
Le Bois de l’Hospice est un bois sur l’une des 4 hauteurs enfermant le bourg de Saint-Saëns, qui surplombe le Val de Boulogne. Aujourd’hui séparé du Bois de l’Abbaye, ce n’est que récemment que c’est le cas. Pendant très longtemps, Bois de l’Hospice et Bois de l’Abbaye ne faisaient qu’un, gardant sous son sous-bois les traces d’exploitations minières gallo-romaines. Aujourd’hui, cette partie du bois porte le nom de l’hospice qui a été construit à sa lisière, petit à petit, extension par extension, sur 50 ans et quelques ; et remplacé aujourd’hui par l’EHPAD Résidence d’Eawy. Pour parler de tout ce lieu, obligé donc de commencer par parler de l’hospice.

HOSPICE
Origines
Le premier hospice connu se situait du côté du Goulet, au-delà de Saint-Martinet. C’était une « maladredrie » pour lépreux (Notes sur Saint-Saëns, 1930, p.371). Elle fut détruite bien avant le XVIIIème siècle. Pendant longtemps Saint-Saëns se retrouvait alors sans centre officiel de charité, d’accueil et de soins. Bien que le besoin d’un hospice se fasse sentir, les moyens financiers n’étaient pas présents.

Après une volonté populaire dès les années 1839, on tente malgré tout sa construction sous le feu vert du juge de paix Félix Frigot le 2 janvier 1844. Mais faute de fonds, le bâtiment reste inachevé. Il devient une habitation louée par la commune.
Le 4 novembre 1852 le projet d’hospice est repris par le baron d’Haussez notamment, soutenu par les classes dirigeantes. Après plusieurs travaux et agrandissements (1862, 1890), le bâtiment semble digne d’être un hospice avec une bonne capacité d’accueil. Non loin de l’école, à plusieurs moments de son histoire, certaines parties de l’hospice accueillirent aussi des élèves ou devinrent au moins des annexes de l’école.

Extensions d’entre-deux-guerres
Le bon fonctionnement de l’hospice : « Un conseil d’administration composé de notables du bourg gère d’une façon impeccable les finances de l’établissement et des sœurs de la communauté d’Ernemont prodiguent avec un inlassable dévouement les soins que nécessitent les malades et les vieillards qui leur sont confiés, » écrit André Lejeune (Notes sur Saint-Saëns, 1930, p.376).
Une nouvelle aile de l’hospice a été construite dans les années 1920 sur les dons d’Emmanuel Brion « à la mémoire de son fils décédé à la première guerre mondiale », écrivent André Lejeune (Notes sur Saint-Saëns) et Claude Fournier (Saint-Saëns, Tome 1, p.16). C’est le Pavillon André Brion. La construction du Logis Cordier-Plaisant suivra lors de la décennie suivante de l’entre-deux-guerres.



Destructions
Une fois la maison de retraite contemporaine construite et opérationnelle (EHPAD Résidence d’Eawy), le bâtiment originel de l’hospice a été ensuite détruit, courant 1993-94. Concernant l’extension Brion restante, elle a servi pendant pas mal de temps de Banque Alimentaire et Restos de Cœur avant que ce ne soit plus possible tellement le bâtiment devenait vétuste et infesté de mérules. Ainsi, même si le bâtiment est classé comme « Patrimoine bâti à protéger pour des motifs d’ordre culturel, historique, architectural » sur le Plan Local d’Urbanisme, il est planifié, depuis au moins 2022, de détruire le bâtiment pour la santé et sécurité de tous (insalubrité publique). Ce sera fait courant mars 2025.

