Les vitraux


Les vitraux saint-saënnais sont certainement le patrimoine matériel historique le plus précieux du bourg. Les plus anciens, du début du XVIème siècle, sont officiellement classés patrimoine historique depuis 1867. Avoir tenus en entier jusqu’ici est déjà un exploit ! Même si des morceaux sont manquants ou d’autres semblent sortir de nulle part sur la scène représentée, ils ont traversé 500 ans en restant ici sur Saint-Saëns malgré les tempêtes, incendies, bombardements, reconstructions des murs, reconstitutions, et décisions politiques. Et entre temps plusieurs autres vitraux contemporains sont venus les accompagner. Pour y voir plus clair, je propose une chronologie et un petit schéma :

  • XVème siècle : vitrail perdu de Isabelle de Douglas
  • début du XVIème siècle (1500-1515 par là) :
    • vitraux du récit de Saint-Louis (n°1-5)
    • scènes de la Passion et de la vie du Sauveur (n°6-10)
    • les deux vitraux du transept (n°11-12)
  • XVIIème siècle : écussons de Limoges (n°13) + armoirie d’une abbesse (n°14)
  • 1867 : vitraux du XVIème siècle classés patrimoine historique
  • 1895-1905 : construction de la nouvelle église
  • 1930 : tous les vitraux de la Maison Gaudin pour la nouvelle église (n°21-34)
  • 1940 : vitrail de Jean-Jacques Gruber représentant le moin Saen (n°35)
  • 1957 : vitraux de Maurice Max-Ingard (n°36-55)
  • 1981 : vitraux de Patrick Forfait (n°56-61)

Les vitraux perdus

Vitrail d’une noble d’Écosse

Le 14 mars 1402, Isabelle de Douglas et Alexandre Stébaïs, nobles de Mar et de Garioch, donnèrent la terre de Saint-Saëns (dite fief Douglas) à Roger d’Édinburgh (Roger de Boissay). La vente s’achevant le 28 juillet 1408. Un vitrail dont une partie (supérieure selon André Lejeune, 1929) représentant Isabelle de Douglas aurait été placé dans l’église saint-saënnaise telle une sorte de souvenir. Souvenir matériel aujourd’hui perdu (Michel Francisque (1862) ; l’abbé Cochet (1853) ; Auguste Guilmet (1838)).

André Lejeune écrit (1929) : « Cette verrière aurait été enlevée en 1778 ou 1780 pour faire place à une contretable en bois, œuvre d’un nommé Buzot : c’est cette contretable qui orne provisoirement, dans l’église neuve, l’autel de la Vierge. » La contre-table est toujours là. Par contre, qu’est-il arrivé au vitrail ?

Vitrail des drapiers

Charles-Jacques Concedieu, « maire » de l’époque, aurait raconté en 1802 à Napoléon Bonaparte les détails d’un vitrail mettant en valeur la draperie (écrit l’abbé Cochet (1853)). Toute une industrie qui était un temps imposante dans la région la plus large possible, dont on ne connait pas grand chose concernant Saint-Saëns. Un vitrail qui aurait donc disparu entre 1802 et 1850. Par un incendie ? Un accident ? Un accident ? Une décision politique ?

Les vitraux du XVIème siècle

Récit de Saint-Louis

Pourquoi Saint-Louis représenté à Saint-Saëns ?

La légende (dit légende car légendé) de Saint-Louis, roi de France Louis IX (de 1226 à 1270), est contée en 8 tableaux sur aujourd’hui 5 vitraux (n°1 à 5 sur le schéma ; et résumé en image ci-dessous). Patrimoine historique saint-saënnais, ces vitraux aujourd’hui datés du tout début du XVIème siècle, par le CNRS notamment, étaient depuis longtemps parfois datés du XIVème siècle ou du XVème siècle (comme sur saintsaens.fr).

