Camp Souverain


Le Camp Souverain est un lieu-dit en pleine forêt d’Eawy, coupé en deux entre Saint-Saëns et les Ventes-Saint-Rémy. Côté Saint-Saënnais, la clairière de 75 hectares et quelques, entourée par le Chemin des Écoliers, est un lieu qui a toujours accueilli une ou deux fermes, depuis au moins l’époque gallo-romaine. Bien que le Camp Souverain semble aujourd’hui isolé, ce n’a pas été le cas pendant longtemps ! Du bourg au camp, il existait des fermes, cultures et habitations espacées typiques de l’époque gallo-romaine : Salandrière, Lihut, tout le long du Teurtre, du côté du puits Merveilleux, etc.


Enfin, c’est ici qu’un très connu monastère fut fondé. Il est souvent affirmé que le monastère fondé par Saen (Sidoine de Jumièges) a été bâti ici autour de 675. Possible. Mais en réalité, on n’en sait rien. Ce dont on sait en revanche, c’est que le monastère des femmes (qui donnera plus tard l’abbaye de Saint-Saëns) a été fondé ici au XIIème siècle ! Encore aujourd’hui, une grange de la ferme est un témoignage visible de l’activité religieuse du lieu. La grange était une chapelle digne d’intérêt du XVIIème siècle :

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TOPONYMIE

Souvent retrouvé sous le nom de triège du Camp Souverain, insistant sur le fait que ce soit un portion de forêt donc, dans les plus vieux écrits il est nommé parfois Campo Souveren et plus souvent Campo Superiori ou Campus Superior. Des dénominations insistant donc sur quelque chose de « supérieur ». Supérieur par rapport à quoi ? C’est toute la question.

Toponymie agricole

Peut-être juste supérieur par rapport au bourg… Superiore désigne souvent ce qui est élevé en hauteur… Et, pour l’anecdote, si on regarde la topographie de Saint-Saëns, c’est le Camp Souverain le lieu le plus en hauteur de toute la commune (étonnamment). Quant à Campo, si c’est du latin ça désignerait davantage des champs, non ? Donc Camp Souverain pour désigner des champs au hauteur ? En connaissant sa longue histoire d’au moins 900 ans de ferme agricole et très certainement également au temps gallo-romain, ça pourrait être une étymologie logique. Champ souverain est aussi retrouvé pour nommer ce lieu en XVème siècle parmi les archives de l’abbaye de Saint-Amand (numérisé ici en 2005, merci à Dominique Lemercier d’avoir partagé cette trouvaille !).

Chose drôle, dans un rapport de 1936 (projet de l’actuelle installation pour
pomper l’eau potable) le lieu-dit est nommé « Camp Souvenir ».

Le lieu-dit est aussi parfois nommé Camp Soudain (Jean Carment, Annuaire Municipal 1984 ; Abbé Cochet, 1868). Dans un volume des mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie (le deuxième, 1853, p.443) une variante du lieu-dit est annoté en bas de page : Campus Subitaneus (c’est-à-dire « Camp Soudain ») en Neustria pia (Neustrie pieuse) ou Gallia christania (Gaule chrétienne).

Toponymie militaire

Que Camp Souverain signifie à la base « Champs en hauteurs » est l’hypothèse la plus probable pour expliquer l’origine du nom. Mais il y a une autre hypothèse. Le nom du lieu-dit remonte aux temps gallo-romain, ça c’est sûr et certain. Reste à savoir si c’est lié aux champs ou… aux camps militaires romains : d’imposants avant-postes militaires qui servaient aux romains d’installer sa domination. Jusque là, le fait que ça ait pu arriver en actuelle forêt des Eawy, je trouvais que c’était une idée saugrenue sortie de mon imagination. Mais le fait que Dominique Lemercier y pense aussi, me pousse à penser que l’hypothèse puisse belle et bien être posée sur la table…

Petit et Grand Camps Souverains

Une autre dénomination est retrouvée sur les cartes de Cassini en tant que Grand Camp Souverain par opposition à un Petit Camp Souverain pas très loin. Deux lieux donc. Au début j’imaginais que ça puisse être une différence entre celui des Ventes-Saint-Rémy et celui de Saint-Saëns. Mais tout bien pensé, je pense que c’est juste une description des deux groupes de bâtiments sur la clairière saint-saënnaise : la ferme principale (grand camp souverain) et le plus petit groupe de bâtiments plus à l’ouest le long de la forêt (petit camp souverain). Cela colle presque parfaitement avec la carte de Cassini qui est la seule utilisant ces dénominations.


