La toponymie est la science des noms des lieux, allant des rues (odonymie) aux rivières (hydronymie). Pour les noms des lieux-dits, chaque page spécifiquement associée au lieu-dit explique sa toponymie. Par exemple, pour Les Hogues, le nom fait référence à une colline atypique. Cette page sur laquelle vous lisez se concentre uniquement sur l’historique des noms pris par la localité. Une rapide liste existe déjà sur archivesdepartementales76.net. Saint-Saëns s’est-elle toujours appelée ainsi ?
VIIème : Warinna
Localité
Partons de manière chronologique. Au plus vieux, avant que le christianisme s’impose, convertisse les lieux. Avant que la localité devienne paroisse associée au nom d’un Saint. Le premier nom qu’on retrouve pour décrire la localité est associée à la rivière : Warinna (Giry Arthur, 1894). On le retrouve dans les notes de recherches d’Auguste Le Prévost (1869, p.489). Il cite un passage de la vie de Saint-Lantbert : en 672, Childéric II donna à Saint-Lantbert Ulmirus (Osmoy) et Warinna (Saint-Saëns) situés dans le pays de Tellau (Talou) le long de Tellas (rivière de la Béthune) et Warinna (rivière de l’Arques, l’actuelle Varenne) et tout ce qui est autour dont Crisciaco (Cressy), Seda (une ville sur la Scie ou Yvetot), Magneroto, Neon, Toscarias, le littoral, les pêcheries et marais salants (les sauneries gallo-romaines et salines du moyen-âge).
Auguste Le Prévost (1869), Ferdinand Lot (1913), André Lejeune (1930), et François de Beaurepaire (1960) affirment que Warinna désigne à la fois la rivière et un large lieu habité autour de Saint-Saëns. Seul l’abbé Cochet semble plus associé le lieu habité à Bellencombre parce que c’était le nom porté par le fief au moyen-âge (1864). Les nobles de Warren ou de Varenne viennent de là. En 731 et 734 (Le Prévost, 1869, p.490), le monastère saint-saënnais est précisé être au pays de Warinna. Warinna est donc à la base une région plus large, désignant certainement une bonne partie de la vallée, et le pays du Talou lui est encore plus large s’étalant sur plusieurs vallées.

Signification
Pour faire court, Warinna donna Varenne. Ça viendrait du gaulois selon le dictionnaire de Xavier Delamarre (2003). Uar- var- war- faisant référence à de l’eau. Vara voulant dire eau (Albert Dauza, 1960). Varia voulant dire cours d’eau. Dans ce même dictionnaire, on y écrit aussi que Varina peut désigner une faction, un groupe d’humains. Curieux non ? Dernier questionnement. Sur ce que précise Le Prévost (1869) que Warinna correspondait à la rivière de l’Arques. Comment ça ? Est-ce qu’en quantité d’eau l’Arques est en fait la Varenne ? D’autres questions à répondre sur une page spécifique autour de la Varenne :
VIIIème : Sanctus Sidonius
Sancti Sidonii
Après la mort du moine Sidoine dans les années 690, premier abbé du premier monastère chrétien saint-saënnais, la localité prend le nom de Sanctus Sidonius (et toutes ses déclinaisons latines Sanctum Sidonium, Sancti Sidonii, Sancto Sidonio). On le sait car le monastère a été repris sous ce nom par l’abbaye de Fontenelle (Saint-Wandrille) au moins en 731 et le sera ensuite pendant longtemps (Le Prévost, 1869, p.490 ; Passiones vitaeque sanctorum aevi Merovingici ; on cite aussi l’hagiographie de l’abbé Legris comme source ; l’abbé Cochet cite aussi ses mêmes sources).
Sanctus Sidonius c’est-à-dire en français Saint-Sidoine. On retrouve cette dénomination jusque dans les années 1500-1600. Un exemple parmi d’autres, sur les possessions du prieuré de Longueville au XIIème siècle : « Apud MaisnilBernard [Mesnil-Bénard donc] quinquaginta acras terre de dono Bernardi de Fossato, et aliam terram quam habent de Roberto, preposito sancti Sidonii. » Autres variantes d’orthographe, on le retrouve parfois écrit avec un « y » : Sancti Sydonii. Pourquoi pas. Mais plus troublant encore, on le retrouve parfois écrit : Sancti Sedanii. Et là par contre, ça me pose problème.
Sancti Sedanii ?
Pourquoi ça me pose problème ? Parce que Seda fait référence à la Scie et Sedana (ou Sedanna) fait référence à la rivière de la Sâanne aussi historiquement orthographiée Saenne. Par exemple, Auzouville-sur-Saâne s’écrivait Ausouville-sur-Saenne. Autre exemple : « Messire Jehan de Saenne, chevalier, quarante cinq acres que boys que terres assis entre la rivière de Saenne » (fascicule de documents de la Société de l’Histoire de Normandie, 1933). Bref. Est-ce que vous voyez où je veux en venir ? Saenne comme Saen… Finalement, le nom originel de Saint-Saëns ne proviendrait-il pas de la Saenne ? Les « Sancti Sedanii » peuvent toutefois être qu’une mauvaise lecture et orthographe de « Sancti Sedonii » elle-même une autre orthographe Sancti Sidonii.
1374-1794 : Saint-Saen
De Sidoine à Saen ?
Selon archivesdepartementales76.net, la première dénomination de Saint-Saen remonte à 1374. Ou Sainct-Saen comme dans un écrit du prieuré de Longueville de 1419 évoquant être en possession de cette même terre de Mesnil-Bénard précédemment citée en latin 3 siècles plus tôt. D’où est-ce que ça vient ? Pourquoi passer de Sidonii à Saen ? Y-a-t-il vraiment un lien entre Sidoine et Saen ? Les deux mots « Sidoine » et « Saen » me semble si éloignés que ça m’étonnera toujours. Pourquoi ne pas avoir choisi Saint-Sidoine au lieu de Saint-Saen ?
Le professeur en études médiévales Jean-Michel Picard propose que Sidonius soit une forme latine de Sétna, un nom irlandais qui se prononcerait quelque chose comme « shaydna ». Le nom « Saint-Saen » proviendrait alors de quelque chose entre Sétna, Sidonni, Sedana ou même Secana une variante latine de la Seine pourquoi pas ! Tellement de mots aux sonorités et lettres utilisées proches. Il en manque un dans cette liste.

