Chronologie en grandes dates
- Époque précédente : Époque des tanneurs (1789 – 1898)
- 6 juin 1900 : bénédiction de la nouvelle église construite
- 15 septembre 1901 : fontaine Dillard inaugurée
- 14 octobre 1900 : voie ferrée Saint-Saëns – Montérolier inaugurée
- PREMIÈRE GUERRE MONDIALE (1914 -1918)
- ENTRE-DEUX-GUERRES (1918-1939)
- DEUXIÈME GUERRE MONDIALE (1939-1945)
- 25 mai 1940 : Saint-Saëns bombardée
- 9 juin 1940 : les allemands entrent dans Saint-Saëns
- hiver et printemps 1942 : « aéroport » clandestin
- mai-juin 1944 : bombardements et aviateurs secourus
- 31 août 1944 : Libération de Saint-Saëns
- Époque suivante : Renouveau moderne (1945 – 2000)

L’ancienne gare avec l’année 1900 gravée en haut (photo de 2023)
Saint-Saëns républicaine progressiste
Début du siècle : 3 grands projets achevés
1) La nouvelle église a été globalement terminée en 1900. Elle a été bénite par l’archevêque le 6 juin 1900. 2) La voie ferrée Saint-Saëns – Montérolier a été inaugurée le 14 octobre 1900. La gare également. L’actuelle avenue Emmanuel Brion a été percée en 1902 au nom originel de « petit boulevard de la gare ». 3) La fontaine Dillard a été construite durant l’année 1901 et inaugurée le 15 septembre 1901.
22 mai 1910 : fête municipale
Dimanche 22 mai 1910 s’est déroulé la « première » fête municipale organisée par la municipalité avec défilé de la fanfare et Compagnie des sapeurs-pompiers saint-saënnaises mais aussi d’autres invités venus d’autres villes. Quelque chose de très rythmique et militaire. Lancer de ballons et montgolfières malgré la météo orageuse. Et la nuit il y a eu des illuminations, un feu d’artifice sur le champ de foire (versant de l’actuelle maison de retraite) « par la maison Duchemin » (L’Écho de la Vallée de Bray du 28 mai 1910) et une soirée dansante sur la place. Des festivités un peu similaires à celles de l’inauguration de la fontaine Dillard 9 ans plus tôt.

Cavalerie prise en photo en 1911 par Ernest Morisset, descendant l’actuelle rue Verdun au niveau du carrefour
Les témoignages d’Ernest Morisset
Très souvent par photos, plus occasionnellement par écrit voire par cartes postales, les meilleurs témoignages qu’on ait du début du XXème siècle restent ceux d’Ernest Morisset. Qui était-il ? Bonne question. Lors de la fête du 22 mai 1910 il finira deuxième du concours de façade décorée. Un certain E. Morisset gérait aussi les montgolfières ce jour là puis le 24 septembre 1910. Certainement lui. Ce même E. Morisset qui s’occupait de pas mal de festivités dans la commune comme on écrit en 1913. Est-ce lui qui était à l’origine de « 500 à l’heure ! » qui fit salle comble lors des quelques représentations de printemps 1913 ? Lors des festivités organisées, parmi les représentants est aussi cité un certain André Lejeune, né la même année que lui en 1886. Le monde culturel saint-saënnais est petit. Mais peut-être que ce E. Morisset désignait l’épicier Edmond Morisset (1930) ?
Les Morisset sont une grande famille de patrons tanneurs saint-saënnais. Il descend de l’une de celles-ci. En 1906, à l’âge de 20 ans, il est recensé habitant rue du catelier chez ses parents Jules Morisset patron tanneur (né en 1855) et Ernestine Monfray patronne modiste? (née en 1858). Ernest Morisset est le « mémorialiste local » de l’époque, comme écrit Claude Fournier qui partage nombreuses de ses photos dans ces ouvrages. C’est aussi par certaines de ses photos que l’atelier photographique Claque-Pépins, en 2023 à l’initiative de Manuella Lefebvre, les a réutilisées pour photographier à nouveau les mêmes scènes et plans un siècle plus tard :


Exposition diptyque de l’atelier photographique Claque-Pépins (novembre 2023)
1914 – 1918 : vivre au temps
de la Grande Guerre
Administrations et activités en flux tendu

Après la mobilisation de nombreuses personnes pour le front le 1er août 1914 – qui partirent tous de la gare – les rouages économiques et bureaucrates du quotidien ont du mal à s’adapter. Sur la carte postale ci-contre datée du 30 décembre 1915, Ernest Morisset répond à un certain Rey [Louis ?]. Il se plaint d’être plongé dans la « paperasserie de l’hôpital » car le secrétaire Dubers venait de décéder et personne ne voulait/pouvait lui succéder.
Même les personnes en charge de la gestion communale en deviennent changées. La famille Brion appelée au front, Emmanuel Brion étant maire, c’est son conseiller municipal Auguste Guérin qui administrera tout ça.
Autre exemple : « M. Emery Quillebelle, surnommé le père « Médéric », né en 1832. » Un ancien combattant, menuisier de métier, « ayant, pendant la guerre, assuré seul tous les besoin de la commune dans ce genre de travaux. » (L’Écho de Paris, 24 août 1922 Les vieux de Crimée)

Photo d’Ernest Morisset : école des garçons devenue hôpital militaire auxiliaire éphémère britannique (1917?). Le bâtiment de l’actuel école publique de la Varenne. Le docteur Léon Vassaux y a passé énormément de temps bénévole pour soigner les blessés.
1917 : Saint-Saëns, l’internationale
À Saint-Saëns, la population devint bien plus diverse et internationale. Y vivent, des français, des soldats britanniques, des allemands prisonniers et des travailleurs asiatiques et africains du tout venant décrits très vaguement et de manière raciste : « cafres et chinois ». Voici ce qu’en écrit Ernest Morisset le 26 janvier 1918 : « En ce moment, à Saint-Saëns, nous avons les Chinois, ils ne sont pas jolis. Nous avons aussi les noirs, ils sont beaucoup mieux, ils sont très corrects ; j’en ai un qui vient me voir très souvent, il parle le français ; vers 5 heures, il donne un petit concert de musique devant la maison presque tous les jours, c’est amusant […]. »

1917-1918 les travailleurs revenant de forêt (prisonniers allemands et « cafres » des colonies britanniques)