Anecdote drôle là-dessus, la limite administrative de la commune fait un détour pour une seule maison de ce petit groupe de bâtiments (petit camp souverain). Du coup le bâtiment serait ventois ? Parmi les archives de l’abbaye de Saint-Amand (numérisé ici en 2005), en 1448 l’abbaye est notée propriétaire de terres du « Champ Souverain » des « Ventes d’Eawy » dont 20 acres comprenant une grange (en procès contre Jehan Aunay, là-dessus). Est-ce lié ?

URBANISME & GÉOGRAPHIE

  • Nombre de bâtiments total : 12
  • Nombre de bâtiments résidentiels référencés : 2 à 7
    • Eau potable et assainissement non-collectif : SIAEPA La Région des Grandes-Ventes
    • Point d’eau : 1 mare
  • Surface agricole : ~ 77 hectares
  • Surface forestière : ~ 23 au sud + 23 à l’est = 46 hectares

Cadastres et bâtiments

Les cadastres du coin sont bien plus découpés que j’aurais pu imaginer : 25 sans compter les 2 parcelles de forêt juxtaposées à la route. On a même 4 étranges très fines parcelles en bordure des champs. Sont-elles d’anciens chemins ? Ou d’anciennes fosses ou haies comme des fermes à enclot ? Certaines fines parcelles semblent être une fine bande de forêt entre le chemin des Écoliers et la clairière délimitée par un léger fossé et sa clôture électrique.

En prenant les parcelles dans son ensemble, on peut deviner une séparation entre celles du nord et celles du sud, indice de l’ancien chemin qui traversait le Camp Souverain en biais (comme indiqué sur cette carte des années 1680) rejoignant les deux actuels chemins accédants au Camp Souverain, du Carcahoux à la route forestière de Bully.

Vue satellite de 2022 + cadastres + bâtiments référencés

Ci-dessus, les deux bâtiments en orange sont référencés comme des bâtiments résidentiels construits en deuxième moitié du XIXème siècle. Le plus gros bâtiment est référencé comme un bâtiment agricole. La plupart des bâtiments du plus petit regroupement à l’ouest sont référencés comme « dignes d’intérêt patrimonial ou architectural » selon le Plan Local D’Urbanisme (la carte est ici sinon) : tous sauf le bâtiment longeant quasi-horizontalement la ligne du cadastre. Sur la ferme principale, seuls les deux bâtiments à l’est du point d’eau le sont également, comprenant donc l’ancienne chapelle du XVIIème siècle.

Points préservés aux motifs d’ordre écologique

Enfin, parlons du point d’eau ! Certainement un argument rendant le coin viable, qui a été pris en compte par les religieuses de l’abbaye de Bival du XIIème siècle pour s’installer ici. Est-ce un point d’eau naturel ou artificiel ? Je me pose la question parce que de nombreuses mares de la forêt d’Eawy sont des restes de points d’eau artificiels du temps gallo-romain.

La petite mare (parfois décrite comme lieu saint par certains) est aujourd’hui classée parmi les zones à préserver pour « motifs d’ordre écologique » (Plan Local d’Urbanisme). Même chose pour la zone arborée en plein milieu, tel un verger, reste d’un vieux paysage de plantations espacées comme on retrouve sur la photo de 1947 :

La plupart des bâtiments dateraient d’un bout de temps donc (au moins deux siècles)

