Guérin


Les Guérin il y en a plein en France. C’est un patronyme commun. Ceux qui ont marqué Saint-Saëns sont originaires du côté du Havre : Étainhus. Les Guérin du coin font partie des derniers tanneurs de Saint-Saëns, à l’origine d’une industrie à la place du lotissement résidentiel actuel La Linerie. On parlait de l’usine des frères Guérin ou « Guérin frères ». Et celui qui a marqué la commune de son nom est un certain Auguste Guérin : une rue menant au Bois de l’Hospice porte son nom.

Auguste Guérin (1857-1947)

Famille habitant une ferme

Auguste Édouard Guérin naît le 21 janvier 1857 à Étainhus, non loin du Havre, d’une famille d’agriculteurs. Son grand-père Nicolas Guérin agriculteur né vers 1781, vit au moins depuis 1841 à Étainhus avec Marie Victoire Dégénétais et quatre ou cinq domestiques. Au recensement de 1846 Victor, à l’âge de 65 ans, vit avec cinq domestiques et deux enfants : Victoire 17 ans ; et Victor 19 ans, est-il écrit. Bon, par la suite les calculs d’âge ne tiennent pas. Je pense que c’est l’inverse Victor âgé de 17 ans et Victoire âgée de 19 ans. Ce Victor là, habitera toujours sur Étainhus au hameau du Gal. Dès 1851 on lit : Victor Guérin 26 ans fermier. Fils de Nicolas, ce Victor né vers 1826 est donc le père d’Auguste Guérin. Pour résumer :

  • Grands-parents : Nicolas Guérin (né vers 1781) et Marie Victoire Dégénétais
  • Parents : Victor Guérin (né vers 1826) et Céline Decaens (née vers 1834)

Ci-dessus, la famille Guérin recensée en 1856. Céline Decaens, sa mère, 25 ans et Victor Guérin, son père, agriculteur 30 ans ont donné naissance à 10 enfants (selon Michel Demary – petits-fils de Robert Guérin – pour le Tome 4 des ouvrages sur Saint-Saëns de Claude Fournier). Parmi les recensements on retrouve les noms de :

  • 1854 : Marie
  • 1855 : Victor
  • 1857 : Auguste (Édouard)
  • 1858 : Paul
  • 1862 : Georges
  • 1865 : Berthe
  • 1872 : Robert (Alexandre)

D’Étainhus à Saint-Saëns…

En 1866, la famille est encore recensée sur Étainhus. Mais ensuite, plus de trace. Entre 1866 et les fils Guérin retrouvés sur Saint-Saëns, je ne sais où ils et elles sont. Sur Étainhus seule une Guérin est restée vivre ici : Marie Guérin. De 1876 à 1891 au moins, elle y habite mariée à Alfred Vatin agriculteur parisien.

Auguste serait donc l’un des premiers d’une fratrie de dix. On retrouve par la suite quelques enfants Guérin sur Saint-Saëns. En 1906, Auguste est référencé comme tanneur habitant l’une des dernières maisons rue Mont-Miré. Son associé et frère Robert habite rue Neuve. Et un autre frère Victor, est aussi référencé comme patron tanneur habitant rue Dillard… Après avoir donné de son temps et de son énergie à la mairie puis à l’hospice, tout en étant maître-tanneur (patron) d’une des dernières tanneries, c’est à Saint-Saëns qu’Auguste Guérin termine aussi sa vie le 16 janvier 1947.

Annonce de 12.1895 à 01.1896
parmi les journaux brayons

Chronologie

  • 21 janvier 1857 : naît à Étainhus
  • Toute fin du XIXème : arrivée sur Saint-Saëns avec Berthe Levary
    • 1890 : naissance de sa fille Yvonne Guérin
    • 1893 : naissance de sa fille (Berthe) Cécile Guérin
    • 09 mars 1896 : naissance de son fils (Joseph) Bernard Guérin
    • 1899 : naissance de sa fille (Marie) Rose Guérin
  • conseiller municipal sous Emmanuel Brion
  • 1914-1918 : administre la mairie pendant la guerre
  • 1919 : élection dont il se présente comme maire, mais n’est pas élu
  • ~ 1922 ? ~ : construction d’une tannerie industrielle dont il sera co-patron
  • 1926 : n’est plus recensé comme maître-tanneur (habitant une des dernières maisons rue Mont-Miré)
  • Il vit avec ses deux filles Berthe Cécile Guérin et Marie Rose Guérin et un ou une domestique
  • 16 janvier 1947 : décède à Saint-Saëns, chez lui rue général de Gaulle
Famille d’Auguste Guérin et Berthe Levarey? recensée en 1901 rue Mont-Miré

Auguste, le conseiller municipal

Auguste Guérin était conseiller municipal durant plusieurs mandats. Notamment sous Emmanuel Brion au tout début du XXème siècle. Pendant la première guerre mondiale, en l’absence d’Emmanuel Brion, c’est lui qui gérait la mairie. André Lejeune (1930, p.332) le décrit comme ayant des « qualités d’administrateur que la majorité des électeurs de la commune ne surent pas reconnaître aux élections de 1919. » En effet, aux prochaines élections, ce n’est pas lui qui est élu mais (une nouvelle fois) Emmanuel Brion.