Pourquoi ici à Saint-Saëns on fait référence à Saint-Louis ? C’est flou. Au XIIIème siècle à l’époque de Saint-Louis, les terres saint-saënnaises étaient en plein boom religieux avec la prospérité de son monastère cistercien. C’était aussi l’époque d’un boom de bureaucratie, où le royauté installe son pouvoir sur ses territoires. Or, les terres saint-saënnaises étaient principalement aux mains de la royauté. On parlera par la suite de bois royal, d’abbaye royale… Un parallèle à ne pas négliger.

Il y avait par exemple un contrôle régulier de l’archevêque de Rouen Eudes Rigaud qui venait de lui-même sur les lieux. Ou encore, le monastère saint-saënnais sera occupé par des grands noms de hauts nobles français de la cour du roi… Tout ça mis bout à bout me fait penser un fort lien avec la royauté. Et une des coutumes royales était de vénérer le culte de Saint-Louis (Le Média, Juillet 2025, La Véritable histoire de Saint-Louis). Un culte qui a été perpétué plus de 200 ans jusqu’au XVIème siècle (et aujourd’hui à vrai dire), époque où ont été constitué les vitraux sur Saint-Louis. Me pencher sur l’histoire de l’abbaye me permettra peut-être d’affiner une réponse…

Parce que oui, selon moi, il est tout à fait possible qu’à l’origine tous ces vieux vitraux ornaient l’église de l’abbaye de Saint-Saëns, comme est-il écrit dans une Revue de l’art chrétien parmi les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie concernant l’Arbre de Jessé.

De gauche à droite : vitrail n°5, 4, 3, 2, 1.

Le portrait

Saint-Louis est élevé en figure majestueuse, pieuse, au service du christianisme (les deux croisades vitraux n°1 et 5) et de sa population chrétienne (auprès des malades et plus pauvres vitraux n°2 et 4). On le surnomme parfois le « roi des pauvres ». Il mangent avec les pauvres (vitrail n°4 en haut), ils lavent les pieds des pauvres (vitrail n°4 en bas), il vient au contact des malades (vitrail n°2 en haut). Cassant les principes féodaux au profit du pouvoir royal plus direct, on raconte de lui qu’il cherchait malgré tout à mettre sur un pied d’égalité tout le monde que ce soit aux yeux de la foi ou aux yeux de la justice. C’est en tout cas ce qu’il cherchait à donner comme image au peuple français (Le Média, Juillet 2025, La Véritable histoire de Saint-Louis).

  • vitrail n°1, celui tout à droite
    • En haut, c’est Saint-Louis prisonnier au Caire lors de sa première croisade (1248-1250)
      légende : « en la grand tour du Caire / en prison fu le roy »
    • En bas, on ne sait trop ce que ça fait là, ça ressemble à deux hommes qui se battent.
  • vitrail n°2 :
    • En haut, Saint-Louis se déplace pour soigner les malades, comme il aurait aimé faire. En face de lui ce serait un moine. légende : « Saint Loys au coeur généreux / doucement baisoit le lépreux »
    • En bas, il est avec sa mère Blanche de Castille et ses conseillers.
      légende : « Saint Loys mieux te voir mourir / que les mortels encourir »
  • vitrail n°3 :
    • Portrait de Saint-Louis avec ses ornements royaux
  • vitrail n°4 :
    • En haut, le roi mange avec les pauvres.
      légende : « pauvres en table les samedis / dinoient avec le roy St Loys »
    • En bas, cette fois-ci il lave les pied d’un pauvre
      légende : « Saint Loys y lavoit / les piés et les baisoit »
  • vitrail n°5, celui tout à gauche :
    • En haut, en train de voguer pour sa seconde croisade (1270).
      légende ou titre : « La Roche Forte », une nef d’une flotte construite à Venise prise par le roi.
    • En bas, il est représenté sur son lit de mort (vers Tunis).
      légende : « de fièvre mourut St Loys / son âme est en paradis »

Nous pouvons distinguer deux personnages parmi les vitraux. Le premier en est un déjà cité sur cette page : l’archevêque de Rouen. Sur le vitrail n°1, Claude Fournier écrit en citant le chanoine de Mathan : « le personnage en chape violette, portant une tonsure, est vraisemblablement l’aumônier du roi ; il s’agit du franciscain Eudes Rigaud, archevêque de Rouen » qui est venu plusieurs fois contrôlé le monastère saint-saënnais.