« Vivement que tous nos poilus reviennent », écrit-il dans une autre carte postale, sous-entendu de se sentir envahi par les étrangers africains et asiatiques. Pris dans son ensemble, bizarrement (ou pas), aucun sous-entendu raciste pour les anglais ou écossais avec qui d’ailleurs certaines saint-saënnaises se marièrent. Certains restèrent en effet sur Saint-Saëns après la guerre. Ci-contre, Claude Fournier légende cette carte postale comme étant en présence de soldats écossais, après la guerre. Enfin, les archives et mémoires sont totalement silencieuses pour les prisonniers allemands pourtant bien présents.
En fait, toute cette diversité soudaine est due à l’armée britannique et ses troupes coloniales. Fin 1917, elles occupaient de nombreux lieux, comme les deux écoles pour hôpital militaire ou l’église de l’Abbaye pour lieu de culte (aujourd’hui détruite). Mais aussi la forêt, où les populations des colonies travaillaient en tant que bûcherons ou charbonniers. L’armée britannique réemployait aussi la ligne ferroviaire selon leurs besoins. Claude Fournier (p.28 tome 1) raconte notamment qu’à l’arrêt du Pont-du-Thil, un terre-plein avait été aménagé pour plus facilement embarquer du bois – pour les tranchées ! – photos et témoignage à l’appui :

Terre-plein de l’arrêt du Pont-du-Thil 1917-18
Le témoignage de René Boscage
« Au cours de la guerre de 1914, un contingent de l’armée anglaise était à Saint-Saëns et exploitait la forêt d’Eawy, et c’est ainsi que l’armée décida de faire partir les bois du Pont-du-Thil. Les camions venaient décharger dans la grande prairie se trouvant en bordure [de la route de la Boissière] au-dessous de la propriété de Madame Bénet [sur la rive gauche de la Varenne]. Deux lignes de chemin de fer reliées à la voie normale furent établies dans cet herbage et pour construire le ballast, on tira de la marne de la carrière voisine […]. Marne qui était amenée par wagonnets jusque dans l’herbage […]. J’ai la conviction que malgré l’aménagement de la prairie depuis, il doit encore exister des vestiges de ces dépôts de marne, tant ils avaient été importants.
Des trains de marchandises venaient presque chaque jour récupérer les bois et circulaient dans l’herbage […]. Je me souviens que ces transports de bois étaient si importants que la route de Saint-Saëns au Pont-du-Thil avait été complètement défoncée par endroits par les camions, et que pour y remédier rapidement, l’armée plaçait des dosses au travers de la route pour boucher les trous. Nous, les gamins, nous prenions plaisir lorsqu’un camion passait, à nous mettre à l’extrémité d’un dosse pour sauter en profitant des trépidations causées par le véhicule. Morisset [Henri] et Leteurtre [Jean] doivent aussi se rappeler ces jeux d’enfant. »
Lettre de juillet 1982 retranscrite par Claude Fournier p.29 tome 1
12 avril 1918 : une bombe perdue
On annonce dans l’Écho de vallée de Bray du 20 avril 1918 qu’une bombe est tombée d’un avion dans la nuit du 12 au 13 avril. Bombe qui serait tombée dans une prairie à proximité du bourg et n’ayant provoqué aucun blessé ou dégât.
- 11 novembre 1918 : l’armistice
- février 1919 : Levées d’interdiction de congés et permissions (pour cause d’épidémies ?)
- 14 juillet 1919 : fête nationale loupée. Le vin d’honneur pressenti offert pour les poilus démobilisés ne fut pas offert par la municipalité. Une erreur politique qui fut fortement décrié et prit presque avec humour par les concernés : « ils parcoururent la ville et se rendirent devant l’Hôtel de Ville, où ayant rempli leur quart de l’eau claire de la fontaine Dillard, ils le vidèrent avec autant de gravité que si un nouveau Cana avait mué en pinard l’insipide breuvage. »
Au total, 2 lieux portent le nom de cette période :
– Rue Verdun (route de Neufchâtel)
– Place du 11 novembre (place de la gare)

Entre-deux-guerres :
un faux (re)départ
25 septembre 1919 : fête du retour des soldats
Le retour des soldats est fêté en grande pompe avec messe, fanfare, cortège et déambulation. C’était la fin de LA Grande Guerre, en même temps. Côté musique, on notera la présence du tambour municipal et ensuite doyen des tambours de France : Félix Pichonnot (décédé plus tard à Saint-Saëns le 31.08.1931). Sont présents le général Hély d’Oissel, les municipaux, fonctionnaires ainsi que le secrétaire d’État aux finances et son sous-secrétaire (1917-1920), banquier et inspecteur des finances Charles Sergent (décédé plus tard à Saint-Saëns le 29.10.1949). André Lejeune écrit (p.517) qu’en 1924 il partit pour Londres avec une délégation ministérielle des finances.

Photo d’Ernest Morisset du 25 septembre 1919. Certainement la face avant de la mairie de l’époque.
On peut aussi deviner les armoiries saint-saënnaises perchées au haut des colonnes.
Mais tous ne revinrent pas. Claude Fournier partage (p.32 tome 1) : « Ils étaient attendus pourtant, et si intensément parfois, qu’on a vu pendant des dizaines d’années, jusqu’après 1945, une brave femme, dont le mari avait disparu à la guerre sans qu’on sache exactement ni quand ni comment, aller au – devant de lui plusieurs fois la semaine si ce n’est tous les jours, à la gare de Saint-Saëns d’abord, puis à Montérolier-Buchy, à pied… ; elle espérait toujours, au point d’en avoir perdu la tête ! [Commentaire qui aurait mérité d’être évité de sa part, mais bref.] Quel que soit le temps, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, elle partait à sa rencontre, été comme hiver. Son visage figé, creusé de rides accumulées, avait perdu toute expression, rongé par la tristesse et par les larmes […]. Elle avait un prénom, Marie, nous les gamins nous ne connaissions pas son nom de famille, mais nous la voyons aujourd’hui encore traverser la place à son retour de Montérolier, monter au Catelier, la démarche lente et lourde, portant le poids de son chagrin, sans pouvoir être consolée… »
1920’s : dernier souffle des tanneurs
Le déclin des activités industrielles du cuir touche à sa fin. La Grande Guerre aura achevé la mort de l’activité avec la perte de sa force de travail ouvrière. Pourtant, Robert Guérin et Auguste Guérin s’entêtent à construire toute une industrie avenue Emmanuel Brion : la tannerie de Guérin frères. Est-ce un nouveau départ ? Non. Un faux départ. L’industrie fera un flop et fermera quelques années plus tard (dans les années 1930 sûrement). En 1926, déjà, on ne recense plus que deux maîtres-tanneurs : Robert Guérin et Léon Morisset. Ce sont les scieries Brion puis Hartout (1891-1960) et la verrerie Duchaussoy (1923-1931) qui reprendront le relais de l’activité économique la plus imposante en exploitant le plus grand nombre de personnes.
25 mai 1930 : fête coloniale
Vers 14 heures, le monument en la mémoire du baron d’Haussez est inauguré « sur l’initiative de Louis Prévost notaire de Saint-Saëns » (André Lejeune, p.518). L’affiche de la fête est titrée : « fêtes du centenaire de l’Algérie. » Une fête coloniale donc. À « fêter » la prise de l’Alger à laquelle le baron d’Haussez à participer en tant que ministre de la marine. Fêter les colons et les barons… pourquoi ne pas dire « vive l’empereur, vive l’empire pendant » qu’on y est… Le Figaro en est pas loin à écrire, en 1930, que part la mémoires des colons : « l’Histoire vraie ranime et relie les flammes dont rayonne, à travers les âges, le visage de notre patrie ». Ci-dessous une photo prise ce jour-là, avec le monument érigé en question. À droite, non visible, il y a la fontaine Dillard. Le buste en bronze du baron d’Haussez sera ensuite fondu par les allemands pour « des canons » (Fournier Tome 4, 2008).

