Les Hogues


Les Hogues, ou historiquement La Hogue au singulier, est un lieu-dit sur les hauteurs de Saint-Saëns qui s’étend vers le bois de l’Abbaye. Parfois confondu avec le lieu-dit Les Anglais (l’un prenant le nom de l’autre et inversement), son nom est pourtant plus ancien et sa surface plus grande. Pendant des siècles, il y existait une ferme au croisement des chemins, au bout du chemin des Hogues. Aujourd’hui, depuis 1975, ce sont des parcelles résidentielles (point 3 map ci-dessous).

Lieu-dit

Toponymie

Question étymologie, hogue est un mot normand provenant du vieux norrois haugr. Hogue et haugr volant dire colline, hauteur, voire colline boisée (Des caractères et de l’extension du patois normand, 1883 p.45). Et plus spécifiquement pour notre cas local, une colline cabossée d’excavations sur laquelle on laisse pousser un bois. En effet, en Normandie un lieu-dit s’appelant Les Hogues se rapportent souvent « aux exploitations anciennes excavées (dépressions) » (Picavet, Frontreazu & Boyer, 2011). Pour notre cas : l’exploitation du poudingue. Similaire au Bois des Hogues pas loin d’Yport par exemple (Bulletin trimestriel de la Société géologique de Normandie, 1990).

carte de tous les lieux-dits s’appelant Les Hogues
https://app.ptm.huma-num.fr/topomine/

Géographie actuelle

La Hogue désignant originellement la colline, le lieu est évidemment tout en relief. Aujourd’hui le lieu-dit correspond au mini vallon et son versant sud (son versant nord étant Les Anglais). Pour évacuer les doutes que le nom des Hogues puisse dénommer le lieu d’anciennes exploitations des ressources du sol du temps gallo-romain, ci-dessous une image satellite du LiDAR nous montre le relief du sol le plus précisément possible. Les Hogues est coincé entre le Bois de l’Hospice et le Bois de l’Abbaye cachant encore les excavations minières :


Qui dit relief et mini vallon, dit aussi ruissellement de l’eau et bassin versant (43 hectares, ruissellement de 1,2 km de long sur 6,64 % de pente). Et parmi le Plan Local d’Urbanisme (de 2024) ce ruissellement est clairement écrit comme facteur à causer des inondations. On y écrit : « il est donc proposé de limiter les apports générés par ce bassin versant par la mise en œuvre d’un bassin de régulation des eaux pluviales. » Où ça ? Sur le schéma proposé ci-dessous, ça correspondrait au terrain en violet. Lieu d’où il n’existe aujourd’hui (2025) rien et qui pourtant détenait pendant longtemps un petit bassin d’eau stagnante (abreuvoir ; point (1) sur les schémas de cette page) qui a été supprimé entre 2018 et 2020.

N’empêche que le risque d’inondation par ruissellement est toujours d’actualité. Si vous avez déjà arpenté ce petit chemin rural de la Hogue, entre la prairie des Anglais et le champ des Hogues, vous voyez à vos pieds combien ça peut ruisseler. En violet : les environs du terrain normalement réservé pour un bassin de régulation des eaux pluviales (si je comprends bien ?). En rouge : zone inondable de la voirie aux bâtiments résidentiels.


Le dernier endroit curieux est un lieu en friche, en plein milieu des champs et prairies des Hogues (point (4) sur la première map). Aucune idée de ce qui s’y trouve mais : c’est là que plusieurs parcelles de cadastres se séparent ; et c’est également là qu’aurait passé l’ancien chemin rural de la Hogue (et non pas au fond du vallon comme aujourd’hui), si l’on en croit mes retranscriptions du cadastre napoléonien (~1808) sur les images satellites actuelles :

Chemins du cadastre napoléonien redessinés sur une photo satellite plus actuelle (si je ne me trompe pas)
Schéma et questionnements que j’avais partagés pour la page du lieu-dit : Les Anglais


Urbanisme actuel

Puits inspecté en 1967 (profond de 9 m et dit à sec depuis plus de 5 ans)

C’est depuis 1975 environ, que le lieu a pris son allure actuelle. C’est l’époque où toute la zone a été remaniée. On officialise la toponymie : des chemins (Route des Bois, chemin aux Anglais) aux lieux-dits (Les Anglais, Les Hogues). On perce officiellement le chemin aux Anglais. On construit le collège. On détruit la vieille ferme des Hogues (schématisée ci-contre où en photo sur l’image satellite de 1952 plus loin). Il n’en reste qu’une bâtisse : maison du n°7. Parcelle où le puits est toujours là d’ailleurs. Aux alentours, on goudronne et on délimite des parcelles résidentielles ici et là (3).

peut-être le puits actuellement (2025)


