Hendlé : Georges Étienne tailleur de pierre 32 ans
  • route de Neufchâtel : Firmin Lasalle maçon 42 ans
  • rue du Bosc : Gustave Vasseur tailleur de pierre 36 ans
  • Le Catelier : François Miaurumary? ouvrier maçon 36 ans
  • Le Catelier : Auguste Graire ouvrier maçon 37 ans
  • Saint-Martinet : Désiré Poyer ouvrier maçon 25 ans

Firmin Lasalle (1860-19??)

Parmi eux, on a très peu d’info archivée. Pour se focaliser juste sur une seule personne, prenons le plus âgé : Firmin Vulfran Lasalle née en 1860. On retrouve des noms similaires originaires de la Somme. Je le cite car son nom est écrit plus de deux fois parmi les journaux de Écho de la vallée de Bray et c’est déjà beaucoup ! Et à chaque fois il est cité avec son métier pour le décrire : maçon (1931). Il se marie avec Zoé Augustine Bénéville (née en 1858) à Saint-Saëns le 4 octobre 1887 (geneanet) et a eu au moins deux enfants nés à Saint-Saëns : Robert Marie Gustave Lasalle le 13 avril 1896, et Hélène Blanche Augustine née le 11 mars 1897.

léger montage photo d’une photo de Septembre 2024 après la restauration d’été 2024

Fontaine néo-romane

Style néo-roman

Bien que dans les premiers articles on puisse la décrire être de « style renaissance » (Écho de la vallée de Bray Septembre 1901) la fontaine, comme l’église, est bien de style néo-roman. Le néo-roman, si je comprends bien, c’est reprendre des codes du style moyenâgeux roman du Xème au XIIème siècle. Par exemple avec des voûtes en berceau et des arcs plein cintres bien arrondis en haut. Et clairement, sur notre fontaine, là, toutes les arches sont dans ce style. Bien en arc de cercle. Reprendre le style roman à sa sauce semblait être à la mode à la fin du XIXème siècle. Lucien Lefort n’était donc pas à contre-courant.

Réalisée en calcaire, pierre poreuse et sensible à la pollution, la fontaine noircit assez vite et demande d’être régulièrement nettoyée. Bien abîmée par le temps un siècle et quelques plus tard, les détails se perdent déjà malgré la récente restauration. Pour se rendre compte de la rapidité à la quel point la fontaine noircit – ou bien à quel point l’air est pollué – voici ci-dessous la différence en même pas deux ans après sa restauration (septembre 2024 à gauche et juin 2026 à droite) :

Anecdote : pas une mais deux fontaines !

Avez-vous déjà remarqué qu’il n’y avait pas une mais deux fontaines ? Au sommet du dôme, elle est là, la deuxième. À moins que ce soit un mini château avec une petite tour ? La structure miniature est elle-même surmontée d’un petit quelque chose. Un pigeon ? Un coq ? Pour la petite anecdote, la fontaine a bien été reproduite ! Alain Barra, ancien boulanger pâtissier de Saint-Saëns et aujourd’hui un des piliers de la mémoire et de l’histoire de notre bourg, avait réalisé une réplique de la fontaine Dillard en pastillage dans les années 80 (pour le parc-expo de Rouen) :

Louis-François Dillard (1814-1887)

Le pourquoi du nom Dillard

Si la fontaine porte le nom du maire saint-saënnais Louis-François Dillard, c’est parce qu’elle a été financée par lui-même posthume, comme le veut son testament écrit du 8 novembre 1886 (Louis-François est décédé le 4 janvier 1887) : 20 000 francs à la ville pour une fontaine monumentale et ses canalisations, 10 000 à l’hospice, et 12 000 francs pour distribuer chaque année vêtements et chaussures aux enfants nécessiteux fréquentant les écoles publiques. 6 000 pour celle des garçons, 6 000 pour celle des filles. 50 francs à chacun des 75 ménages les plus pauvres de la commune (somme totale de 3 750 francs). 1 000 francs à l’établissement rouennais des sourds-muets dirigé par mademoiselle Lefebvre.

À l’origine, son testament indique précisément le lieu de la fontaine : à la jonction des rues du Catelier, du Vivier, du Grand-Boug et du Petit-Bourg. C’est-à-dire à plus de 40 mètres de là où elle est actuellement. Le lieu choisi par Louis-François était au niveau du carrefour, vers l’emplacement des cabines téléphoniques rouges, en gros. En plus de ça il décrit la forme de la fontaine : une pyramide tronquée !