Avec de la persévérance j’imagine qu’il est possible de tenter d’identifier les personnes sur la photo. Peut-être que l’un d’entre-eux est Louis Prévost (notaire) à l’initiative du truc, par exemple. André Lejeune cite aussi Émile Barbier (historien local) qui a réalisé une brochure sur l’expédition coloniale du baron d’Haussez.
1936 : effet local de Front Populaire
Après près de 40 ans de domination économique et exploitation des personnes par les industries du bois sur Saint-Saëns (scierie Brion puis Hartout notamment), en 1936, est officiellement crée le Syndicat professionnel français des ouvriers et employés de l’industrie du bois du département de la Seine-Inférieure. Certainement rattaché à la nationale Fédération Française des Syndicats Professionnels du Bâtiment, du Bois, des Travaux Publics et Parties Similaires (archives.memoires.cfdt.fr). De quoi créer une solidarité pour faire poids contre l’actuel cumul des pouvoirs de Paul Hartout patron de scieries et maire de Saint-Saëns.
8 février 1937 : l’eau potable
Le réseau d’eau potable saint-saënnais actuel date de 1962. Pourtant, l’eau aurait pu être distribuée à tous encore bien plus tôt ! Dès 1893 le projet était déjà en place. Et en 1937, une nouvelle demande solide a été faite à la mairie. Est-ce un nouveau départ pour concrétiser le projet ? Non. Un faux départ. Malgré un dossier complet, le 8 février, le maire Paul Hartout n’en fait rien. Pourquoi ? Certainement parce qu’il y avait des conflits d’intérêt. Paul Hartout était maire et propriétaire des terres autour de la source d’eau potable.
avril 1937 : les rumeurs de noces presque royales
Ça va faire presque 150 que les nobles ont été renversés à la Révolution Française. Et pourtant, ces derniers font encore chavirer les médias et les ragots. Après le baron d’Haussez élevé en colon conquérant pour la dite « grandeur de la patrie », voilà qu’on raconte les moindres rumeurs des ducs et duchesses de la famille royale britannique. Début avril 1937, on raconte dans les journaux (ici, ici et ici) que les noces entre Wallis Simpson et le duc de Windor (l’ancien roi du Royaume-Uni, Édouard VIII, qui venait d’abdiquer pour l’épouser) pourrait se faire sur Saint-Saëns à la demeure d’Almazan. Les terrains et bâtiments auraient été offerts au duc de Windor par son cousin duc de Westminster un peu plus tôt.
Finalement fake news tout est démenti, par l’entourage de Wallis Simpson eux-mêmes. Et puis, « le château [d’Almazan] ne lui appartient pas [au duc de Windor] mais le loue au comte de Châtel qui habite à Bruxelles ». Madame Payoux aubergiste à l’hôtel de la Poste n’est également au courant de rien mais tend à croire la rumeur. Et « Monsieur Artyoux maire de Saint-Saëns n’en sait rien« écrit le journaliste dans Ce soir. Artyoux orthographié pour Paul Hartout, ce qui est assez drôle je trouve. Le couple médiatique se mariera à l’abri des regards près de Tours, le 3 juin 1937 au château de Candé.
29 août 1937 : meeting d’aviation
Bien que ça puisse paraître anecdotique, le meeting d’aviation du dimanche 29 août 1937 a été un tournant historique sans le savoir. Déroulé dans la plaine de La Haye, c’est ce qui donnera l’idée à Marcel Legardien pour le lieu de la ligne aérienne clandestine durant la seconde guerre mondiale.
25 mai 1940 : Saint-Saëns bombardée
Déjà, courant mai, les écoles étaient fermées. Saint-Saëns voyait défiler sur ses routes des colonnes d’évacués, exilés, réfugiés français fuyant l’invasion allemande. Les colonnes d’exodes étaient même canardées par les airs ! Comme le 18 mai 1940 à Morgny-la-Pommeraye où plusieurs des blessés ont été soignés à l’hospice saint-saënnais. Et pourtant ! Pourtant… il était formellement interdit d’être pessimiste et parler d’invasion allemande et de déroute militaire française sous peine de condamnation. La propagande et censure françaises étaient tellement fortes que même en campagne et aux petites villes comme Saint-Saëns on imaginait encore que la guerre allait être gagnée pour les français et alliés.
La désillusion fut terrible. 24 mai. Neufchâtel est bombardée. 25 mai. Saint-Saëns est bombardée. Ce jour-là l’église est touchée par une bombe incendiaire. L’orgue et un de ses récents vitraux sont à jamais disparus. Alors que Neufchâtel-en-Bray fut détruite à 78%, ce fut un des rares bombardements sur Saint-Saëns. Il aura tout de même fait au moins une victime : madame Maréchal née Cumont. Sa maison rue Val de Boulogne (actuelle rue Paul Lesueur) a été bombardée.
On raconte souvent que Saint-Saëns a été bombardée qu’une seule fois pour des bombes incendiaires. Mais plus tard, le 8 juin, un autre aurait au moins détruit des bâtiments pas loin du presbytère. Il fit 2 victimes : Adrien Couvert 55 ans, Adèle Debonne 83 ans née Laharanger.


