La mythologie est l’étude scientifique des mythes allant des religions structurées au simples superstitions et croyances locales. Sur cette page, j’étends la thématique plus largement jusqu’au folklore local, contes, légendes, rites et coutumes liées aux croyances. Je ne me limite pas non plus strictement à la commune de Saint-Saëns. Et tant qu’on y est, j’y précise les lieux et bâtiments associés.
Celtique et gallo-romain
Les êtres de la nature
Les créatures folkloriques liées aux éléments de la nature, allant des gobelins aux sylphes et fées, sont souvent présentes dans de vieux mythes oraux d’une localité française précise. Ici, par chez nous, que ce soit sur Saint-Saëns au plus largement en forêt d’Eawy, rien de tout ça existe. En tout cas à ma connaissance… Pourquoi ? Bonne question. Peut-être parce que la forêt n’était pas tant développée et peu sauvage depuis un bon nombre d’années. L’espace était déjà bien habité et cultivé au temps gallo-romain. Ce devait déjà être le cas bien avant. De manière générale, la Haute-Normandie est très pauvre en ce genre d’histoires folkloriques.

Le puits merveilleux
Curiosité insolite encore actuelle, côté Maucomble, le puits merveilleux raconte davantage de légendes que toute la forêt entière. L’explication la plus commune que j’assemble serait que le puits était d’abord une cavité naturelle. Souterraine. Puis un effondrement du sol. La petit gouffre s’ouvre par la partie supérieure de la voûte (cloche de fontis).
Ce n’en qu’ensuite que les chauve-souris ont logé ici et que les humains s’y sont aventurés. Peut-être dès le temps gallo-romain pour y construire leurs maisons ou paver leurs routes, comme le suppose André Lejeune (1930). Peut-être encore bien avant pour y extraire des silex au temps préhistorique. (Sur certaines photos un peu voir une bande de silex coincée au milieu de la craie.) Mais ça, ce ne sont que des suppositions.
Ce que l’on sait, c’est que des coups de pioches sont présents pour y extraire du calcaire (Luc Tréard sur France 3, 2009). Certainement du temps de la verrerie pour l’alimenter en calcaire ! La verrerie y jetait ses propres déchets. À moins que ces griffures étaient celles d’animaux ? D’autres déchets s’y retrouvaient. Des tonnes et des tonnes. 900 m³ de remblais. Allant des silex de constructions à des carcasses de chevaux. Les spéléologues les ont remontés en plusieurs sessions étalées sur plusieurs années, pour atteindre le fond à 24 mètres du sol (Luc Tréard, 2014 pour Le Réveil ; photos de 2014 sur speleo76.free.fr ou speleo-mandeure.fr).
La légende associée à ce gouffre est qu’il puisse donner sur un souterrain… Une galerie menant jusqu’au château d’Arques-la-Bataille… Rien que ça ! On racontait même qu’un canard lâché dans le puits pouvait ressortir à Arques-la-Bataille. Bref. Une légende. Il y a toutefois un petit truc à rajouter si on veut garder le mystère. Ce qui est dégagé du fond du puits atteint le sol, certes, mais n’est pas entièrement dégagé. Une plus petite partie encore pleine de remblais sembler combler un renfoncement. Peu de chance que ce soit un souterrain artificiel. Peut-être une cavité donnant lieu à une rivière souterraine à la limite. Mais sûrement qu’un petit trou de plus. On ne le saura pas tant que l’espace ne sera pas dégagé.
Carrefours et croix de chemin