Finalement, réaliser la fontaine Dillard coûtera réellement 26 500 francs. Était également demandé par Louis-François lui-même que, sur la fontaine, figure l’inscription : « 1870-1885 – Les souvenirs de Dillard à ses concitoyens ». Bon. De ce que j’en lis, il n’y a pas tout d’inscrit. Voici ce que je décrypte personnellement : « Dillard / À / ses concitoyens / Maire / 1870-1885 » :

10 ans d’attente

L’idée de construire une fontaine d’eau potable en face de l’église venait de Louis-François lui-même donc. Lorsqu’il était maire (1870-1886). Elle a failli être construite après sa mort dès l’année 1887, le temps de terminer les destructions et reconstructions après l’incendie de l’église et la totale ouverture de la Place Maintenon. Encore fallait-t-il que le maire successeur, le duc d’Almazan (François Marie Joseph de Guignard de Saint-Priest d’Almazan), soit conciliant avec l’idée. Rien que ça ce n’était pas gagné… Le 26 mai 1888 un colporteur anonyme raconte que le maire semblait lui-même freiner le projet. Déjà, juste le fait d’offrir une place gratuite à perpétuité au cimetière saint-saënnais pour Louis-François, il n’était pas d’accord (19 février 1887).

De ce fait, on n’entendra plus parler du projet. Il reste à l’arrêt ou volontairement oublié. Pendant plus de 10 ans ! Le mandat du maire suivant, Éléonor Fache-Havé, ne fera rien avancer de plus. Il faut attendre 1897 sous les maires Adalbert Forestier (1896-1898) puis Alphonse Havé (1898-1907) pour que le dossier revienne un sujet au conseil municipal. Le 9 novembre 1897, le maire demanda l’achat « d’un titre de trente francs de rentes 3% sur l’État, comme emploi du capital de réserve pour construction de la fontaine Dillard ». En mars 1897 c’était toujours en étude, puis en novembre 1898 : « Legs Dillard, emploi du capital réservé en achat de rentes ».

4 ans de galère

Dès lors, on pourrait imaginer que tout irait assez vite. Hélas, nouveau rebondissement ! En février 1899 les héritiers de Louis-François Dillard exigent un remboursement des legs Dillard ! Un procès contre la ville est lancé. Procès que la famille héritière perdra (Bulletin d’information municipal du Novembre 2021). Encore un nouvel élément qui ralentira la concrétisation du projet. Les conseillers municipaux de l’époque auraient donné l’expression à l’événement de « procès des héritiers ». Ces même héritiers qui étaient pourtant absents après la mort de Louis-François. En effet, entre janvier et mai 1887, le notaire Dubot raconte que les héritiers étaient inconnus et étaient priés de s’adresser au préfet.

La construction de la fontaine aurait pu être lancée en 1887 (clause du testament du 4 janvier 1887 date de son décès). Mais, finalement, le projet aura donc traîné au total pendant 14 ans.

Au fur et mesure des années, celui qui a vu tout ça passé sous ses yeux en gardant bien au chaud le projet et le budget alloué, était Edmond Delaunay habitant rue Neuve (actuelle rue Aristide Briand). Secrétaire de mairie depuis 22 ans lors de l’inauguration de la fontaine en 1901, il a été cité et remercié par Alfred Ternisien lors de son discours à l’occasion de l’inauguration. Peut-être était-ce un mal pour un bien d’avoir tant attendu : la fontaine est centrée et raccord avec la nouvelle église. Nouvelle église qui n’était encore qu’en vague potentiel projet en 1887.

Un espoir de distribution d’eau potable

Enfin, en juin 1899 les premiers travaux commencent. Une partie des legs Dillard est utilisé pour rendre accessible la source le long de la route du Pont-du-Thil. Rien n’avait été fait jusque là. Pour les nobles (duc d’Almazan) et certains bourgeois de l’époque (propriétaires de tanneries), la fontaine avaient été jugée comme un luxe. Pour eux, l’accès à la rivière, et les nombreux puits des habitations suffisaient. Or, au moindre moment sec, le puits n’apporte qu’une eau troublée ou de la boue. Pire. La rivière elle-même était totalement polluée. Je cite l’Écho de Vallée de Bray du 21 juillet 1900 :

« […] le cours d’eau charriant une foule de détritus ressemble beaucoup a un égout ; et de plus le soir entre 9 et 10 heures, on voit s’acheminer vers les bords de la Varenne des brus dont le contenu y est déversé. La matière fécale et les petits papiers s’accrochant aux pieux de trempe des cuirs des tanneries […]. Dans le quartier bâti sur l’emplacement des anciennes forges, l’eau est empoisonnée […] »

Après un tel constat sur l’hygiène et l’eau potable, le conseil municipal du 12 juillet 1900 approuve les plans et envisagent même d’étendre un réseau d’eau potable ! En imaginant ajouter « une machine élévatoire, un bélier et un réservoir » pour étendre le réseau à plusieurs quartiers et faire plusieurs bornes à incendie. Encore fallait-il que le débit d’eau soit suffisant ! C’est pour ça que ces ajouts étaient envisagés. Quelques frais en plus pour la mairie, mais qui permettrait d’utiliser les legs Dillard pour apporter l’accès à l’eau potable directement chez les personnes. On annonçait déjà un forfait de 100 francs par an par habitant desservi. Finalement, rien de tout cela ne sera fait. La canalisation va tout droit vers la fontaine et basta.