Chronologie
- 1844 : construction d’un petit bâtiment, finalement loué comme simple logis
- 1852 : bâtiment repris comme hospice
- 1862 : agrandissement
- de 1871 à 1877 : sœur Bérénice directrice de l’hospice (communauté d’Ernemont)
- 1885 : Bureau de bienfaisance de Saint-Martin Osmonville donnant à l’hospice pour « le malade Latuin »
- 1886 : donation de Louis-François Dillard par testament de 10 000 francs
- 1890 : agrandissement
- 1896 : donation de madame Duforestel par testament de 5 000 francs
- ~ dans les années 1920 – extension en brique construite : Pavillon Brion
- acceptée au montant de 44 798 francs
- par les dons notamment d’Emmanuel Brion
- ~ dans les années 1930 – construction de la suite de l’extension : Logis Cordier-Plaisant
- ~ 1965 : rue inaugurée sous le nom d’Auguste Guérin
- 1978 : construction d’une première extension : l’aile nord de l’actuel maison de retraite
- 1993 : maison de retraite contemporaine construite : EHPAD Résidence d’Eawy
- 1993-1994 : destruction du bâtiment originel de l’hospice
- mars 2023 : permis de démolir l’extension des années 1920-30 restante
- mars 2025 : destruction des extensions réalisée (Pavillon André Bion + Logis Cordier-Plaisant)
Noms de quelques personnes y ayant travaillé (à dérouler) :
- Docteur Vassaux, Hannier, Barbier (membres de la commission administrative (1913))
- Parmi les recensements :
- Céline Harou directrice (née en 1838), directrice : 1901, 1906
- Marie Duchaussée (née vers 1856), religieuse : 1901
- Pauline Poulain (née vers 1864), religieuse : 1901
- Rose Terrier (née vers 1838), religieuse : 1901
- Louise Dossier (née vers 1841), religieuse : 1901
- Rosalie Fiquet (née vers 1857), religieuse : 1901
- Marguerite Quérel (née vers 1884), domestique : 1901
- Marie Dusaussaye (née en 1876), hospitalière : 1906
- Hélène Savoye (née en 1860), hospitalière : 1906
- Alexandrine Dossier (née en 1839), hospitalière : 1906
- Prudence Bonamy (née en 1844), hospitalière : 1906
- Jeanne Lesueur (née en 1890 à Saint-Saëns), servante : 1906
- Marie Maréchal (née en 1884), servante : 1906
- Albertine Hortense Golain (née en 1875), directrice : ~ 1926 – 1946 au moins
- Noémie Marie Bazon (née en 1860) infirmière : 1926, 1936, 1946 donc au moins 20 ans
- Germaine Marie Dieulle (née en 1898) sœur hospitalière : 1926
- Georgette Lebours (née en 1898) sœur hospitalière : 1926
- Philomène Marie? Nion? (née en 1857) sœur hospitalière : 1926
- Yvonne Marie? Cauchois (née en 1909) servante : 1926
- Alice Armandine Dapelorey (née en 1905) infirmière : 1936
- Thérèse Marguerite Lecrocq (née en 1916) infirmière : 1936
- Ismérie Lucie Bigot (née en 1898) servante : 1936, 1946
- Marthe Antoinette Lefebvre (née en 1915) servante : 1936
- Rejane Mathe Mouquet (née en 1921) servante : 1936
- Armine? Graindor (née en 1913) infirmière : 1946
- Germaine Harang (née en 1903) infirmière : 1946
- Apaloya Laszezouna (née en 1918) infirmière : 1946
- Jeannine Donnet (née en 1929) servante : 1946
- Sœur Julie, supérieure qui « reçut la croix du mérite en septembre 1952 » (Claude Fournier, Tome 2, p.15)
L’hospice cité aussi parmi :
- 31.08.1931 : décès à l’hospice de Félix Pichonnot 90 ans, doyen des tambours de France. Né en 1841 donc. On le retrouve parmi les recensements des saint-saënnais en 1906 comme employé par la ville et habitant seul rue d’Haussez
- Médaille « d’honneur de l’assistance publique » :
- 31 octobre 1913 : Céline Haron, sœur Saint-Julien, supérieure de l’hospice
(qui a participé à soigner les militaires blessés en 1870-1871) - 1934 : Albertine Tasserie-Golain, supérieure de l’hospice
- 1934 : Eugénie Conquet, infirmière
- 1936 : Auguste Guérin, ordonnateur de l’hospice de Saint-Saëns
- 31 octobre 1913 : Céline Haron, sœur Saint-Julien, supérieure de l’hospice


Destruction Mars 2025
Urbanisme
Voirie
Menant originellement à l’hospice, la rue Auguste Guérin a été inaugurée sous ce nom autour de l’année 1965, en l’honneur d’Auguste Guérin (1857-1947) qui, en plus avoir été un coordinateur de la commune durant la première guerre mondiale en l’absence du maire Emmanuel Brion, a été par la suite ordonnateur de l’hospice pendant plusieurs années.