Pour l’anecdote, un siècle plus tôt de 1816 à 1824, un Guérin était déjà maire. Mais pas ici à Saint-Saëns. Dans son village d’origine ! Un certain monsieur Guérin était maire de son village d’origine Étainhus de 1816 à 1824.

Auguste, l’ordonnateur

Alors. Auguste l’ordonnateur, ça fait un peu impérial et romain dit comme ça. Mais ordonnateur ça veut juste dire médiateur humain et financier, en gros… Enfin… si je comprends bien, pour l’époque. Pendant plusieurs années, il gérait en effet le budget de l’hospice et, dit-on, quelques problèmes de médiations entre personnel et résident. De manière externe à l’institution.

Claude Fournier écrit (Tome 2 p.15), qu’il était souvent en lien avec une certaine sœur Julie (congrégation Ernemont), supérieure de « la communauté de Saint-Saëns » qui « reçut la croix du mérite en septembre 1952 ». En 1936 Auguste Guérin, ordonnateur de l’hospice de Saint-Saëns, est noté comme receveur de la médaille d’argent « l’honneur de l’assistance publique ». Bref. On comprend mieux pourquoi c’est cette rue là qui porte son nom : celle qui menait, jadis, à l’hospice.

Les derniers tanneurs

Origine sociale

La ferme de leur père, Victor Guérin, employait plusieurs domestiques, certes, mais fournissait en plus la capacité financière de nourrir, élever et éduquer ses enfants au point des les envoyer vers les meilleures institutions d’une profession. Michel Demary (1926-2015?) – petits-fils de Robert Guérin – évoque notamment que Robert a étudié à Pont-Audermer pôle de la profession pour devenir tanneur (Tome 4, Claude Fournier).

Issus d’un milieu agricole, je serais curieux de savoir pourquoi la tannerie intéressaient les frères Guérin : Victor, Auguste, Robert. Les 3 étaient sur Saint-Saëns, d’ailleurs ! J’imagine que, durant leurs études, on leur enseignait que Saint-Saëns était un pôle historique majeur dans le travail du cuir ! Et les voilà alors sur Saint-Saëns pour organiser leur business dans ce domaine ? Ce n’est qu’une supposition imaginée. L’histoire de leurs motivations reste un mystère.

Au premier plan sont les bâtiments de l’ancienne abbaye. Mais plus loin à gauche, après les jardins, on découvre les bâtiments industriels que Robert Guérin a fait bâtir, avec la cheminée.

Vers la même époque un autre « Guérin frères » se retrouve cité ici et là à l’international. Ici parmi l’indicateur universel du commerce de 1870, autour de la négoce du cuir et autres.

Guérin frères

À l’époque quand un ouvrier tanneur « travaille chez Guérin », il fallait parfois préciser lequel : Victor ou Auguste puis plus tard Victor ou Guérin frères comprenant Auguste et Robert. Selon ce que je retrouve parmi les recensements, ce serait Auguste arrivé le premier sur Saint-Saëns (rue Mont-Miré ?), rejoints ensuite par ses frères.

Le plus jeune, Robert, fera ensuite construire une industrie entière, avenue Emmanuel Brion à l’endroit de l’actuel supermarché : tannerie Guérin frères. Quand ça ? Bonne question. Après 1902 à coup sûr puisque l’avenue Emmanuel Brion a été percée à cette date. Claude Fournier (Tome 2) évoque l’année 1922. Ça me paraît étonnamment très tard…

Les derniers tanneurs

Ça me paraît très tard puisque l’industrie du cuir est en fort déclin depuis pas mal de temps sur Saint-Saëns. Et dans les années 1920, on arrive au terme de l’extinction de cette activité. Par exemple, en 1906, les tanneries et ses 19 maîtres-tanneurs exploitaient pas moins de 68 ouvriers saint-saënnais. Vingt ans plus tard, en 1926, seuls Robert Guérin et Léon Morisset sont maître-tanneurs exploitant à eux deux 4 ouvriers saint-saënnais.

Alors. 1922 : est-ce la date de construction de l’industrie comme Claude Fournier l’écrit ? Peut-être que Robert avait foi en cette activité au point d’en monter toute une industrie, plus moderne (chose que manquait Saint-Saëns, trop traditionnelle face à la concurrence), et pensait que l’activité allait redémarrer après la guerre, malgré la chute drastique de l’activité à cause du manque de nombre de main d’œuvre disponible pendant la guerre…

Les origines de la linerie

Le pari de Robert Guérin fut toutefois un échec. L’industrie ferme. Beaucoup de riches patrons maître-tanneurs ont fuit bien avant lui, avec leurs profits. Les Guérin auront au moins eu l’honneur de persister pour garder en vie cette historique activité. Eux et Léon Morisset qui aura été le tout dernier maître-tanneur survivant à l’extinction de l’activité. Par la suite, les bâtiments des Guérin devinrent une savonnerie, puis une « linerie » avant de petit à petit tout raser pour y construire un supermarché le long de l’avenue, et un lotissement sur l’emplacement de l’ancienne usine : la Résidence La Linerie.

Résidence La Linerie (mars 2025)

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