Le culte

Le second personnage repérable est la mère de Saint-Louis, Blanche de Castille en bas du vitrail n°2. Très (trop) présente dans sa vie, on raconte que son fils est resté longtemps en terre sainte (malgré son emprisonnement : vitrail n°1) durant sa première croisade aussi pour l’éviter, tellement qu’elle était imposante. Blanche de Castille cherchait à le rendre le plus pieux possible au prix d’une vie stricte pleine d’angoisses, depuis tout jeune. Pourquoi ? Pour sacraliser la dynastie capétienne (Le Média, Juillet 2025, La Véritable histoire de Saint-Louis). Chose qu’elle a réussi à faire puisque Louis IX a été canonisé en tant que Saint-Louis.

Vitrail (n°22) des années 1930

Outre le personnage de Saint-Louis aussi pieux et imposant qu’il était, il y avait donc toute une volonté politique de la dynastie a vouloir de faire du roi une figure religieuse, un culte. On pourrait aujourd’hui parler de lobbyisme, de coup de comm’ ou de sur-médiatisation. C’était un peu ça. Et les vitraux rendent cette image majestueuse d’un roi pieux « sur-vendu » au sacrifice de sa vie. Une marionnette politique dont il a manifestement très bien joué le rôle au point qu’on l’utilise encore aujourd’hui dans les récits nationaux pour glorifier la France… Alors que bon. Lui et les capétiens de son époque ont par exemple massivement massacré des musulmans et pillé le monde arabe, pillé et expulsé des juifs, ou plus généralement torturé les blasphémateurs. Rien de glorieux dans tout ça.

Le mystérieux écusson

Sur le vitrail central (n°3) deux armoiries sont présentes en bas du portrait de Saint-Louis. Celles de la royauté française, bon ok. Mais aussi à gauche une… mystérieuse. Très peu lisible. Selon certaines interprétations, ce serait l’écusson du donateur. André Lejeune écrit (1929) : « écartelé aux 1 et 4 de … au chevron d’or chargé de trois mouches de sable et accompagné de trois coquilles d’or ; aux 2 et 3, de … semé de croisettes d’or à la bande engrêlée du même et brochant sur le tout. »

Scènes de la Passion et de la vie du Sauveur

Ce sont des scènes représentées selon l’évangile de Saint-Matthieu si je comprends bien. Comme le souligne Claude Fournier, il y a beaucoup d’animaux représentés. De gauche à droite ça ne suit pas trop la chronologie. En revanche, les vitraux se liraient plutôt bas en haut. Était-ce ainsi d’origine ou bien suite à une reconstitution ? Tout comme sur les verrières de la Légende de Saint-Louis, avec le portrait de Saint-Louis intentionnellement mis au centre des 5 vitraux, ici c’est la Descente de la croix qui est mise en centre, là où la croix est la plus visible.

De gauche à droite : vitrail n°10, 9, 8, 7, 6


  • vitrail n°10, tout à gauche dès l’entrée
    • En haut, repas de la Cène
    • En bas, l’Entrée de Jésus à Jérusalem
  • vitrail n°9
    • En haut, l’Arrestation de Jésus et Trahison de Judas habillé d’un haut vert et bas doré
    • En bas, la Prière dans jardin des oliviers où Jésus prie et les autres dorment
  • vitrail n°8
    • Tout en haut ça représenterait le jugement dernier par Jésus-Christ
    • La Descente de la croix à Golgotha
    • Tout en bas un ange porte les clous
  • vitrail n°7
    • En haut, le Portement de la croix (ou Chemin de Croix dit-on aussi)
    • En bas, Ecce-Homo où Jésus vêtu de pourpre est dénoncé au public par Pilate
  • vitrail n°6
    • En haut, la Flagellation où Jésus est flagellé. Tout en haut ce serait un ange.
    • En bas, le Lavement des mains de Pilate gouverneur de province romaine