Le début du chemin longeant le nord du bois de l’Hospice est très caillouteux
incrusté d’éléments rouges : des briques ? des pavés ? des gravats ?
La rue se prolonge sur un chemin bordant le nord du Bois de l’Hospice sur toute sa longueur, quasiment en ligne droite d’ouest en est, pour revenir à nouveau sur la départementale. Gustave Le Breton, en 1896, imaginait que cette route puisse exister depuis l’antiquité : une voie romaine. Chose dont je doute fortement car ce chemin est absent des cadastres napoléoniens. À moins qu’il voulait parler de la Route des Bois bordant le sud du Bois de l’Hospice qui, elle, est bien présente sur les plus anciennes cartes. Cette « route » mène aux Anglais.

Parcelles cadastrales
En contre-bas de la maison de retraite (n°8 route des bois), il existe depuis plus d’un siècle une habitation indépendante louée par la commune : n°2 rue Auguste Guérin (parcelle de 866 m²), en photo ci-dessus. Ses bâtiments (le principal et la petite dépendance) dateraient du tout début du XXème, entre 1900 et 1920. Construite d’alternance de brique et de silex, la maison typique et digne d’intérêt, est catégorisée comme « patrimoine bâti à protéger pour des motifs d’ordre culturel, historique, architectural ». Une extension plus récente a été réalisée sur le côté nord du bâtiment, non visible sur la photo, en briques plus foncés.
La rue Auguste Guérin dessert 4 autres maisons, dont l’étage de la maison assez typique de la région en n°1 (parcelle de 119 m²) et la maison en n°5 (parcelle de 273 m²), toutes deux coincées face à départementale menant à Neufchâtel-en-Bray. La n°7 (parcelle de 568 m² louée par la commune) fait comme partie de l’espace résidentiel de l’impasse du Pâtis et la parcelle n°15 (4 184 m²) clôt cet espace en s’étendant plus largement jusqu’à rejoindre la départementale, faisant alors partie, selon moi, du Camp Auger.
Pour en savoir plus : cf. la (future) page autour du lieu-dit Camp Auger

BOIS DE L’HOSPICE
Pas qu’un simple bois
Le bois recouvre plus de 28 hectares à la louche. Avant d’être une propriété privé fermée, il a été durant le XXème siècle un terrain de jeu pour la jeunesse de plusieurs générations, tout en étant un terrain utilisé par la commune pour trois services communs : l’eau potable, les communication et les déchets. (Vue aérienne ci-dessous de 1973.)

La première gestion des déchets se faisaient simplement par décharge à ciel ouvert ou semi-enterrée. Celle sur Saint-Saëns se situait dans ce bois (C). C’est aussi dans ce bois que sont installés les réservoirs d’eau potable du bourg (B) et l’une des deux antennes de communication de Saint-Saëns. Celle-ci, haute de 40 mètres et propriété de Télédiffusion de France, concerne SFR, Free et Bouygues.

Une forêt cachant l’Antiquité
Le bois de l’Hospice est un reliquat du Bois de l’Abbaye qui s’étendait jadis jusqu’à la départementale (cf. carte ci-dessous). De côté nord, on avait juste une poche défrichée qui existait, plus ou moins grande en fonction de l’époque : le Camp Auger, dont on suppose son existence déjà à l’antiquité. Ce dont on est certain en revanche, c’est que tout ce bois – du bois de l’Abbaye jusqu’à l’actuel bois de l’Hospice en passant par Les Hogues – s’est développé sur des anciennes excavations gallo-romaines résultat du prélèvement d’une roche bien du coin : le poudingue.

Poudingue à la lisère du Bois de l’Hospice
Et les cavités qui résultent de son exploitation

Chronologie
- Le Bois de l’Hospice fait partie du Bois de l’Abbaye, s’étalant jusqu’à La Haye
- XIXème : défrichages nord le long de la départementale et sud séparant le bois en deux
- Lundi 22 avril 1912 14h30 : bois de l’hospice en feu 4 hectares dont de bois (privés) partie en fumée. Sont cités :
- propriétaire rouennais Georges Cordier
- propriétaire lorientais M. Dufeu
- depuis au moins 2008 : propriété de Michel Gaillard