PARTIE HISTORIQUE

Chronologie du camp souverain saint-saënnais

  • ÉPOQUE CELTE (-400 – -100) : fermes ?
  • ÉPOQUE GALLO-ROMAINE (-100 – 486) : fermes ?
  • ÉPOQUE FRANQUE (486 – 911) : ruines ?
  • ÉPOQUE NORMANDE (911 – 1204) : une chapelle, une ferme des religieuses, et autres terres privées
    • début du XIIème siècle : chapelle Sainte-Marie Madeleine établie par des religieuses de l’abbaye de Bival
    • ~ 1150 : les religieuses sont déplacées, le lieu devient une ferme exploitée par les religieuses
  • ÉPOQUE ROYALE (1204 – 1450)
  • ÉPOQUE MODERNE (1450 – 1789) (Source principale : André Lejeune, 1930, p.483-486)
    • ~ 1450 : potentielle (juste une supposition !) destruction de la chapelle par les anglais / bourguignons
    • Possessions et propriétés
      • 1467 : Perrette LOUVET prieure cède le Camp Souverain à Thomas AUVRAY
      • 1492 : embrouille juridique entre la prieure Jeanne DE BELLEMARE et le prieur de St-Saëns Jacques CLÉMENT
      • 1503 : religieuses du Camp Souverain mentionné propriétaire de 1/8 du fief dans le registre des fiefs et baillage
      • 8 mars 1533 : les religieuses reprennent possession de la ferme par « sentence du bailly de Caux »
      • ~ 1600 – 1750 voire + : propriété de la famille VARENGUE (Réforme des Eaux et des Forêts du XIXème siècle, p.37)
      • 1661 : propriété de sieur Charles-Bonaventure VARENGUES pour y exploiter du bois
      • 1606-1639 : propriété de Maître Étienne VARENGUE, prêtre chapelain (de Ancretiéville-Saint-Victor ?)
      • 1606 et + : ferme principale louée/gérée par Imbert BROUTOLLE puis sa famille descendante
    • ~ 1600 : la chapelle primitive détruite par les guerres aurait été reconstruite
    • 1667 : autre chapelle construite aux Ventes-Saint-Rémy. Avant les habitants venaient à celle du Camp Souverain.
    • 14 Juillet 1716 : l’archevêque de Rouen Claude-Maur D’AUBIGNÉ visite les lieux
      • 1789 et + : ferme principale louée par « Monchy » puis sa femme
  • ÉPOQUE CONTEMPORAINE (1789 et +)
    • 2 Mai 1791 : acheté 4300 francs par Jacques-Antoine LEVILLAIN de Saint-Saëns pour devenir bien national
    • 1793 : la chapelle alors devenue grange à 2 étages n’est plus ornée d’écussons armoriés sur les voûtes
    • Ferme principale (n’oublions pas qu’il a existé et existe toujours en plus une deuxième ferme plus petite sur le lieu-dit) toujours lieu de vie, d’agriculture et d’élevage dont des bergers, vachers et domestiques ou employés :
      • ~ 1840-1870 : Famille LECOURTOIS
      • ~ 1870-1890 : Famille CHEVALIER
      • ~ 1890-1950 : Famille MAREST puis LERAT
      • ~ d’au moins 1990 à aujourd’hui : Famille MAUGER (SCEA)
Référencements retranscrits en vrac (1841-1946) à dérouler (au clic)

1841
· Pascal LE COURTOIS : cultivateur
· Eugénie DUFOUR : « la femme »
· Auguste-Olivier LE COURTOIS : fils
· Pierre FERMENT : charretier
· Louise BOURLUCHER? : Valet de Cour
· Roder MOUQUET : servante
· Fclastique? LARVIN?: servante

  • FEUTRY « dit bouchard ? » : cultivateur
  • Marie FOUQUET fHÉREL : domestique

(28 Septembre 1843, Écho de vallée de Bray, p.5)
· Eugénie DUFOUR et Paschal-Auguste LECOURTOIS : cultivateurs au Camp Souverain
· François-Toussaint LECOURTOIS décédé
· Son épouse du Camp Souverain : Marie-Catherie BOTTÉ

1846
· Auguste LECOURTOIS : cultivateur de 38 ans
· Eugénie DUFOUR : « son épouse » de 28 ans
· Olivier LECOURTOIS 5 ans
· Alfred LECOURTOIS 3 ans
· Amodée? BACHOTTE : domestique de 28 abs
· ?? PELLERIN : domestique
· Elvi? BOULOCHER? : domestique de 23 ou 27 ans
· Richard(angte?) MOUQUET : domestique de 15 ans
· Rose MOUQUET : domestique de 24 ans

  • Gm-B_ FEUTRY : cultivateur 51 ans
  • Constance? FOUQUET f HÉREL : domestique 37 ans