Ces photos datent d’après-guerre début des années 1950. L’église est abîmée par le bombardement du 25 mai 1940.
La déroute : septembre 1939 – juin 1940
En occupant parfois la place, et stationnant des transports et dépôts de munitions dans un herbage au Lihut et un autre le long de la Varenne à la Boissière, que ce soit durant la Grande Guerre de 14-18 ou au début de la seconde guerre mondiale, c’était la même stratégie adoptée par l’armée britannique. Les anglais étaient logés ici et là : Hôtel de la Gare, Hôtel de Rouen chez les Legardien, salle des fêtes (cinéma-théâtre actuel), savonnerie…
Nick Winter et Pasty Koyli faisaient partie de ce régiment britannique stationné sur Saint-Saëns (entre l’automne 1939 et juin 1940). Ils sont revenus plus tard, après la guerre, pour revoir leurs amitiés saint-saënnaises réalisées sur-place. Reprenant les propos de Nick Winter, Claude Fournier écrit (tome 4, p.93) : en revenant sur Saint-Saëns en 1983 « lorsque le car […] avait atteint la Roulière, il avait aussitôt reconnu l’endroit où son convoi avait été mitraillé en 1940 par l’aviation allemande ; quatre de ses camarades avaient été tués. » Bizarre que Claude Fournier n’ait pas explicitement fait le lien avec les soldats anglais exhumés et inhumés un an plus tard (juin 1941) alors qu’il en décrit les faits dans son même ouvrage :
- décédés le 6 juin 1940 vers 17h à La Roulière les soldats anglais (inhumés le 20 juin 1941) :
Mc Millun ; DR Weaver ; Mc Instesch ; B. Rychon (selon ce qu’en écrit Claude Fournier) - décédé le ? juin 1940 : soldat anglais exhumé au Pont du Thil le 4 juin 1941
- décédé le 8 juin 1940 : aviateur canadien (ou anglais) exhumé au Fief Thoubert le 4 juin 1941
1940 – 1944 : vivre sous l’occupation
fasciste allemande
9 juin 1940 : arrivée des allemands

Les allemands entrent dans Saint-Saëns le dimanche 9 juin, le même jour que la bataille Beaumont-Roquemont évoquée dans la vidéo ci-dessus ou dans le Tome 4 de Claude Fournier sur la vie locale durant la seconde guerre mondiale. Beaucoup ont fuit pour leur vie, mettant tout sur leur charrette, leur voiture, leur brouette, à prier de ne pas se faire canarder par les airs sur le chemin. Les autres qui sont restés se feront opprimer. « Les Allemands avaient tout réquisitionné chez nous : chevaux, foin, récoltes… », se souvient [Robert Ratel à la ferme de Bailly]. Son père, agriculteur de profession, avait même été contraint de participer à des convois pour l’armée allemande. » (Enzo Etton pour Le Réveil, 2024).
L’entrée des allemands s’est faite sans combat. Claude Fournier raconte que ce jour là un petit char Renault aurait été détruit au Camp Tillou, dans les virages avant le Grimplet. Était-il en fuite ? Sûrement. Et qu’ils l’ont détruit avant de fuir pour ne pas le laisser aux mains de l’ennemi. Tout le monde fuyait. Parmi les rares commerçants qui n’avaient pas fuit – en plus de rester ouvert ! – on avait le café de madame Carlus en face de la mairie, qui attendait le retour d’un fils, Jean Carlus, qui ne reviendra jamais, tué sous les bombes à Neufchâtel-en-bray le 24 mai. Présents encore sur Saint-Saëns, Claude Fournier cite aussi Georges Delaire (vicaire au curé-doyen de la paroisse) et potentiellement Soeur Julie supérieure de l’hospice.
La demeure d’Almazan fut le premier bâtiment investi par les allemands, dès leur arrivée, pour leur garnison militaire. La mairie était ensuite un des lieux importants investis, ainsi que divers lieux de logement comme l’Hôtel de Rouen. Enfin, à la fin de la guerre, un centre de commandement était établi rue des Tanneurs. En ce qui concerne le bourg en tant cas. Aux alentours, plusieurs fermes étaient continuellement occupées par les allemands, et les grandes demeures, maison de maître et château ne dérogeaient pas à la règle. Le château du Vaudichon était par exemple un point de rendez-vous des militaires allemands. Autre exemple, la ferme de Marcelle Leroy sur Roville était occupée par les allemands ; et malgré ça, elle avait caché des résistants, soldats et aviateurs alliés, à la barbe de l’ennemi occupant.
Entraides ou collabos
Les dénonciations étaient nombreuses, surtout par lettres, dénonçant quelqu’un d’opposé au pouvoir allemand, communiste, étranger, juif, soldat allié, prisonnier évadé… Par collaboration ou par besoin d’argent ? Peu importe. Les français se tiraient dans les pattes. Même un voisin. En plus de ça, si ce n’étaient pas les allemands, les vols et pillages se faisaient aussi par des français opportunistes (réfugiés comme locaux). En même temps, on y manquait tellement de tout pour bien vivre (nourriture, charbon, essence, pneu, vélo…) !
Vols et marché noir étaient d’actualité. Des choses bien mises en évidence par Claude Fournier dans son ouvrage et qu’on retrouve régulièrement dans les journaux installant une certaine inquiétude constante. Était-ce une insécurité voulue pour être mise en avant pour les autorités locales ? À Saint-Saëns il existait un sacré trafic de vélos par exemple (25 janvier 1941). On les volait, on les repeignant et hop, on les revendait. Des trafics expressément très médiatisés au début de l’occupation.
Mais si tout le monde réussissait à se nourrir malgré tout d’un quignon de pain, c’était surtout grâce à l’entraide. Exemple simple, pour se nourrir, les gens se mettaient à élever des poules, lapins ou même un cochon à l’abri des regards. Et quand il fallait abattre un animal, une personne du métier venait aider. Par exemple, au château de Bailly le boucher Raymond Farcy 47 ans (puis plus tard Moïse Farcy 37 ans) et ses complices (Laurent Brésil ouvrier agricole gardien des lieux, Pascal Morel et Raymond Morel frères bûcherons ayant transporté les animaux en camion), seront condamnés le 10 puis 17 juin 1942 pour avoir abattu clandestinement 5 vaches et 1 taureau. Pourquoi en cachette ? Parce que « les Français n’étaient pas dignes de manger de la viande », selon les dires des français dirigeant les ravitaillements. Le marché noir part donc à la base de l’entraide locale, du troc pour survivre, en passant outre l’occupant qui ponctionnait sur tout. Dans cette affaire, on retrouve deux noms aussi présents lors d’autres abattages clandestins : René Renard 49 ans marchant de porcs à l’Abbaye (Adrien Dumesnil journalier cité travaillant pour lui) et Henri Cressent cultivateur sur Beaubec. Tous deux seront de nouveau condamnés le 29 juillet 1942.
Boulot – dodo