Parmi les personnages on distingue facilement Jésus habillé d’un vêtement uni bleu violacé (puis pourpre) et sa tête entouré d’un halo doré, ou Pierre vêtu d’un haut bleu et d’un bas rouge aux cheveux blancs dégarnis. On le retrouve représenté de manière identique parmi les 12 apôtres du vitrail de la Descente du Saint-Esprit :

Les apôtres sur la vitrail de La Cène à gauche / Les apôtres sur le vitrail de la Descente du Saint-Esprit à droite


Une idée du maître-verrier ? André Lejeune (1929) évoque les ressemblances frappantes entre les vitraux des Scènes de la Passion et un vitrail de l’église Saint-Vincent de Rouen, supposant le même maître-verrier. Bon. Dommage, l’église en question n’est plus que ruines… Elle a subi un bombardement en 1944. Il n’existe plus que quelques-uns de ses vitraux ici et là, répertoriés sur patrimoine-histoire.fr. Ils datent ceux semblables aux vitraux saint-saënnais de 1520-1530, réalisé par un inconnu atelier rouennais influencé par le maître-verrier flamand « Arnoult de Nimègue qui avait quitté Rouen en 1513. » Est-ce quelqu’un de ce même atelier qui a réalisé les vitraux saint-saënnais ? Je le crois. En tout cas, c’est clairement dans cette mouvance de la Renaissance dont Arnoult de Nimègue fait partie. Une des caractéristiques de cette époque, outre les couleurs et les vêtements, c’est la Vierge Marie mieux mise en avant, qu’on retrouve notamment sur les deux vitraux du transept.

Les deux vitraux du transept

Ce sont pour moi les deux vitraux les plus impressionnants de l’église. Posés dans le transept un peu à l’écart, ils sont du XVIème siècle également. Côté nord, comme dans l’ancienne église. MAIS. Cet emplacement aurait dû être que provisoire. Ils devaient être placés de part et d’autre de l’entrée de l’église aux emplacements n°30-31 et n°33-34 sur le schéma. En fait, à l’origine, tous les vitraux étaient aussi larges dans l’ancienne église. La photo ci-contre, prise par Séraphin-Médéric Mieusement, date de 1894 : de l’ancienne église donc. En un seul vitrail du récit de Saint-Louis, aujourd’hui nous en avons au moins 3 !

La Descente du Saint-Esprit

Sur les deux vitraux aussi larges restants, l’un représente la fête de la Pentecôte (n°12), la Descente du Saint-Esprit (symbolisé par la colombe) sur les 12 apôtres autour de la Vierge Marie voilée en bleu. Les petits trucs rouges descendant avec les rayons d’or étant les « langues de feu » décrits dans la Bible lors de cette scène (Actes 2:3). Marie a un livre ouvert devant elle. Proche de ce livre, il y a des écritures sur un bandeau jaune. On pourrait vaguement y lire une sorte de « 1358 ». Peut-être est-ce de là que vient la croyance que les vitraux datent du XIVème siècle ? Pour Claude Fournier (p.17 Tome 3), il lit : 1558 ou 1358 puis HASV ou HASN… Or pour moi, rien n’a l’air de chiffres. Rien que le censé 8 ressemble plus à un S. Mais bref.