1851
· Auguste LECOURTOIS : cultivateur de 43 ans
· Eugénie DUFOUR : « son épouse vivant de l’avoir de son mari » de 33 ans
· Olivier LECOURTOIS 11 ans
· Alfred LECOURTOIS 8 ans
· Frédéric DUTHIL : domestique de 34 ans
· ?? PELLERIN : berger domestique de 31 ans
· Célestin VARIN : domestique de 20 ans
· Auguste PICARD? : domestique de 20 ans
· Rosalie LEFEBVRE : domestique de 32 ans

  • J.-B. FEUTRY : cultivateur de 55 ans
  • ..erne?/Prudence? FOUQUET : domestique de 42 ans

1861
· Anézinme? LECOURTOIS : cultivateur de 57 ans
· Xavier GAUBOURT : charretier de 31 ans
· Alphonse MALIFATRE : domestique de 30 ans
· Adolphe DESCHAMPS : berger de 34 ans
· Justine THILLARD : servante de 53 ans
· Marie FÉRET : servante de 36 ans

  • Jean BOULOCHER : journalier de 45 ans
  • Aurélie MORAINVILLE? : sa femme de 50 ans
  • Henry BOULOCHER : le fils de 12 ans

Famille CHEVALIER

1876
· Aimé CHEVALIER : cultivateur de 52 ans (Originaire de Bailleul)
· Marie-Désirée TROUFFIER : sa femme de 48 ans (Originaire de Foucarmont)
· Pierre LENORMAND : domestique de 68 ans? (Originaire de Saint-Martin)
· Aubaine? LECLERC : domestique de 38 ans (Originaire de Tourvalle?)
· Eugénie LESURE : servante de 19 ans (Originaire de Ventes-Saint-Rémy)

  • Jules Charles MARAIS : cultivateur de 30 ans (Originaire de Petit-Quevilly)
  • Estelle? VILLEPROISE? : sa femme de 44 ans (Originaire de Bosc-Mesnil)

1881
· Aimé CHEVALIER : cultivateur de 56 ans
· Marie-Désirée TROUFFIER : sa femme de 54 ans
· Auguste CHEVALIER : le fils de 26 ans
· Frédéric FARCY : domestique de 20 ans
· Marie DELESTRE : domestique de 26 ans
· Gaston PARENS : domestique de 16 ans

  • Louis DUJARDIN : cultivateur de 33 ans
  • Céline PAPILLONS? : sa femme de 39 ans
  • Félix BEAUMAUNE? : domestique de 31 ans

Famille MAREST puis LERAT : famille de Suzanne MAREST

1891
· Frédéric MAREST : cultivateur de 71 ans
· Albert MAREST : fils de 28 ans
· Augustine MAREST : fille de 26 ans
· Georges MAREST : petit-fils de 6 mois
· Julienne GAUBERT? GAUBAUT? : belle-mère de 22 ans ?
· Médée? HANNIER : domestique de 50 ans
· Gustave DUFEU? : domestique de 45 ans
· Delphine QUESNEL : domestique de 16 ans
· Sever? VENDRILLE : domestique de 34 ans

  • Alphonse MEDIEN? : cultivateur de 31 ans
  • Stéphanie LESURE : domestique de 64 ans

1901
· Albert MAREST : fermier patron de 38 ans
· Julienne GAUBERT : femme fermière de 31 ans
· Suzanne GAUBERT : fille de 13 ans
· Victorien CARPENTIER : domestique de 45 ans
· Louis CARDON : domestique de 18 ans
· Adolphe TOURMENT : domestique de 16 ans
· Gabrielle SAHUT : domestique de 26 ans
· Frédéric MAREST : père de 81 ans (emploi : néant)
· Albertine MAREST : fille de 10 ans

  • Alphonse MÉDIEU : fermier patron de 41 ans
  • Augustine MAREST : sa femme et fermière de 37 ans
  • Georges MÉDIEU : aide agricole 16 ans
  • Alphonsine MÉDIEU : 7 ans

1921
· Léon LERAT : cultivateur patron (né en 1891 d’Ardouval)
· Suzanne LERAT : épouse (née en 1897 à Saint-Saëns)
· Rémy LERAT : fils (né en 1920 à Saint-Saëns)
· Charles BOUS? : domestique (né en 1901 des Ventes-Saint-Rémy)
· Robert CAUCHOIS : domestiques (né en 1907 d’Ardouval)
· Marie DUHAMEL : domestique (née en 1859 d’Ardouval)