Pendant que les plupart des hommes valides étaient au front (ou prisonniers ou en déroute), c’étaient les femmes qui assuraient l’économie du pays. Si on ajoute en plus les nombreux exodes des habitants, il manquait encore plus de monde ! Les allemands cherchaient alors des gens pour diverses fonctions. Par exemple, en cherchant un boulanger, ils dénichent un certain Hyacinthe Valet. Et comme il était aussi à la mairie, ils le désignèrent maire on attendant le retour d’exode des autres vers fin juin 1940 sous Paul Hartout maire et Eugène Legras adjoint.
Beaucoup d’habitants revinrent, quelques jours plus tard. Mais ça n’anima pas plus le bourg. Pendant les premiers mois le bourg était littéralement mort, les seuls visages qu’on voyaient dans l’espace public sont ceux des affiches de propagande allemande. Les espaces d’échange sont rares. Les déplacements également, voire interdits. On était soit chez soi, soit à l’usine. En plus du couvre-feu la nuit. Seuls les militaires allemands s’octroyaient le luxe de déambuler dans le centre ville, à pieds ou en véhicule motorisé, et plus tard de traîner dans les cafés. C’est dans des moments pareils qu’on se rend compte que (l’occupation de) l’espace public est foncièrement politique.
4 juin 1941 : premier acte résistant
Le chanoine Chouquet, curé-doyen de Saint-Saëns, voulait donner des dignes obsèques aux soldats anglais et/ou canadiens décédés sur Saint-Saëns début juin 1940, dont les deux inconnus cités précédemment (Fournier Tome 4 p.36). Les obsèques se firent dans l’église avec Marseillaise, anciens combattants ornés de leurs décorations et drapeau français (que l’abbé gardera dans l’église). Un acte qu’on pourrait décrire de résistance française et qui aurait pu être réprimandé par les allemands. Ça s’est déroulé dans un espace réduit de l’église, puisque la partie avant était condamnée depuis le bombardement de l’an passé.
L’abbé Chouquet était peut-être la première personnalité du bourg à affirmer une identité française résistante tout du long de l’occupation. Un « prêtre-soldat », aurait-il aimé se décrire. Chaque mardi matin par exemple, une messe était réalisée en l’honneur de prisonniers. À 8 heures. À l’heure française. On estime qu’il y avait environ 70 prisonniers saint-saënnais. Parfois, étaient organisés des événements pour financer des envois de colis à ces-derniers (par exemple le 14 septembre 1941). Des envois gérés par la Croix Rouge, organisation localement présidée par madame Édouard Leverdier.
1942 : on se sait, bien que ce soit caché
Saint-Saëns avait une cellule résistante très active. Il y existait 3 réseaux principaux en même temps. Outre les maquisards et résistances rurales communistes des FTP (Francs-Tireurs et Partisans) puis FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), Saint-Saëns était un pôle d’aide et de secours aux aviateurs alliés et réfugiait également des personnes importantes du renseignement français (Réseau Centurie / Confrérie Notre-Dame). Saint-Saëns était en plus lieu d’une ligne aérienne clandestine réalisée en 1942 du côté des plaines de Maucomble et de la Haye.
- Réseau Centurie : Simone Vallès
- Cellule Résistante aidant les aviateurs alliés : Jacques Vallès, Suzanne Legardien et Marcel Legardien
- Liaison aérienne clandestine (cf. page et vidéos Les Passagers de la Lune) :
- 27-28 février 1942 : colonel Rémy et Pierre Julitte partent ; « Anatole » arrive
- 27-28 avril 1942 : Pierre Brossolette et Jacques Robert partent ; Christian Pineau et François Faure arrivent
- été 1942 : installation d’une vigie allemande sur la plaine de la Haye
- FTP (Francs-Tireurs et Partisans) et FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) :
- Gaston Carmont qui à La Libération sera lieutenant responsable local
- le groupe Louis Fromager, Christian Barais, Jean Auriol, Jacques Papin et Paul Lesueur
- Résistants citoyens de tous horizons :
- Gaston Carmont (FFI) coiffeur, organisateur du cross-country
- abbé Chouquet
- Ernest Leroy
- Marcelle Leroy qui a hébergé des aviateurs et résistants dans sa ferme
- Famille Ouin cultivateur à La Haye, supposé par déduction
- Famille Piédefer

Sabotage des résistants sur la ligne Saint-Saëns – Montérolier
9 septembre 1942 : photo de Léon Pontieu
C’est une des « rares photos » de la période sous occupation (Fournier, Tome 1, p.16). Un certain saint-saënnais Léon Pontieu (né le 2 février 1919 à Neufbosc – décédé le 14 avril 2020 à Saint-Saëns) qui était pourtant parti pour la zone non-occupée, est venu sur Saint-Saëns par permission, et a pu prendre ce cliché où la linerie avenue Emmanuel Brion prend feu. Il s’était engagé dans l’armée dès 1939, racontait-il pour Le Réveil. Claude Fournier précise qu’il était pour autant interdit de prendre des photos et que Léon n’en avait pas connaissance à l’époque. L’ancien combattant est revenu sur Saint-Saëns dès 1944 (pour se marier à Montville avec Marthe Martin) et y finir sa vie jusqu’à ses 100 ans fêté à la maison de retraite le 2 février 2019.

19 août 1942 : l’échec des alliés
Lors de la tentative de raid à Dieppe par les anglais et principalement canadiens, à Saint-Saëns on vit arriver sur la place toute une artillerie, tanks et chars. Les habitants en avaient des sueurs froides en imaginant un affrontement dans la vallée… Fallait-il encore fuir ?… Finalement, l’opération Jubilee (wiki) fut un énorme échec. Des milliers d’hommes perdus. La garnison militaire allemande autour de la fontaine Dillard délogea la place dans la journée.
23 janvier 1943 : arrestation de Pierre Sénéchal
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1943-1944 : les armes V
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24 juin 1944 : bombarder les lanceurs « ski-site »
Le coin, de la Boissière à la forêt d’Eawy, était un repère pour lancer les V1. Les bombes volantes, les « robots » comme on les appelait à l’époque. À Montérolier, une base militaire secrète – organisation Todt – existait aussi. Au total on aurait recensé 117 rampes de lancement autour de Saint-Saëns et en forêt d’Eawy. Dont beaucoup si ce n’est tous étaient non-opérationnels. C’était la principale menace et la principale cause des bombardements alliés dans la zone (surtout en 1944). D’ailleurs, les armes antiaériennes allemandes étaient nombreuses autour de la forêt pour éviter ses bombardements, touchant de nombreux avions.