Quelques mots sur Louis-François Dillard

De ce qu’on lit de son testament, Louis-François semblait vouloir aider les plus pauvres, les « nécessiteux ». Rien que l’idée d’une fontaine pour apporter l’eau potable était déjà la volonté d’apporter une meilleure santé au plus grand nombre, sans passer par la rivière. Rivière principalement polluée par les tanneries, malgré ce qu’on en dise dans les journaux individualisant les responsabilités aux petites gens. Tannerie dont il était patron et propriétaire de l’une d’entre-elle d’ailleurs. Il est issu et héritier d’une famille de maîtres-tanneurs. Il est le petit-fils du maire François Lecoffre (1794-1795). Lui, Louis-François, était donc issue de la bourgeoisie locale.

Bien qu’il soit en partie responsable des inégalités ou même de la dégradation de la qualité de l’eau de la rivière par l’activité de son industrie, il semblait chercher à redistribuer sa richesse pour tenter de retrouver un équilibre : en bref plus d’égalité. On le décrivant comme « vouloir faire le bien ». Mais juste de manière financière et matérielle, pas de manière structurelle et politique. Son testament le confirme. Et durant l’inauguration de la fontaine du 15 septembre 1901, on fit de même : à 8 heures du matin une distribution aux plus pauvres a été réalisée. En bref, Louis-François semblait conscient des différentes classes sociales et faire partie de la classe sociale dominante et aisée. Classe bourgeoise dont peut-être il gardait une certaine culpabilité, au point de vouloir se croire fils d’ouvriers. Mais ça, j’en parlerai sur sa propre page :

Anecdote : dédicace à Françoise Hardy ?

Je partage ici un post d’un forum autour de Françoise Hardy de la part d’un certain Romain (2021) : « Très exactement elle dit « ma cave sera très contente » lorsque Lepers lui remet la copie de la plaque dévoilée sur une fontaine du village de Saint-Saens en hommage à Louis-François Dillard, maire de la ville de 1870 à 1885. La fontaine est en fait dédicacée à Françoise Hardy son arrière petite nièce. C’est là que les enfants du village reprennent TLGELF et que Françoise manque de faire une syncope (on la voit en médaillon à l’image).en levant son verre tout en disant « je bois pour oublier ». »

La famille Dillard est en effet liée avec Thomas Dutronc et Françoise Hardy. Françoise Hardy est l’arrière petite-nièce de Louis-François Dillard. Il aurait alors existé une plaque, liée à la fontaine, à destination de Françoise Hardy. Existe-t-elle toujours ? L’émission évoquée dans le post du forum date du 12 novembre 1990 (20h40) sur Antenne 2. Durant l’émission, on retrace son arbre généalogique, comme le veut le principe de l’émission, et dans laquelle on révèle que son père s’appelle Dillard.

L’émission était « Il était une fois… » présentée par Julien Lepers, qui n’a existé qu’un petit mois. La seconde et dernière émission était consacrée à elle. Je ne la retrouve pas sur internet. Je retrouve seulement : sa bande-annonce du 8 novembre ; un clip avec Terence Stamp sur l’INA ; ou encore une introduction de sa part d’une chanson de Véronique Sanson rediffusée durant l’émission :


L’eau acheminée

De la source à la fontaine

L’eau provient d’une des sources de l’Abbaye. Une source concédée par le propriétaire Jules Lemonnier (L’Echo de Rouen n°726 octobre 1901). Pas celle de l’actuelle station de pompage, une plus en aval proche de la route, comme dessinée sur le croquis ci-contre. Un croquis tiré d’un rapport de 1967-68 des technicien·nes madame ou monsieur Viala puis Faure (ficheinfoterre). Si l’on croit ce croquis, sur la photo ci-dessus, ça pourrait correspondre au vieux bâtiment en bois recouvert de lierre et au toit métallique au fond à droite, derrière la station de pompage.

