À mes yeux, la famille Steeg est certainement la famille la plus mystérieuse associée à Saint-Saëns. Je les retrouve mentionnés uniquement dans les journaux et les papiers industriels en lien à l’économie nationale, rarement à l’échelle locale. Les recensements saint-saënnais n’en mentionne aucun. Les Steeg sont une famille de patrons industriels arrivés sur Saint-Saëns aussi furtivement que repartis, autour de la seconde guerre mondiale, entre 1933 et 1946. Difficile à dire s’ils fuyaient quelque chose, ou s’ils s’étaient installés ici par intérêt politique ou par intérêt économique. Ils arrivent par domination économique (propriétaires d’usines) et repartiront sur un échec politique (non-élu aux élection cantonales).
L’usine à Roville
Les origines
L’usine Steeg, de Jacques Steeg, semblait exister depuis 1933, ayant eu un différend avec le mécanicien Marcel Marchal lors du déplacement des machines et outils depuis la gare. Un événement d’abord diffusé dans les journaux par la demande de Jacques Steeg lui-même dont on peut suivre la saga en fil des mois : lettre de mars 1933, mars 1933, avril 1933, mai 1933. Dans le même journal, on cite aussi les ouvriers Raoul Legras en mars 1933 ou Louis Buleté en août 1933. L’usine se situait à Roville, mais savoir où précisément je n’ai pas de confirmation.
En 1940, l’usine est officiellement dénommée comme scierie. Mais sur les recensements de 1936, je ne retrouve que des ouvriers travaillant le métal. J’imagine alors qu’entre 1933 et 1940, cette usine était une métallurgie ou fabriquait des pièces ou machines en métal. (En 1909, il existait déjà une métallurgie à Roville, mais selon André Lejeune elle se situait à la future teinturerie et aurait fermée en 1916. Ça semble donc encore autre chose.) Les saint-saënnais recensés comme travaillant chez M. Steeg en 1936 sont :
- Rue d’Haussez : Pierre Dutilleux (né en 1915 à Serqueux) tourneur de métaux
- Saint-Martinet : Pascal-Raoul Lefebvre (né en 1906 à Rosay) mécanicien
- Saint-Martinet : Raoul Legras (né en 1901 à Dieppe) contremaître
- Roville : Georges Eude (né en 1900 à Rouen) mécanicien
- La Martinique : Julien Debonne (né à St-Saëns en 1908) journalier
- Place Maintenon : Allyre? René Baudin (né à Longueville en 1920) « apprentit tourneur »
- Rue des forges : Georges Bastide (né à St-Saëns en 1902) chaudronnier
- Rue des forges : André André Reynaud (né à Paris en 1897) mécanicien
- Rue des tanneurs : Goerges Geopfert (né à Lons-le-Saunier en 1910) tourneur
- Rue des tanneurs : René Ernest Lozier (né à Auffay en 1907) ajusteur
La scierie
L’usine Steeg était détenue par Jacques Steeg et son frère René Steeg. Officiellement, elle s’appelait Les scieries d’Eawy fondée le 20 avril 1940. Le siège social était à Paris. L’usine Steeg est donc devenue une usine travaillant le bois. Une scierie ? Oui, et même une usine de meubles, restée active jusqu’à 1945. Ici, un certain François Faure y travaillait en tant que haut cadre commercial. Un membre de la résistance française intérieure. François Faure monta un groupe de résistants sur Saint-Saëns dont un des principaux sera une autre personne qui travaillait à cette usine en tant que chauffeur : Marcel Legardien. Pour aller plus loin sur cette cellule résistante saint-saënnaise de 1941 – 1944, je vous renvoie vers cette page et vidéo :
Est-ce que les Steeg étaient au courant de l’activité résistante au sein de son entreprise ? Aucune idée. J’en doute. L’usine saint-saënnaise de Jacques Steeg travaillait pour les allemands : elle fait partie des « Dossiers d’industriels relatifs aux liquidations de leurs commandes effectuées pour les allemands pendant l’occupation ». L’usine a donc collaboré un minimum avec l’occupant. Reste à savoir à quel point. Quelques commandes isolées ou bien plus ? Une activité aussi floue que l’histoire de la cellule résistance saint-saënnaise qui en est liée. Tout ça me laisse perplexe.
Famille Steeg
- Jules Steeg (1836-1898) et Zoé Tuyes (1840-1930), parents de :
- Théodore Steeg (1868-1950) ministre et Gouverneur général d’Algérie, républicain socialiste (photo ci-dessous)
- Charles (Jean) Steeg (1867-1916) médecin sur Dieppe et Lia Renée Levy (1870-195?), parents de :
- Louis Émile René Steeg (1897-1969) industriel
- Jacques Steeg (1898-1963) industriel chimiste (marié un temps à Françoise Stehelin 1924-194?)
- Pierre (Jules Jacques) Steeg (1899-1963) industriel (marié à l’actrice Nicole Vattier en 1946 ?)
- Emma Emilie Suzanne Steeg (1900-2000)
Jacques et René sont 2 frères nés à Dieppe et qui habiteront plus tard sur Paris. Ils sont fils du médecin chirurgien Charles Steeg qui habitait du côté Veules-les-Roses puis Dieppe. « Il s’installa 54 rue d’Ecosse avec dix mille francs (ou davantage) que lui prêtèrent ses parents » (lettres de Jules Steeg, 1894). Dieppe où le frère de Charles, le ministre Théodore Steeg, avait aussi une maison secondaire. Après la guerre, on retrouvera un certain René Steeg en 1948 dans le Calvados. Quant à Jacques Steeg, il est noté comme maire pendant un temps en 1945, avant que Simone Vallès le soit.
Peut-être que les Steeg ont définitivement quitté Saint-Saëns après 1945. Aucune idée du réel pourquoi des dénouements de chacun. Sûrement un échec d’ego politique pour l’un. Voici ce qu’en écrit Claude Fournier (tome 1 p.18) : Jacques Steeg « qui avait à son tour démissionné [de la présidence du comité de libération, c’est-à-dire en tant que maire] après un échec aux premières élections cantonales de l’après-guerre. »
L’usine au Pont-du-Thil
Un dernier Steeg est également à évoquer. En Juin 1941 Pierre Steeg, a priori noté comme saint-saënnais, devient gérant du groupe « Manufacture Française de Chemises » comprenant la dite Chemiserie Caron au Pont-du-Thil (cf. industries).