  • Alphonse MÉDIEU : cultivateur patron (né en 1859 de Saint-Martin-Osmonville)
  • Augustine MÉDIEU : épouse (né en 1864 de Bois Guillaume)
  • André COLANGES : domestique (né en 1903 de Saint-Saëns)

1926
· Léon LERAT
· Suzanne LERAT (née MAREST)
· Rémi LEART : fils (né en 1920)
· Lucien LERAT : fils (née en 1922)
· Hervé BIDAUX : neveu aide agricole (né en 1907)
· Geneviève COURTOIS : domestique (né en 1912 de Cailly)
· Rémi MAUGENDRE : domestique (né en 1912 de Saint-Saëns)
+
· Victor MARTIN : vacher chef (né en 1878 de Maromme)
· Julienne MARTIN (née GAMBIER) : épouse domestique (née en 1888 de Ellecours?)
· Rémi MARTIN : fils né 1910
· Julien MARTIN :fils né en 1914 *?
· Roland MARTIN : fils né en 1917
· Daniel MARTIN : fils né en 1918
· Marcelle MARTIN : fille née en 1921

  • Julien PIGNY? : cultivateur chef (né en 1886 de Saint-Saëns)
  • Françoise PIGNY? (née PÉTREL) : épouse (née en 1888 de Saint-Martin-Osmonville)

1936
· Léon LERAT
· Suzanne LERAT (née MAREST)
· Rémi LEART : fils
· Lucien LERAT : fils
· Michel LERAT : fils (né en 1927)
· Rémi MAUGENDRE : neveu domestique
· Maurice COUVERT : domestique (née en 1919 de Bully)
· Julien MARTIN : domestique (né en 1915 de Rouen) *?
· Yvonne PELLERIN : domestique (née en 1912 de Montreuil)
· Simonne LEFEBVRE : domestique (née en 1919 de Cailly)

  • Achille AUBER : cultivateur patron (né en 1896 de Monville)
  • Henriette AUBER (née PETIT) : épouse (née en 1899 de Bos-Guérard-Saint-Adrien)
  • Madeleine AUBER : fille (née en 1927 de Bosc-Roger)
  • Alexandrine AUBER (née HAMON?) : mère (née en 1864 de Saint-Pierre-Bénouville)

1946
· Suzanne LERAT (née MAREST) : cultivatrice (née en 1897)
· Michel LERAT : fils (née en 1927)
· Denis LERAT : fille (née en 1928)
· Raymond MAUGENDRE : neuveu (né en 1915)
· Albert MAREST : père (né en 1862)
· Louis LERAT : fils cultivateur (né en 1922)
· Genevièvre LERAT (née BOURGOIES) : belle fille cultivatrice (née en 1925)
· Yvonne FABULET : domestique (née en 1929)

  • Achille AUBER : cultivateur patron (né en 1896)
  • Henriette AUBER (née PETIT) : épouse (née en 1899)
  • Madeleine? AUBER : fille (née en 1927)

1993 : Jean MAUGER et Marie Rolande MAUGER
2016 : Hervé MAUGER et Viviane LAMBERT
2022 : Anaïs MAUGER et Arnault SANCTOT

ÉPOQUE PRÉHISTORIQUE

Comparée à d’autres zones saint-saënnaises, très peu de matériel préhistorique a été retrouvé sur le Camp Souverain, si ce n’est un grattoir poli par l’usage et une ébauche de point de flèche (Bulletin de la Société normande d’études préhistoriques, 1897, p.100).

ÉPOQUE CELTIQUE

Aucun élément archéologique celtique ou gaulois a été retrouvé sur les lieux. L’organisation générale de la ferme (en deux parties) et certains indices (trous, fossés..) tendraient à me faire croire à une ancienne ferme gauloise. Seule l’énorme superficie me rebute à imaginer une ancienne ferme gauloise. Mais bref. Tout ça ne sont que des suppositions digne de fiction

Questionnements personnels sur des traces éparses

Je partage juste un truc qui est là quelle que soit la date des photos aériennes : des traces dans les champs, vues du ciel, sur la partie nord du Camp Souverain. Elles semblent créer des formes, surtout visibles sur la photo aérienne de 2011 de Google Map : la photo ci-contre. (Et semblent seulement ? Le cerveau humain adore créer des formes avec n’importe quoi.) Parfois en archéologie on utilise ce genre de prospection aérienne pour trouver des indices archéologiques : ici un exemple d’archéologie aérienne qui a permis de découvrir une ferme gauloise. Il y a des chances que ces tâches floues ne représentent rien de significatif. Elles s’éparpillent comme ça sur des centaines de mètres.