Si les vitraux saint-saënnais découlent d’Arnoult de Nimègue lui-même ou de ses influences, on peut peut-être s’en servir pour éclaircir ce genre d’interrogations. Réalisé par Arnoult de Nimègue lui-même a priori, on a par exemple la vitrail de l’Assomption de Saint-Lô (~1513). On y retrouve plusieurs sigles similaires derrière Saint-Côme et Damien. Peut-on essayer de décoder ça alors ?

vitrail de l’Assomption de Saint-Lô / vitrail Descente du Saint-Esprit saint-saënnais / vitrail de l’Assomption de Saint-Lô


La réponse : non, a priori. Ce seraient des caractères fictifs, du pseudo-coufique (lavieb-aile.com), juste pour faire joli. Sur le vitrail de l’Assomption de Saint-Lô, il est écrit sur le bandeau derrière eux exactement la même chose, alors qu’il aurait dû désigner la personne représentée. Par conséquent, trouver une signification à ce qui est écrit, ici comme sur le vitrail saint-saënnais, serait totalement impossible. C’est quelque chose typiquement utilisée pendant la Renaissance. Avec des sigles aussi similaires, se pourrait-il que le vitrail de la Descente du Saint-Esprit soit lui-même réalisé par Arnoult de Nimègue ?

Sur le vitrail de l’Arbe de Jessé, tout en bas, il y a encore ces sigles que Claude Fournier dit illisible et pouvoir être lié à l’auteur. Or si on reste à cette hypothèse que ce soient des caractères pseudo-coufiques, ce serait toujours de l’écriture fictive. Par contre, fait intéressant, que les sigles soient aussi similaires qu’au vitrail de la Descente du Saint-Esprit, ça supposerait le(s) même(s) artisan(s) verrier(s) entre les deux vitraux saint-saënnais du transept et ceux des scènes de la Passion !


L’Arbre de Jessé

L’autre large vitrail du transept représente l’Arbre de Jessé (n°11) dont au moins les deux premiers rameaux ne datent pas de l’original (juillet 1896). Au centre en grand, la Vierge Marie toujours vêtue de bleu, sa tête n’est également pas d’origine remplacée en 1897. Pour reprendre des parallèles avec des vitraux rouennais, l’Arbre de Jessé a des ressemblances avec l’Arbre de Sainte-Anne détruits durant la seconde guerre-mondiale (daté de 1520-1530) lors du bombardement de l’église Saint-Vincent précédemment cité. Toujours lié à ce même atelier rouennais fortement influencé par Arnoult de Nimègue. Atelier duquel le seul nom qu’on connaîtrait aujourd’hui est un certain Jean Le Vieil (lavieb-aile.com) au patronyme plutôt connu dans le domaine.

vitrail de l’Arbre de Jessé saint-saënnais / vitrail de l’Arbre de Saint-Anne rouennais reconstitué

Les vitraux du XVIIème siècle

Deux petits vitraux ronds se faisant face, en symétrie, datent du XVIIème siècle. L’un représente l’écusson de la famille de Limoges (n°13) aujourd’hui repris en blason de la ville. L’autre est une curieuse armoirie d’une abbesse (n°14) qui pourraient étrangement collé pour symboliser Saint-Saëns avec ses deux S.

De quelle abbesse ? Je ne retrouve plus. Dans ses Notes sur Saint-Saëns, André Lejeune (1930) dessine une petite armoirie avec 2 serpents formant les S un peu comme le vitrail, pour illustrer les titres « Prieurs » et « Prieuré« . Un dérivé du serpent de l’armoirie de la famille Colbert ?

Vers 1800, pour représenter Saint-Saëns à l’occasion d’une fête à Neufchâtel (André Lejeune, 1930, p.338), l’armoirie utilisée était justement un mixte des deux précédemment cités : une moitié l’armoirie de la famille Colbert et l’autre moitié l’armoirie de la famille de Limoges. Deux familles nobles qui ont joué un rôle seigneurial sur Saint-Saëns et qui avaient eu une abbesse à la tête de l’abbaye saint-saënnaise durant son histoire (Madeleine Colbert de Saint Pouange (1660-1680) et Catherine Augustine de Limoges (1748-1753)).