La canalisation en fonte pour acheminer l’eau vers la fontaine est le second conduit officiellement établi sur la commune. De ce qui est archivé en tout cas. Le premier étant l’aqueduc acheminant l’eau aux étangs du domaine d’Almazan depuis le même endroit. Les travaux de la captation à la source et l’acheminement de l’eau ont été dirigés par monsieur Leroux.

L’eau finalement non-potable

Arrivée à la fontaine, « l’eau tombe d’une vasque » (Écho de la vallée Septembre 1901) puis « jaillit de quatre têtes de lion ». J’apprends ici qu’au dessus des 4 robinets, ce sont des têtes de lion ? Hé béh ! Il aurait été difficile pour moi de le savoir juste avec cette masse de calcaire qu’on voit aujourd’hui. Si on parle bien de ça : photo ci-dessus. L’eau qui en sort a été analysée, à l’époque de la construction de la fontaine, comme potable. Surtout utilisée par les habitants avant la guerre, la fontaine a été fonctionnelle pendant presque 60 ans.

Plus tard, parmi un rapport de 1957 (ficheinfoterre), est affirmé que « les analyses effectuées en 1946, 1950, 1953, 1956, 1957 ont toutes révélées la présences de colibacilles dans cette eau ». C’est-à-dire l’indice de présence d’excréments. Vers les années 1920, un panneau d’interdiction était dressé au centre de la fontaine au niveau de la vasque (cf. photo ci-dessous). Était-il déjà écrit que l’eau était non-potable ? Peut-être pas. J’ai plutôt l’impression de lire un « Défense d’escalader ». On notera qu’elle est abîmée à gauche, avec des arbres autour d’elle, ce qui aide à définir l’époque plus précise de cette photo.

Chronologie

Horloge chronologique

La fontaine a tellement été prise en photo – et ce dès sa construction – que je me suis dit qu’on pourrait tenter de l’utiliser comme un indicateur temporel. La fontaine utilisée comme une horloge chronologique. Et ça pourrait permettre en plus de préciser les dates des différentes photos de cartes postales ! Ainsi, en fonction du tirage d’un certain éditeur, grâce à la fontaine on pourrait dire qu’une certaine carte postale de Roville ou du Pont-du-Thil date d’une certaine période car cela correspond à une édition comprenant la fontaine dans ce certain style qui ne peut que d’être une certaine époque.

Je partage alors ci-dessous ce petit travail chronologique en un schéma puis en une liste chronologique. Je prends en compte le format des cartes postales, l’éditeur, les indications écrites, la date d’envoi, l’état de la fontaine et ce qu’il y a autour de la fontaine sur la Place Maintenon. C’est un travail personnel, je suis loin d’être expert en datation de photos et cartes postales. Quelques ressources utilisées : delcampe.net ; brehec.fr ; antenunc.fr ; anvaing.info.


Chronologie résumée écrite :

  • 1905-1910 : Souvent scénarisée, la photo prend la taille de toute la carte postale, et le dos est divisé en deux avec 4 lignes à droite pour l’adresse ; Éditions et annotations de cette période : Imp. G. Bourgeois (2 versions) ; Edit. Lamy ; Edition Dubers-Lamy ; G. Marchand ; Edition Ouvry ; Edit. E. Gautier ; ELD ; Edition Cael ; Santos à Eu – Edition Dubers (2 versions)
    • arbres plantées avec protections autour du tronc
  • 1950-1960 : carte semi-moderne d’une photo en noir et blanc en format A6 148×105 mm ; Éditions et annotations de cette période : Photos de A. Boulingue
    • ~ courant années 1950 : installation de barrières autour
    • 1955 : Seine-Inférieure devient Seine-Maritime
  • 1970 et plus : carte postale moderne colorée
    • 1972 : présence d’arbres, barrières disparues
    • 1985 : fontaine seule sur la place (plus aucun arbre)
    • 1990’s : présence de nouveaux arbres
  • 1990’s : nouvelle place (place actuelle)
    • ~ 1992 : fontaine nettoyée
    • 2021 octobre : fontaine nettoyée
    • 2024 été : fontaine restaurée par Steven Crosnier

Actuellement – XXIème siècle

Sur cette page, certaines de mes photos montre la fontaine toute belle car elle venait tout juste d’être restaurée en été 2024 (au coût de 30 000 €) . Après nettoyage (en octobre 2021), les bouts abîmés depuis la seconde guerre mondiale ont enfin été restaurés. Un travail réalisé par Steven Crosnier de Fontaine-le-Bourg (bulletin d’info n°47 Septembre 2024), artisan principalement centré sur la rénovation et restauration du patrimoine, entre taille de pierre et maçonnerie : EIRL Crosnier L’homme et la pierre. Il partage des photos sur sa propre publication Facebook :

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