Quelques observations parmi le cadastre du coin. Il existe une toute petite parcelle de 36 m² (point (5)) avec un pseudo-bâtiment en agglos semblant comme perdu et déjà là sur les premières photos satellites. Aucune idée de ce que ça représenterait. Autre chose, parmi les parcelles résidentielles, celle la plus à l’ouest (parcelle du n°11) cache un point d’eau, a priori le même depuis les années 1950 (point (2) sur les maps). Est-il encore plus vieux et datant originellement de la ferme des Hogues ? Sûrement. En quelques dates :

  • ~ 1975 : ferme détruite et début des parcelles résidentielles
  • ~ 1975 : bâtisse de l’actuel n°7 est la seule imposante restante (construite à la première moitié du XXème)
  • 1976 : n°3 longeant une petite parcelle de pâturage avec des moutons
  • 1977 : n°9 chemin aux Anglais
  • 1981 : n°11 (parcelle vendue 157k € en 2023)
  • 2006 : n°5 derrière la parcelle du n°7

Entre chemins et carrefour

Chemin des Hogues

Le chemin des Hogues est un chemin moyenâgeux descendant vers le bourg. C’est peut-être par ici que passaient à l’origine les véhicules et transports pour traverser la vallée depuis Dieppe (faisant partie du chemin Chasse-Marrée, dénomination du chemin saint-saënnais qui est justement dans sa continuation). Quand on y descend, on a une petite vue sur le clocher (et plusieurs poteaux électriques car un peu carrefour de transformateurs pour dispatcher l’électricité).

On dénombre aujourd’hui 7 numéros au chemin des Hogues :

· ~ 1800 – 1850 : n°5 chemin des Hogues (brique)
· ~ 1850 – 1900 : n°8 et 10 mitoyens en milieu de chemin dignes d’intérêt historique
· début XXème : n°4 mitoyen avec le n°215 rue Simone Vallès (n°2 chemin des Hogues)
· début XXème : n°1 tout en bas (plusieurs bâtiments récemment rénovés en brique)
· milieu XXème : n°18 et n°20 mitoyens tout en haut, avec garage donnant sur le chemin

La ferme du Louvre

Au bout du chemin des Hogues existait pendant longtemps – au moins 5 siècles – une ferme (flèche 3 photo ci-dessus) lieu de carrefour de plusieurs chemins. Autour du XVIème siècle, les religieuses du prieuré de Saint-Saëns l’appelaient : la ferme du Louvre (Le Verdier, 1928). « D’après les dénombrements donnés au roi le 20 août 1683 par l’abbesse Marie de Tilladet : la pièce de terre nommée le Louvre contient 6 acres » (2,4 hectares), nous écrit André Lejeune (Notes sur Saint-Saëns, 1930 p.489).

Carte de l’abbaye royale au XVIIIème siècle reproduite par André Lejeune
selon le « plan terrier ». La « ferme du Louvre » est tout à droite.

Avant que la départementale D38 soit tracée, c’était ici un carrefour majeur extrêmement fréquenté permettant de rejoindre à la fois le bourg, le monastère ou le plateau est. Sur Les Hogues, en plus de la ferme principale dit « du Louvre », il y aurait eu un autre bâtiment résidentiel habité par des ouvriers et/ou des gardes forestiers. Rapido résumé en quelques dates :

  • ~ 1477 – 1789 (peut-être encore plus tôt même) : ferme propriété des religieuses du monastère de Saint-Saëns
  • ~ 1789 : ferme vendue comme bien national
  • 1790 : Guillaume Pinchon « tenait cette ferme par 100 livres de loyer » (Lejeune, 1930, p.489)
  • 1876 : famille Accard (cultivateur) + famille Souvey (garde forestier)
  • 18811891 : famille Accard (cultivateur) + famille Pécot (garde forestier)
  • 1901 : famille Auneveu? (fermier) + famille Cosne (garde forestier)
  • 1906192619361946 : famille Ouin (cultivateur). Ménage plus modeste en plus à côté :
    • 1906 : famille Bousquet (garde forestier)
    • 1921 : famille Couverchel (ouvrier agricole)
    • 1946 : famille Lerat (garde forestier et ouvrier)
  • 1975 : ferme détruite et début des parcelles résidentielles

Le Louvre était un des lieux-dits arbitrairement donnés par les religieuses pour décrire des terrains autour de leur monastère (avec la Sorbonne ou les Tuileries). Elle correspond à peu près à l’actuelle partie habitée et cultivée des Hogues qu’on connaît aujourd’hui. Bien que plus restreinte car les chemins étaient potentiellement différents. Avant, le lieu-dit de La Hogue désignait réellement la colline boisée du bois royal de l’abbaye, et non pas les champs cultivées et le petit vallon où l’eau ruisselle comme on le fait aujourd’hui (qui étaient désignés alors comme « Le Louvre » par les religieuses du monastère).

Chemin au fond du mini vallon entre Les Hogues et Les Anglais
(chemin rural de la Hogue)

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