1900 : la nouvelle église

Patrimoine historique

Pour l’anecdote, lors de la construction de l’église (1895-1905) il a été évoqué la possibilité que les vitraux de l’ancienne église soient gardés au musée des Antiquité de Rouen. Ils étaient déjà classés comme patrimoine historique. Depuis 1867 ! Et en 1894, avant même que la construction commence, les archéologues et conservateurs étaient sceptiques qu’ils puissent convenir à la nouvelle église. Pour taire cette possibilité, que les vitraux soient arrachés de la localité pour un musée, rapidement on en installait déjà dès 1896 ! Saint-Saëns a alors gardé ses vitraux, grâce à l’architecte Lucien Lefort, le curé doyen de l’époque et un certain M. Pelay posant ses vifs arguments face aux aristocrates rouennais (1897, Bulletin de la Commission des antiquités de la Seine- Maritime).

Pour éviter que les vitraux puissent être accaparés, même leur restauration a été commandée au niveau local, auprès d’un certain M. Boulanger (et M. de Beaurepaire). Plus concrètement, « il n’y a pas eu restauration, mais reconstitution ». Pour la somme « minime » de 600 francs. Avec du verre poli en plus ici et là pour bien prendre la forme de la fenêtre.

Le désordre des scènes

Photo de Médéric Mieusement (1894)

Pendant un bon moment les histoires contées et légendées de tous ces vitraux étaient dans le désordre à en « choquer les visiteurs » écrit-on en juillet 1896 et aussi détaillé plus tôt par l’abbé Cochet (1853)). Même quand la nouvelle église a été reconstruite, la reconstitution de M. Boulanger a laissé traîner des erreurs, voire en a rajouté une par oubli. Les dernières erreurs massives ont été repérées par André Lejeune et communiquée en 1929. Des légendes qui ne correspondent pas aux scènes. D’autres qui sont mélangées… On peut voir par exemple, sur la photo ci-contre, que des bouts de scènes de Saint-Louis se glissaient parmi le vitrail de l’Arbre de Jessé, parce qu’il manquait le reste du vitrail entier… Rendant encore plus confus tout ça.

Pourquoi tout se tintouin bordélique ? En fait en 1840, nous raconte André Lejeune (1929), une extension avait été réalisée sur l’ancienne église a démontant un mur. Et lors de la reconstitution des vitraux, c’est là que tout se mélangea. Aujourd’hui tout est bien dans l’ordre, depuis 1957 (grâce à Jean-Jacques Gruber j’imagine, qui a rénové les vitraux cette année là).

Saint Marc et Saint Luc (vitraux n°30 et 31)

15 Vitraux de la Maison Gaudin

En 19301931, la Maison Gaudin (spectable.com : atelier Gaudin) est à l’origine de 15 vitraux, commandés par le chanoine Aubin, curé de Saint-Saëns (Claude Founier, Tome 3, p.19). Tous représentent un personnage. On y retrouve une nouvelle fois Saint-Louis et Saint-Saen. J’ai tout listé ci-dessous, toujours avec son numéro en rapport avec le schéma au début de page (les points rouges). Si on compte bien, on arrive à 14 vitraux. Or 15 ont été commandé. En fait, un a été perdu à jamais détruit par un bombardement (du « 25 mais 1940 » écrit Claude Founier, Tome 3, p.19).

  • Chœur :
    • n°21 : Saint Romain, premier évêque de Rouen
    • n°22 : Saint-Louis, Louis IX
    • n°23 : Saint Pierre
    • n°24 : Vierge Marie
    • n°25 : Jésus-Christ
    • n°26 : Saint Jean
    • n°27 : Saint Paul
    • n°28 : Sidonius, Saint Saen
    • n°29 : Saint Joseph
  • Entrée :
    • n°30-31 : Saint Luc et Saint Marc
    • n°32 : Saint Charles Boromée, archevêque de Milan
    • n°33-34 : Saint Mathieu et Saint Jean

Vitraux colorés du déambulatoire

Dans totalement un autre style, les 6 vitraux du déambulatoire (n°15 à 20) offrent une lumière douce et verte. Claude Fournier écrit (Tome 3, p.19) : « les gens compétents voient en eux l’influence de Maurice Denis qui fit tant pour renouveler l’art du vitrail à Paris en 1919. […] [Un] tableau consacré à la Vierge, en présentant, d’un côté l’Annonciation et de l’autre la Reine du ciel » (n°17-18 en photo ci-dessous) Les autres sont dans le même style mais plus décoratifs. Les vitraux n°16 et 19 sont même ouverts d’un verre blanc pour laisser passer davantage de lumière.