Parmi tous les bombardements, on retient une importante opération du 24 juin 1944 envoyant 102 bombardiers Lancaster. Plusieurs avions ont été abattus et plusieurs pilotes alliés (notamment Archie Shoebottom sur Saint-Saëns) ont été secourus et cachés par la résistance locale. Les quelques sites de lancements restants ont surtout été utilisés durant les mois qui ont suivi le débarquement du 6 juin, faisant évacuer Londres.
Mardi 29 août 1944 : les fusillés de la côte des Hayons
Comme le raconte Claude Fournier (Tome 1), on n’a pas su pendant longtemps ce qui s’était passé. Peu après le passage des canadiens lors de la Libération (le 31 août 1944), une ambulance déboule bruyamment dans Saint-Saëns. Elles ramènent les corps sans vie de 5 jeunes du coin : 4 partisans et une pupille de l’assistante publique qui ont été fusillés le mardi 29 août 1944 fin d’après-midi à Esclavelles. Les exécutés s’appelaient Christian Barais, Jean Auriol, Louis Fromager, Maurice Maugis, et Paul Lesueur. Pour en savoir plus sur cette histoire :
Jeudi 31 août 1944 : la Libération
12h55. Sous un ciel couvert et une pluie fine, début d’après-midi, un « grondement intense » s’entendait vers Cottévrard. « Nous avons couru vers la route et c’est là que nous avons vu une colonne de véhicules canadiens approcher. C’était la libération ! » témoigne Robert Ratel qui vivait à la ferme de Bailly avec sa famille. Il avait alors 14 ans (Enzo Etton pour Le Réveil, 2024). C’était une patrouille mobile de la 3ème division d’infanterie canadienne, la seule canadienne à avoir participé au débarquement normand, à Juno Beach, au sein de l’armée britannique. Après avoir libéré Rouen la veille sous artillerie ennemie en pleine nuit, elle se dirige petit à petit vers la Belgique par les voies secondaires (ici donc la D25 de Cottévrard à Saint-Saëns desservant la ferme de Bailly). Les 3 allemands qui, plus tôt vers midi cherchaient à manger à la ferme de Bailly, se firent prisonniers sans résistance.
Depuis quelques jours, les plus observateurs et informés des saint-saënnais pressentaient la Libération. Même le marché du jour était plus vide qu’il ne l’était déjà. Des allemands moins présents, des combattants prenant la route pour battre en retraite, l’occupant volant un moyen de locomotion pour fuir, etc. Rémy Lemasle témoigne, en 2014 pour Le Réveil, que le « commandement militaire » allemand rue des Tanneurs avait été déserté depuis plusieurs jours. Âgé de 15 ans à l’époque, lui et sa famille habitant dans la même rue. En plus de ça, la radio clandestine de son père captait des informations positives de Radio Londres. Et malgré tout, l’armée libératrice ne sait si l’ennemi est en nombre sur Saint-Saëns ou pas, comme est-il écrit à 12h35 dans le rapport canadien.
« Viens voir, viens voir. Il y a un char anglais… » prévient René, le voisin Rémy Lesmasle, confondant les uniformes anglais et canadiens. Descendant du plateau du Quesnay sans un seul tir, l’infanterie canadienne passe sous les yeux de Rémy Lesmasle vers 13h30. Il parle d’euphorie et d’extase (Le Réveil, 2014) pour exprimer les ressentis de la population présente, où tout le monde crie et s’embrasse de bonheur. Il ajoute : « Les soldats canadiens nous ont offert des cigarettes [Craven], des chewing-gums. Il y avait beaucoup de sympathie de leur part. Cela nous faisait plaisir. On avait été tellement peu rationnés pendant l’Occupation. »
En réalité pas une mais deux colonnes de cette même infanterie canadienne arrivèrent au bourg. Elle se serait divisée, en amont, pour ceinturer Saint-Saëns avant de descendre dans la vallée (Claude Fournier, « Saint-Saëns », Tome 1). L’une descendant par le Quesnay, l’actuelle Avenue de la Libération justement, et l’autre dominant les hauteurs sur la route au-dessus de la Roulière, l’actuelle Route des Canadiens. Le reste de l’infanterie passa aussi par là.

Plus précisément, la sous-unité de la 3ème division a été un régiment de la 9ème Brigade d’infanterie canadienne : HLI (The Highland Light Infantry of Canada). Dans son journal de bord, on y raconte qu’une petite résistance a été rencontrée avant Saint-Saëns puis que 9 ennemis ont été capturés lors de la descente en ville par la patrouille mobile. Comprennent-ils les 3 de la ferme de Bailly rencontrés par la famille Ratel ? Sûrement.
La patrouille mobile a tenu la place du centre-ville pendant 2 heures en attendant que le gros de l’infanterie canadienne restée sur le plateau les rejoignent pour parader et festoyer, dans l’actuelle rue du 31 août 1944. Il est alors 15h30. Saint-Saëns est libérée. Les troupes continueront ensuite en se divisant en deux, les uns continuant vers Maucomble, les autres en forêt d’Eawy.

Au total, 3 rues portent le nom de cet événement :
– Avenue de la Libération (montant au Quesnay)
– Route des Canadiens (montant vers l’autoroute et le Pucheuil)
– Rue du 31 août 1944 (le long de la mairie)