D’abord croyances pré-chrétiennes (dites païennes) par des petits autels à offrandes, elles ont été reprises par le christianisme avec ses croix de chemin. Les carrefours étaient lieux de mauvais augures. Des lieux à faire des mauvaises rencontres qu’elles soient humaines ou d’autres créatures et diableries (Philippe Walter, 2017). Il y a donc de fortes chances que là où il y avait une croix de chemin, un carrefour existait déjà depuis longtemps. Souvent ce genre de carrefour délimitait aussi une localité.
Trois croix de chemin sont historiquement recensées : la croix Baudet (actuel Camp Tillou où le Grimplet commence), la croix Jourdain (actuel croix Jourdain au virage de la rue du Chêne Favrel), et la Croix Verte (au bout de l’actuelle rue Dillard dont la localisation précise est plus délicate) (André Lejeune, 1930). Toutes ont été retirées et vendues durant la période révolutionnaire de 1789-1795.
Le feu de carrefour
Côté Bellencombre, à la Saint-Christophe, le 24 juillet, a perduré une ancienne tradition des « feux de carrefour ». Elle consistait à enflammer une grande pyramide de bois sur un carrefour en limite de localité, souvent en pleine forêt. Quelque chose qui ressemble au feu de la Saint-Jean a priori. Mais ici c’est à la Saint-Christophe, saint patron de La Heuze sur les hauteurs de Bellencombre.
Clairement, on dirait une ancienne tradition qui a été reprise par le christianisme. Sûrement en lien avec les croyances précédemment décrites sur les malheurs supposés des carrefours ! Vraiment tout fait penser à une cérémonie pré-chrétienne (paganisme (Léon de Vesly, 1893)). Par exemple, on tournait autour du feu malgré les chants chrétiens latins :
« Un des assistants entonne le Te Deum et fait le tour du bûcher ; tous le suivent en chantant et tenant un gros bâton à la main. Quand la flamme a atteint le bouquet blanc [tout en haut de l’énorme bûcher] les chanteurs font silence ; on se range [en rond] autour du feu, puis on entonne la Magnificat. » Il est entrecoupé d’un refrain disant que « nous chanterons pour elle ». En résulte des talismans protecteurs qu’on pourra disposer ailleurs. La Revue des traditions populaires de 1896 décrit chaque acte, comportement, parole et incantation (également ici en 1893 toujours par Léon de Vesly).
En plus de ce qui y est décrit, « c’était la personne la plus âgée du village qui allumait un feu de paille de 600 fagots » expliquent Denis Massire et Rémi Buron (retranscrits par Anaïs Grammatico, 2016 pour Le Réveil). Au sommet du bûcher, le bouquet blanc rappelle « le pigeon blanc qui, dit-on, venait jadis s’abattre dans le feu de Saint Onuphre » (1896).
Cette « fête », ou en tout cas cérémonie d’incantation, se préparait sur des semaines à l’avance. Quitte à, plus récemment, en profiter pour tirer un feu d’artifice et proposer d’autres activités. Elle se déroulait au coucher du soleil. L’objectif premier aurait été de « protéger contre » les crises majeures (incendie, foudre, grêle, accident, peste…). Léon de Vesly (1893) raconte qu’une année, la cérémonie n’avait pas été réalisée par crainte que touristes et non-amateurs viennent perturber « leurs mystérieuses pratiques ». C’était en 1873 tente-t-il de préciser. S’en est suivi dans l’année : des moissons détruites par la grêle, une maladie qui tua les troupeaux et la fondre qui incendia le clocher de l’église de Saint-Saëns qui sonna le glas pour la détruire 20 ans plus tard.
Le temple gallo-romain du Teurtre
Un temple gallo-romain se situait en haut de la côte du Teurtre. Aujourd’hui en pleine forêt, mais ce n’était évidemment pas le cas à l’époque. Ce petit temple carré, surmonté d’un toit en tuiles, était en l’honneur de Vénus. Voire une divinité celtique associée à celle romaine Vénus. Plusieurs dizaines de statue de Vénus anadyomène ayant été retrouvées à même le sol et dans la vase d’une ancienne mare. Sur ce temple, appelé fanum, j’en ai fait toute une vidéo (et un article plus complet) vers laquelle je vous renvoie :
Le soin par feuilles de lierre
Quelque chose de très localisée par chez nous. Associées à l’eau et une bonne incantation par celui ou celle qui en a le don, les feuilles de lierre semblaient être un remède contre la maladie ou en tout cas contre la fièvre (Léon de Vesly, 1893, 1896). Remède ou peut-être pas. Peut-être plus une manière de diagnostiquer le mal. Rituels et jeûnes pouvaient être recommandés par le rebouteux ou rebouteuse en fonction des signes donnés par les feuilles de lierre (des points) disposées sur de l’eau, au chevet du malade.
Chrétien et catholique
Fontaines, sources et mares
L’eau a depuis longtemps été lieu de vénération et pèlerinage, au moins depuis le temps gallo-romain (Jean Hubert, 1967). Avec le christianisme imposé, les divinités locales ou créatures de la nature (nymphes) furent très lentement remplacées par les saints chrétiens, par pression du clergé. Sur Saint-Saëns, 3 lieux principaux liés à l’eau sont ou ont été des lieux de culte : la mare du bienheureux, la source Saint-Martinet et la source Sainte-Marguerite (Léon de Vesly, 1893).
Églises et chapelles ont alors été élevées à ces lieux. Il existait une chapelle tout en haut du Catelier (celle du château) à la place de l’actuel oratoire du bienheureux. Au niveau des sources en amont, dont Sainte-Marguerite, il existait l’église Saint-Marguerite de l’abbaye qui devint l’église Notre-Dame avant d’être détruite en 1950. Et enfin, au niveau des sources en aval, il existe toujours les restes d’une chapelle au niveau de la source Saint-Martinet (Saint-Martin étant couramment lié aux eaux (Jean Hubert, 1967)).