1940 : vitrail de Jean-Jacques Gruber

Le 20 Mai 1940, Jean-Jacques Gruber pose son vitrail du moine Saint Saen, à droite à l’entrée de l’église. Saint Saen (où Saint Sidoine) est comme à son habitude représenté portant un livre et son bâton pastoral. Plusieurs moments de son histoires et petits symboles se repèrent ici et là pour évoquer sa vie et le personnage : un bateau, un hibou, une baleine etc. Pour en savoir plus :

1957 : vitraux de Maurice Max-Ingard

C’est ce même maître-verrier Jean-Jacques Gruber qui a restauré les vitraux du XVIème en 1957. Cette même année, d’autres nouveaux sont ajoutés au niveau du clocher et des fenêtres de la nef, réalisés par le célèbre Maurice Max-Ingard internationalement connu qui a notamment participé aux verrières de la cathédrale de Rouen. Ci-dessus, une rapide photo en en apercevant 2 au niveau du clocher (n°36 et 37 sur le schéma). Il faut lever la tête pour les voir. Ils renvoient tous deux à Saint Saen. Celui à gauche, sur la photo, avec les symboles irlandais, avec les fameux trèfles (shamrock). Et celui à droite, avec les symboles de chrétienté et de pèlerinage réalisé (clefs de Saint-Pierre).

Ces 2 vitraux et les 12 suivants ont été commandés et décrits par le chanoine Bernadin de Mathan entre 1948 et 1956. Les 12 autres vitraux sont ceux situées aux fenêtres de la nef. Dans le même style, avec des symboles. Mais cette fois-ci pour représenter l’histoire des tranches de population du coin (n°42 à 53) :

  • n°53 : prisonniers et déportés (barbelés autour d’une croix)
  • n°52 : soldats et combattants tombés au nom de la nation
  • n°51 : chasseurs (avec j’imagine ce qui ressemble à un cor de chasse)
  • n°50 : agriculteurs (avec la fameuse corne d’abondance)
  • n°49 : meuniers et la vallée de Moulins (sac de grains)
  • n°48 : assistants de vie et soignants (caducée)
  • n°47 : marchands et commerçants (symboles de la divinité Mercure/Hermès)
  • n°46 : forgerons (avec l’enclume et le marteau)
  • n°45 : verriers et verreries (avec une canne de verrier)
  • n°44 : teilleurs et fileurs du lin (avec les fleurs de lin représentées)
  • n°43 : tanneurs, vitrail ci-contre (une peau en train d’être nettoyée)
  • n°42 : scieurs, bûcherons et menuisiers

6 autres vitraux sont potentiellement aussi de Maurice Max-Ingard (n°38 à 41, 54, 55). Ils sont unis, du même jaune tirés vers le vert que le fond des autres précédemment cités. Si c’est le cas, tous les vitraux de Maurice Max-Ingard correspondent au 20 points verts sur le schéma partagé en début de cette page.

1981 : vitraux de Patrick Forfait

Les 2 rosaces et 4 discrets vitraux longilignes du transept (n°56-60) sont du maître-verrier normand Patrick Forfait (décédé en 2019), commandé par la chanoine Mius, en 1981 (Claude Founier, Tome 3, p.19). Son entreprise-atelier est devenu aujourd’hui l’Atelier Forfait Vitraux D’art. Une vidéo de lui parlant un peu de son travail en 2017 :

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