Trace plus significative (photos de 1961, 2002, 2014)

Autre curiosité photographique trouvée par Dominique Lemercier. Des carrés visibles sur la photo de 1952 posent question. Dès 1961 on ne voit plus rien. Mais avant, en 1947, des ronds sont visibles aux mêmes endroits de la photo de 1952. Que sont ces ronds visibles du ciel ? Des prospections archéologiques ? Des mottes de terre ? Des trous avant plantation ? Avoir la réponse pourrait lever le doute sur la zone. À noter aussi que cette zone est pas loin d’être notée comme « risque d’effondrement de cavité » sur le Plan Local d’Urbanisme.

ÉPOQUE GALLO-ROMAINE
(côté ventois)

La zone précise au fil du temps

Peu de choses archéologiques sont à dire sur la partie saint-saënnaise du Camp Souverain. Aucune fouille archéologique, à ma connaissance, ont été réalisées sur les lieux. Toutes les trouvailles archéologiques associées au Camp Souverain ont été réalisées sur la partie ventoise du lieu-dit, dans une zone précise plutôt connue. Il n’y a qu’à observer les images aériennes à travers les époques, à chaque fois la zone semble être prise à part lorsque cette parcelle 365 est aménagée : cf. image ci-dessous.

En 1967, toute la parcelle est défrichée SAUF la zone pleine d’indices archéologiques gallo-romains. En 1973, c’est l’inverse. Ce qui me fait penser que des fouilles archéologiques approfondies auraient pu se faire durant cette période…

Époque gallo-romaine : Haut-Empire

Fin des années 1860 ce sont les nobles de l’époque, le baron d’Haussez et le comte de Barville, qui donnèrent à l’abbé Cochet l’idée de fouiller la zone. Ces derniers avaient déjà prospecté la zone dans les années 1850 après avoir « obtenu de l’administration forestière la permission de fouiller la forêt d’Eawy » (Le journal de Rouen 1869). À partir de 1868, l’abbé Cochet s’intéresse au lieu puis fouille et (donc « démoli », écrit-il) un bâtiment rectangulaire de 15,30 x 8,80 mètres (1868, 1869, 1870, 1871) avec des murs hauts de 1,30 m et épais de 1 m, « comme les maisons gallo-romaines de la Salandrière, » précise-t-il. Et c’est un élément à garder en tête, car 1 mètre d’épaisseur ce n’est vraiment pas commun. Qu’on le retrouve sur les deux lieux n’est peut-être pas qu’une simple coïncidence.

Photo des lieux en hiver. À droite les bosses sont les anciens murs de la maison gallo-romaine. La clairière à gauche : la cour intérieure. « L’un d’une dizaine de trous » est ce dont je ne sais ce que ça représente. Des trous comme ça il y en a une dizaine sur la zone, représentés sur des points bleus sur la map en image suivante.

Parmi les débris dont il dit avoir « servi à ferrer les routes », la grande maison gallo-romaine était remplie de plusieurs objets antiques dont : une perle côtelée en pâte de verre colorée de forme plate, une perle ronde côtelée en pâte vitrifiée bleue, une épingle à cheveux en bronze (dont la tête ronde est recouverte d’une feuille d’or), et un ornement en bronze d’une forme très primitive décoré d’émail champlevé.

Une nouvelle fouille partielle a été réalisée par monsieur Fautras autour de 1871, dans une butte 100 mètres à l’ouest de la maison gallo-romaine déjà précédemment fouillée. L’abbé Cochet relate : un mur de 80 cm de largeur sur 5 mètres de long, dont la zone comprenaient poteries et tuiles romaines. « La coupe, en exploitation dans cette localité, s’oppose pour le moment » à la fouille, précise l’abbé Cochet en 1871.