Photos partagées sur le Bulletin d’information municipal n°57, septembre 2025
Les jours qui suivirent la Libération
Vendredi 1er septembre 1944 : le drame
Paul Hartout et Eugène Legras, alors maire et adjoint sous l’occupation, sont remplacés par le comité local de libération présidé par André Tassel. « Mon père est aussi devenu garde champêtre. Son prédécesseur était mal vu », raconte Rémy Lemasle (Le Réveil, 2014). On voit son père en tête de cortège lors de la fête de la libération : Adolphe Lemasle âgé alors de 40 ans (cf. photo qui suit). On remplace les dirigeants et on désigne du doigts les collaborateurs. La chasse aux collabo est explicitement ouverte.
Par exemple, le garde-forestier de Saint-Saëns a désigné quelqu’un qui « provenait des Ventes-Saint-Rémy ». Ce dernier, en réaction, a alors braqué son fusil sur lui. Malgré l’intervention d’autres personnes, il finit finalement par s’enfuir. Les canadiens militaires « à la terrasse d’un café, sont interpellés par les cris » et partent alors à sa poursuite en tirant à « plusieurs reprises. Hélas, une balle perdue atteint mortellement un saint-saënnais, Hyacinthe Vallet, le mari d’une commerçante. Ce dernier, en possession de sa brouette, revenait de la route de Saint-Martin-Osmonville, plus précisément de son jardin. Si le fuyard est, lui, arrêté quelques heures plus tard, le mal est fait. » (Le Réveil, 2014) Hyacinthe Valet est celui qui avait été désigné pour être boulanger et maire par les allemands au début de l’occupation.
Dimanche 3 septembre 1944 : la fête
Photo partagée par Claude Fournier copyright Le Réveil de Neufchâtel.
On peut y voir au fond à droite le haut support qui jadis trônait le buste du baron d’Haussez.
Fête de la libération ! Le capitaine Chuck Thornton est présent.
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Samedi 7 septembre 1944

La colonne du Général de Gaulle salua la population et s’arrêta au carrefour en face de la place du centre-ville. Celui qu’on voit sur la photo du 3 septembre d’ailleurs. C’est cet événement qui donna le nom à l’actuelle rue Général de Gaulle. Pour l’anecdote, Charles de Gaulle aurait pris en accolade le chanoine Chouquet.
8 mai 1945 : la fin de la guerre
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Monument aux Morts



Inauguré le 30 juillet 1922 tout en musiques et en prières, le Monument aux Morts était originellement placé en bas de la rue Verdun (route de Neufchâtel), au carrefour, à l’endroit de l’actuelle représentation du chou de Saint-Saëns. Inauguration en la présence de beaucoup de monde dont le maire Félix Frigot, le président des camarades anciens combattants le général Hély d’Oissel ou plusieurs anciens combattants avec parmi eux le blessé de guerre Henri Payelle. Sculpté par Jacopin, sur les plans de l’architecte de neufchâtelois Vergnaud et le maître d’œuvre saint-saënnais Girard, « c’est une Victoire ailée dont les mains portent deux palmes. »
Des 66 noms morts durant la Grande Guerre ont ensuite été ajoutés ceux de la Seconde Guerre Mondiale. Puis il a été déplacé le long de l’église à la fin du XXème siècle. Ci-dessous, je cite toutes les personnes que je retrouve citées comme décédées durant les guerres mondiales (Sources : L’Écho de la vallée de Bray, 5 août 1922 ; inventaire-patrimoine ; pop.culture.gouv.fr ; Claude Fournier p.37 Tome 4, p.83 Tome 1 ; livre d’or des morts pour la France).