De Sean à Saen ?
Une autre explication, serait que Saen, provienne d’un nom irlandais qui se prononce entre « chône » et « chane » : Sean. Comme Sean Paul ou Sean Connery. « Sean » ça équivaut au prénom français Jean. Donc, en suivant cette supposition, par traduction du gaélique au français on aurait dû dire qu’on habite à Saint-Jean et pas à Saint-Saen. On aurait été alors des saint-jeannais.
Quoiqu’il en soit, Sean ou Sétna, l’explication consensuelle actuelle d’où sort ce « Saen » vient du nom gaël du moine Sidoine, premier abbé du premier monastère sur la localité. Le moine Sidoine, avait-il réellement pour nom gaélique Saen ou Sétna ? Nous n’aurons malheureusement jamais certitude là-dessus. En tout cas, si c’était le cas, ne serait-ce pas un peu étrange que « e » et « a » se soient inversés de Sean à Saen ? On retrouve la même inversion quand le nom gaulois Sedana devient Saenne en français. C’est bizarre ces lettres qui changent de places. Par exemple, dans le prénom Jehan puis Jean le « e » et « a » ne sont pas inversés pour ce cas là…

De Saen à Saën
Quand exactement Saint-Saën a reçu deux points sur son « e » ? Aucune idée. Aucune date précise. Il reste rare de retrouver le « ë » dans les archives. Il est d’autant plus présent dans les registres paroissiaux de l’abbaye ou administrations royales du XVIIème siècle. Comme si finalement seuls la noblesse et le haut clergé, qui cherchaient à retranscrire l’oral à l’écrit, s’imposait la règle de mettre un tréma au « e » pour le son « en ». En tout cas, ailleurs, il reste rarement trouvé. Sur les cartes officielles de 1780 ci-dessus et celle de Cassini vers 1815 ci-dessous, l’écriture commune semble avoir toujours été Saint-Saen.

Sincens
Durant cette période, que ce soit au moyen-âge ou durant l’époque moderne, on pouvait retrouver une orthographe parfois très surprenante. Couramment Saen perdait son « a ». Comme dans Saint-Sens et forêt d’Ouy sur la carte de 1633 ci-dessous, ou Sancto Sen (Gillebertus de Sancto Sen). Plus étonnamment, on retrouve un « Sincens » tout attaché. Une rare mention en 1693 parmi les archives royales pour désigner un sieur de Sincens, garde du corps. Certainement écrit par quelqu’un qui ne connaissait pas du tout la localité.
En fait, dès que c’était à Paris qu’on écrivait la localité, on retrouve des tournures assez étranges. Si étranges que j’en doute fort que ça fasse référence à Saint-Saëns mais peut-être plus à la Seine. Sancto-Sidero, lié à un certain sire Jean (1350-1363 Parlement de Paris) ou encore Sancto-Sanno, Sancti-Sanni (17 juin 1372).

1794-1830 : Saen-la-forêt
Pendant une courte période la commune s’appela officiellement Saen-la-forêt (cf. Époque des tanneurs (1789 – 1898)). Pendant la période révolutionnaire française après 1789, on supprima toute référence catholique dans l’espace public. Allant de la pratique religieuse dans les églises aux références à des Saint et autres chrétiens parmi les noms des lieux. Saint-Saëns ne fit pas exception. Elle fut même d’ailleurs une des premières à changer de nom ! Mais le nom existait uniquement officiellement. Officieusement et dans la pratique, des lettres postées, aux écrits municipaux, en passant par le langage courant des habitants, tout le monde utilisait toujours Saint-Saen. Et la dénomination Saen-la-forêt disparut en 1830.
1852 : Saint-Saëns
En 1852 on officialise l’orthographe avec en « ë » et un « s » à la fin. C’est acté et ça ne bougera plus jusqu’à aujourd’hui. Un choix fait « durant les années 1840 » dans la pratique, écrit Claude Fournier. En tout cas sur l’orthographe. Car dans sa prononciation orale, ça bougera encore ! D’abord pendant longtemps elle restera la même : Saint-Saen sans le « s » final prononcé. Le « s » reste muet.
Que le « s » se prononce à l’oral, c’est quelque chose de très nouveau, d’à peine quelques dizaines d’années ! Ce serait apparu à l’oral vers 1940-1950, raconte Claude Fournier (Raphaël Tual, 2015 pour Le Réveil). Après avoir longtemps cohabité avec l’ancienne prononciation, fin du XXème siècle, Saint-Saën(s) devient alors majoritairement Saint-Saëns où son « s » final se fait entendre.

Carte de 1856 de la nouvellement nommée Seine-Maritime