Mise en parallèle avec un plan classique d’une villa gallo-romaine fouillée en Picardie :
la villa du Parc des Autoroutes à Saint-Quentin (Collart, 2017)
de la fin de la période gallo-romaine

Interprétations personnelles

J’alimenterai au fur à mesure de mes lectures et quand j’irai à nouveau sur les lieux. Le fait est que nous sommes en présence d’une villa gallo-romaine dont la disposition date au moins des environs du IIème siècle. De la mare à la maison, la disposition ressemble à d’autres villas gallo-romaines rurales de cette époque. De nombreux trous et fossés sont éparpillés sur la zone, dont certains trous semblables et rectangulaires (les points bleus sur la map ; on les retrouve aussi sur le Teurtre). La mare étant aujourd’hui toujours présente, ce qui me fait penser que tout ce réseau de fossés alimente encore la mare par le ruissellement des eaux de pluie, comme le voulait la disposition d’une villa gallo-romaine à cette époque (drainage des eaux de pluies : Devevey, 2023).

Noté sur la map ci-dessus le tracé en rose correspond à une élévation de la terre, comme un terrassement. D’autres indices archéologiques s’y cachent ? Au-delà d’une villa gallo-romaine avec tous ses bâtiments agricoles, ça semble donc être davantage : avec d’autres installations. La fouille de Fautras de 1871 le confirme déjà : plusieurs bâtiments sur une large zone. Le terrassement en question me semble courbé. Est-ce un ancien temple gallo-romain (mais arrondi c’est assez rare) ? Ou bien un ancien mini théâtre gallo-romain (dans une villa rurale c’est bizarre) ? À moins que ce soit qu’un terrassement pour de simples plantations ? Ou, plus ancien, un ancien tumulus celte ? Aucune idée.

Mare de la villa du Camp Souverain. La pente douce au premier plan permettait de faciliter l’accès à l’eau pour le bétail (Devevey, 2023). En second plan à droite, on remarque des élévations de buttes de terre. L’endroit est creusé de micro-reliefs de ce genre. Et tout au fond on devine la route forestière des Limousins.

ÉPOQUE FRANQUE

Côté ventois : Époque franque mérovingienne (486 – 751)

La vieille maison gallo-romaine a été utilisée comme sépulture par les francs. Dans les ruines de cette maison gallo-romaine, 30 squelettes ont été trouvés parfaitement alignés, allongés têtes à l’ouest. Une disposition très commune, décrite dans pas mal de fouilles archéologiques franques comme à Montérolier (Revue des Antiquaires de Normandie, 1923, p.229). Quelques-uns avaient aux pieds des vases en terre et en verre : cf. l’image ci-contre (4 vases en terre noire et une coupe de verre verdâtre).

Il y avait aussi des « plaques de ceinturon en fer damasquiné d’argent comme à Étretat ou ailleurs » typiquement francs (plaque, contre plaque, orné d’un carré de ceinturon). Enfin, 3 ou 4 scramasaxes (dits « sabres en fer » par l’Abbé Cochet (1870)) étaient logés entre leurs jambes. « L’un présente deux rainures sur chaque côté de la lame ; un autre avait été coupé par le milieu » (Le journal de Rouen 6 Octobre 1869 ; Abbé Cochet, 1871).

Juste pour illustrer : scramasaxe du VIIème siècle avec essai de reconstitution.
Photo de « Bullenwächter » sur wikipedia.

Côté Saint-Saënnais : lieu du monastère originel ?

Environ deux siècles après l’arrivée des francs, vers 675 ou 685, il est possible que le moine Sidoine de Jumièges installe son monastère ici. Le moine qui donnera son nom au lieu : sancto Sidonio puis Saint-Saëns. Saen qui aurait été son nom gaël (cf.Sidoine de Jumièges). À cette époque, il était en effet habituel que des moines chrétiens viennent coloniser et défricher des terres alors laissées à l’abandon, pour « rechristianiser » les campagnes et la population, une fois les peuples germaniques (les francs) installés. Que ce soit le Camp Souverain le lieu du premier monastère n’est toutefois qu’une possibilité parmi d’autres (notamment dans la vallée).