Noms de la colonne de gauche :
| Nom | Prénom | Naissance | Décès | |
| ACCARD | Charles Arthur | 21.08.1884 | 22.08.14 Charleroi | 239° inf |
| DESCHAMPS | Pierre Henri | 21.02.1891 | 16.09.14 Vaux-Marie | 154° inf |
| DUBUC | Jules Henri | 20.02.1873 | 04.10.14 Puisieux | 21° inf.Tle. |
| FRANÇOIS | Louis Clément | 24.06.1879 | 16.12.14 Menehould | Serg. 272° inf |
| FRICHET | Anthime Auguste | 13.02.1888 | 28.10.14 Hermonville | 5° inf |
| LEMASLE | Marie Louis Auguste | 17.08.1876 | 04.10.14 Puisieux | 21° inf |
| LOURSEL | Eugène Louis | 26.10.1886 | 17.09.14 Cormicy | Caporal 228° inf |
| BIGNON | René Fernand | 26.01.1894 | 23.06.15 Autun | 51° inf |
| BRETON | Lucien Charles | 31.07.1895 | 7.7.15 Bois-le-prêtre | 368° inf |
| BRION | André | 07.12.1895 | 05.02.15 St-Mandé | 2° Rgt.Art. |
| CARDON | Georges Théophile | 19.04.1892 | 25.09.15 St-Hil. | 155° inf |
| DUHAMEL | Camille | 15 | ||
| DUMAIS | Henri Auguste | 04.02.1891 | 02.05.15 Menehould | 154° inf |
| DUVAL | Adrien Ferdinand | 01.10.1891 | 17.10.15 St-Hilaire-. | 161° inf |
| DUVAL | Paul Henri | 13.03.1892 | 20.07.15 Bar-le-Duc | 161° inf |
| FAUVEL | Marcel Raoul | 30.12.1892 | 08.04.15 Pintheville | 120° inf |
| FOITIER | Marcel | 15.02.1895 | 23.04.15 Eparges | 72° inf |
| FOURNIER | Félix François | 25.02.1895 | 22.07.15 Barrekopf | 106° inf |
| GIRAULT | Henri Théodore | 25.03.1886 | 23.10.15 Neuville-. | 274° inf |
| HANNIER | Ernest | 15 | ||
| LEFEBVRE | Robert | 23.09.1885 | 25.05.15 Aix-Noulettes | 24° inf |
| LEQUIN | Arthur Adalbert | 12.07.1890 | 22.06.15 Louchez? | 129° inf |
| LEROY | Ernest Eugune | 04.03.1889 | 03.10.15 Neuville-. | 39° inf |
| LESCAUT | Alfred Marcellin | 19.09.1894 | 16.07.15 Menehould | 94° inf |
| MARECHAL | Alphonse Jules | 15.08.1895 | 25.09.15 Chaudefont. | 403° inf |
| MAUGENDRE | Jules Achille | 24.02.1885 | 29.09.15 Neuville-. | 239° inf |
| MENIVAL | Auguste Édouard | 01.01.1889 | 27.08.15 Beauséjour | 403° inf |
| POUYER | Auguste | 15 | ||
| RICARD | Léon Albert | 11.04.1894 | 01.02.15 Menehould | 161° inf |
| SAULNIER | Louis Augustin | 24.04.1869 | 19.06.15 Neuville-. | 36° inf |
| VINCENT | Émile Jules | 26.11.1892 | 28.02.15 Vauquois | 89° inf |
| CRESSENT | Albert Irénée | 06.08.1881 | 27.02.19 Sted | 2° génie |
| MARECHAL | Louis Baptiste | 04.11.1891 | 28.02.15/9? Vauquois | 46° inf |
Noms de la colonne de droite :
| Nom | Prénom | Naissance | Décès | |
| ADERAN | François Célestin | 16.06.1896 | 02.11.16 Sailly | 8° inf |
| ADERAN | Léon Adelin | 06.09.1890 | 16.06.16/7 Bouchav. | 91° inf |
| BANCE | Léon Albert | 17.12.1877 | 05.07.16 Estrées | 288° inf |
| DEVISMES | Raymond Clément | 23.11.1895 | 05.06.16 Verdun | 418° inf |
| DUPRÉ | Marcel Henri | 24.06.1891 | 04.05.16 Clermont.F. | 2° Art.Lde. |
| LAVIGNE | Paul Adolphe | 21.10.1892 | 22.05.16 Verdun | 129° inf ? |
| MOUQUET | Louis Joseph | 05.08.1888 | 13.08.16 Chalade | 39° inf |
| PAYELLE | Adrien Jules | 02.07.1893 | 21.021.16 Souchez | 39° inf |
| SAUTEUR | Louis Zrsène | 15.02.1896 | 17.10.16 Berny G. | 147° inf |
| SAVARY | Edmond Auguste | 17.07.1896 | 28.10.16 Sailly S. | 8° B.Chass. |
| BIGNON | Fernand Abel | 04.08.1896 | 25.04.17 Beaulne-C. | 37° inf |
| FOURNIER | Henri | 17 | ||
| LECLERC | Georges | 17 | ||
| MORIN | Alexandre Hippolyte | 30.04.1880 | 15.05.17 Amb. | 31° inf |
| PETIT | Émile Eugène | 02.01.1885 | 22.05.17 Monastir | 372° inf |
| ADERAN | Georges Joseph | 14.06.1899 | 09.08.18 Rouen | 39° inf |
| CARPENTIER | Élie Alexandre | 08.11.1886 | 11.06.18 Courcelles-E. | 297° inf |
| CORDIER | Henri Désiré | 20.10.1897 | 04.10.18 Filain | 48° Bt. Chasseurs |
| DUBOIS | Justinien Ernest | 17.07.1880 | 09.04.18 B.-.Chaume | 47° inf |
| FIRMIN | Germain Raymond | 23.10.1895 | 24.07.18/5? Bachum | 72° inf |
| LAURENCE | Alfred Adolphe | 20.04.1890 | 11.06.18 Catenoy | 36° inf |
| LENORMAND | André Fernand | 17.08.1876 | 07.10.18 Salonique | 21° inf |
| MARECHAL | Jean Victor | 06.08.1896 | 24.07.18 Saconin | 151° inf |
| MARUITTE | Georges Émile | 04.08.1896 | 10.06.18 St.-Gournay | 151° inf |
| PAULY | Raymond Léon | 09.08.1899 | 14.09.18 Le Crotoy | 1° gr.aviation |
| RATEL | Émile?? Henri Paul | 22.05.1888 | 22.10.18 Dt-Rémy | 414° inf |
| RATEL | Fulgence Henri | 22.01.1887 | 15.04.18 Dassel | 319° inf |
| ROBINE | Louis Auguste | 02.12.1888 | 09.06.18 Vichy | 178° Art.Brigadier |
| ROBINE | André Adrien | 20.04.1896 | 09.06.18 Selincourt? | 9° cuirrasier |
| THIERRE | Henri | 18 | ||
| TROUDE | Léon Eugène | 27.05.1898 | 07.03.18 Dormoise | 28° inf |
| REBEVIL | Georges | 20 | ||
| MAUROUARD | André | 17 |
Noms au centre :
| Nom | Prénom | Naissance | Décès | |
| ANFRY | Roland | 05.09.0918 | 14.4.41 Reichenbach | captif 12e R à cheval |
| ASSENARD | André | 29.12.1906 | 17.3.41 Gneixendorf | captif 22e R Artillerie |
| DUMESNIL | Pierre Maria | 02.02.1916 | 30.05.40 Dunkerque | 22e R Tirailleur |
| LESUEUR | Paul | 16.03.1925 | 29.08.44 à Esclavelles | membre des FTP |
| MONFRAY | Marcel | 19.05.1916 | 18.05.40 à Beauvais | 129e R Infanterie |
| NOBLESSE | Bernard Robert | 10.08.1918 | 16.05.40 à Stonne | 67e R Infanterie |
| OUIN | Roger Bernard | 29.03.1913 | 15.05.40 à Stonne | 51e R Infanterie |
| RENAULT | Roger | 06.06.40 à Poix | ||
| SÉNÉCHAL | Pierre André | 06.10.1925 | 11.03.45 à Dachau | déporté |
| TRÉCHENU | Albert Henri | 24.04.1914 | 30.05.40 en mer | matelot-mécano |
| LEVERDIER | Guy François Jacques | 27.09.1926 | 09.01.47 à Nam-Tinh | caporal parachutiste |
Noms sur la plaque :
| Nom | Prénom | Naissance | Décès | |
| PETERSON | 24.04.44 | Lieutenant pilote | ||
| KING | 24.04.44 | Lt co-pilot | ||
| CELLI | 24.04.44 | Sgt bombardier | ||
| BURTON | 24.04.44 | Sgt canonnier | ||
| SMITH | 24.04.44 | Sgt radio | ||
| BELL | 24.04.44 | Sgt canonnier |
D’autres noms non cités jusque là :
| Nom | Prénom | Naissance | Décès | |
| ALEXANDRE | Georges Albert | 12.12.1888 | 11.10.16 Chaulnes | 233° inf |
| CALON | Ernest Georges | 29.09.1879 | 19.10.16 Ohrdruf | 233° inf |
| COULBO | Lucien Paul | 11.09.44 à Eu | cultivateur | |
| DUMESNIL | Bernard | 05.04.1913 | 23.05.40 à Drocourt | soldat? |
| DUVIVIER | Alphonse Anatole | 16.08.1883 | 22.04.18 Senoncourt | 25° inf |
| ÉLIOT | Alexandre Achille | 14.10.1885 | 14.10.15 Tahure | Capl. 288° in |
| GUILBERT | Georges Jean | 25.03.1887 | 23.06.16 Verdun | 39° inf |
| LANGLOIS | Pascal Eugène | 24.10.1881 | 09.04.1915 Rouen | 39° inf |
| LEFEBVRE | Gaston Louis | 19.01.1880 | 04.10.14 Puisieux | Serg. 21° Ter.inf |
| LEGRAS | Gaston Juléen | 29.03.1897 | 15.12.17 Sérancourt | 4° inf |
| RAINE | Henri | 16.05.40 à Inor | soldat? | |
| SCHWAEBLÉ | Paul Eugène | 18.02.1867 | 20.08.1914 Manonc. | chef de bataillon 277° |