Le culte au Bienheureux Sidoine
On raconte que, de son vivant, le Bienheureux Sidoine (ou Saen, Saëns, Sean) aurait été perçu comme thaumaturge par la population, c’est-à-dire capable de réaliser des miracles. C’était à l’ancienne mare du Catelier où Sidoine aurait converti bon nombre de personnes au christianisme. L’actuel lieu qui prit le nom du Bienheureux. Décédé un 14 novembre, il est originellement fêté à cette date (L’Action française, 1914). Depuis, Sidoine est traditionnellement prié en faveur de la pluie, ou des petits enfants pour qu’ils puissent rapidement marcher sur leurs deux pieds ! Des processions depuis les villages voisins vers l’oratoire ou l’ancienne mare se faisaient pour prier la pluie et éviter les sécheresses. Parmi les pèlerinages référencés depuis les années 1400, on retrouve ceux partant de Bully (Adrien Miton & Percheval de Gournch, 1884).

La Chapelle Notre-Dame-de-Boulogne
La Chapelle Notre-Dame-de-Boulogne, elle, n’est pas liée à l’eau, mais à la vallée, au passage, au lieu… Elle était originellement installée dans un coin du monastère, aux environ du n°9 rue Verdun en débordant sur l’actuelle route. Vraiment tout proche des endroits de passage, elle accueillait les nouveaux venus au monastère puis au bourg saint-saënnais. Si proche du carrefour, qu’elle fut détruite en 1812 lorsqu’on traça la route Yvetôt-Neufchâtel. Puis reconstruite en 1827. Aujourd’hui la chapelle trône toujours à son carrefour mais de l’autre côté de la route.
Elle jouait donc un peu le rôle similaire d’une croix de chemin. Elle accueillait les arrivants à l’entrée du bourg. Ceux arrivants du sud et de l’ouest. Les chemins descendants à cet endroit. Autre argument allant dans ce sens, l’historien Jean-Eugène Decorde (cité par Claude Fournier Tome 2 p.49) nous raconte que la statuette du bas moyen-âge trônant dans la chapelle, avait été retrouvée enterrée (avant 1864). Or, des statuettes pouvaient être enterrées dans le sol du carrefour ou lieu de passage, dans le but de « purifier » le lieu, comme sali par tant de passage. Ou bien pour éloigner les diableries et mauvais sorts qu’engendraient les formes de fourches dessinées par un tel carrefour, comme évoqué plus tôt sur cette page. Voilà une explication autre que ce que propose Claude Fournier sur un simple désistement du culte à enterrer la statue de la Vierge de Boulogne.

La Vierge de Boulogne
…
Autres pèlerinage évoqué sur cette page, les paroissiens de Maucomble descendaient au val de Boulogne depuis 1628, « aux vêpres de la Pentecôte », pour remercier la Vierge de Boulogne d’être protégés contre la peste, nous raconte Claude Fournier en citant le chanoine de Mathan (Tome 2 p.49).
La Légende de Maintenon
Une légende est un « récit à caractère merveilleux, ayant parfois pour thème des faits et des événements plus ou moins historiques mais dont la réalité a été déformée et amplifiée par l’imagination populaire ou littéraire » (cnrtl.fr). On part alors d’éléments historiques factuels pour finalement exagérer et romancer une histoire. C’est exactement ce qui s’est passé pour cette fameuse histoire d’une madame de Maintenon venue sur Saint-Saëns à plusieurs reprises. On ne sait trop d’où vient cette légende, mais le premier écrit en faisant part date d’un conseil municipal du 12 Février 1859. Pour en savoir plus, comme il y a de quoi dire, je vous renvoie vers sa page attribuée :