ÉPOQUE MÉDIÉVALE

Les origines de l’abbaye de Saint-Saëns

Au début du XIIème siècle, un monastère de femmes a été fondé au Camp Souverain par des religieuses savigniennes provenant de l’abbaye de Bival (Nesle-Hodeng). Une chapelle a alors été établie : la chapelle Sainte-Marie Madeleine. Voilà les réelles origines de l’abbaye de Saint-Saëns située le long de Varenne. Les religieuses ont été déplacées quelques années plus tard à l’actuel emplacement de l’abbaye, au bord de la Varenne, vers 1150 sous l’impulsion de l’impératrice Mathilde. Par ce déplacement physique, un déplacement de l’ordre religieux se fait aussi de manière administrative de l’ordre savignien à l’ordre cistercien (qui ont alors fusionné) (André Lejeune, 1930 ; Registre des fiefs et baillage, 1503 ; Vincent, 2015).

Principalement une ferme

Bien qu’il ne soit plus au Camp Souverain, le monastère gardera le nom de Monastère du Camp-Souverain ou Monastère Sainte-Vierge-Marie du Camp-Souverain puis plus tard Abbaye Notre-Dame du Camp-Souverain (Sintic, 2012). Au Camp Souverain, selon les recoupements faits par André Lejeune (1930), il n’y a toujours eu qu’une chapelle et un grand bâtiment, rien de plus. Le reste étant terres cultivées ou terres boisées privées. Les registres ou les écrits de Hector de Chartres du XVème siècle confirment cela : qu’une simple chapelle.

Depuis leur prieuré le long de la Varenne, les religieuses rejoignaient alors leur ferme au Camp Souverain par l’actuel chemin des Dames Blanches. D’où le nom du chemin. Au XVIIème siècle, au-delà d’être un triège de la forêt d’Eawy, le lieu-dit s’étendait sur 80 hectares. Mais les religieuses n’en détenaient que 30. Le reste étant du « fief Diel ». Compte-rendu de la prieure Alips (retranscrit par André Lejeune, 1930) :

[…] unique pièche de terre dedans la dite forest nommée le Camp-Souverain contenant LXXV acres de terre environ où souloit avoir un manoir et chapelle…

ÉPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE

Restes de la chapelle actuelle

L’histoire du Camp Souverain Saint-Saënnais se résumerait donc à être une ferme durant toute son histoire et, pendant quelques temps, une chapelle chrétienne : à sa création puis par parcimonie entre les guerres. Selon André Lejeune (1930), la chapelle originelle du XIIème siècle aurait été détruite pendant les guerres du XVème contre les Bourguignons et les Anglais.

La chapelle aurait été reconstruite au début du XVIIème. Dans tous les cas, une chapelle est présente à cette époque. Dans une déclaration au roi par l’abbesse Marie de Tilladet, du 20 Août 1683 (retranscrit par André Lejeune, 1930) : le Camp Souverain « contient 75 acres auquel lien nous avons une chapelle fondée sous le titre et l’invocation de Sainte Marie-Madeleine… » Puis, plus tard en 1716, l’abbesse Henriette-Marguerite de Bouzet de Roquépine fait visiter les lieux à l’archevêque de Rouen Claude-Maur d’Aubigné dont il écrit faussement que la chapelle appartient aux Ventes-Saint-Rémy (Notes sur Saint-Saëns d’André Lejeune, 1930, p.244). Et c’est cette chapelle qui est aujourd’hui une grange.

La Forêt

Carte de Pierre Delavigne (autour de 1680)

Le Camp Souverain a toujours été écrit sur les cartes de la forêt d’Eawy. Sur le lieu y est d’ailleurs souvent dessiné deux petits groupes de maisons, comme retrouvés aujourd’hui. Le Camp Souverain est souvent mentionné comme canton/triège de forêt d’Eawy parmi une longue période de gestion législative, juridique et administrative des forêts, depuis la réforme des Eaux et des Forêts du XVIIIème siècle sous Louis XV (p.37). À cette époque, le Camp Souverain et la forêt environnante étaient sous garde de Maucomble ! Comme l’indique la carte de Delavigne ci-contre (zone entourée en rouge) ou cette carte du XVIIIème.

Enfin, est mentionné le Camp Souverain sur les comptes du bois prélevé parmi la Revue des Forêts et des Eaux ou parmi les chasses et véneries racontées dans les journaux (28 Octobre 1911 ou 26 Novembre 1930 par exemple).

Essences d’arbres sur la zone (Observatoire des forêts françaises) qui comporte une des 6 ou 7 rares plantations de douglas (pin originaire d’Amérique du nord) de la forêt d’Eawy.

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