Bien que l’apparition des tanneries (cf.industries) soit datée du début XIVème siècle (selon André Lejeune et Henri Buzot), l’ampleur du commerce engrangé prend une tournure internationale durant le XIXème siècle, avec l’avènement du capitalisme et les balbutiements de la mondialisation. On parle dès fois d’un « âge d’or » (Claude Fournier). Mais c’est seulement un âge d’or économique. Et, en plus, pas pour n’importe qui ! Ce sont les grands bourgeois propriétaires et patrons des tanneries qui se sont enrichis (et dont la plupart fuiront dès la moindre chute du profit). Les patrons tanneurs se positionneront sur les postes à pouvoir, dont la mairie, et laisseront à jamais leur trace au bourg saint-saënnais en finançant en grande partie la nouvelle église paroissiale.
Chronologie en grandes dates
- Époque précédente : Époque des nobles (1450 – 1789)
- RÉVOLUTION FRANÇAISE de 1789 (1789-1799)
- RÉVOLUTION FRANÇAISE de 1848
- 1895 : début de reconstruction complète de l’église
- Époque suivante : Époque des guerres mondiales (1898 – 1945)
1787 : Temps des réformes
7 octobre 1787 : premier Syndic d’assemblée générale
Entre 1787 et 1789, la population rurale se politise. Les réformes adoptées font que le Tiers-État acquiert du pouvoir face au Clergé (curé) et la Noblesse (seigneur) : la population locale peut élire un syndic municipal (Steffen Sammler, 1999). On garde donc en tête qu’Étienne-Robert Bosquier (1750-1827) est le premier « maire » de Saint-Saëns, mais on devrait plutôt dire le premier « syndic » depuis le 7 octobre 1787. Les habitants choisissaient la plupart du temps au moins quelqu’un qui savait lire et écrire. Il gardera cette fonction jusqu’à l’assemblée générale du 31 janvier 1790. Lui n’était pas fils de patron tanneur, comme bon nombre de maires saint-saënnais, mais fils du marchand drapier Étienne Bosquier et d’Élisabeth Dumesnil.
André Lejeune retranscrit ce qu’en écrit Henri Buzot sur le personnage page 325. Étienne-Robert Bosquier gérait pendant 50 ans les biens et propriétés de Abdon Victor Hély d’Oissel (président de la Chambre des Comptes et cour des aides de Normandie). Et c’est à travers lui qu’il opéra un début de transformation du visage que porte aujourd’hui le bourg. La bourgade rurale de maisons en chaume se transforme en un bourg en brique et en tuiles. Le territoire saint-saënnais fut modifié par : une refonte de la voirie, rénovation de la verrerie du Lihut et du moulin des prés (celui rue docteur Vassaux), plantation de futaies aux Voyons et au Quesnay…
C’est aussi à travers les archives de la famille Hély d’Oissel qu’Étienne-Robert Bosquier retraça le premier l’histoire du territoire saint-saënnais. Il est notre premier historien local. De manière générale, le syndic municipal jouait un énorme rôle pour politiser la population (Steffen Sammler, 1999), ainsi que certains bourgeois et notables.
Mars 1789 : des volontés écrites
Durant l’Ancien Régime l’avis du peuple (Tiers-État) était parfois demandé. On appelait ça les doléances ; (qui ont été remises en place il n’y pas longtemps en 2018. Comme quoi il y aurait des parallèles à faire…). Des doléances demander par le roi Louis XVI quelques mois plus tôt, notamment pour contenir la colère du peuple (André Lejeune, p.377). L’assemblée générale élisait alors des députés aux États-généraux pour porter leur parole. En 1789, cette élection s’est faite le 1er mars 1789. Les députés élus sont : Charles Roussel (futur Syndic), Antoine Havé, Louis Richard Lemonnier, Pierre Duval et Jacques Gabriel Dubois (on évoque ce dernier sur la page famille Buzot).
Le 8 mars 1789 se déroule alors l’assemblée générale. On y écrit un procès verbal qui figurera parmi les 60 000 et quelques cahiers de doléances de tous les baillaiges (Pasquier, 1908). L’assemblée générale est composée de : Lemonnier, Legendre, Baptiste Nicole, Ch(arles-Jacques?) Concédieu, Charles Russel, François? Lecoffre, François? Lecomte, Antoine et François Havé, Goguet, Dubois, Lecoeur, François? Dumesnil, Jacques Hartout, Bénèt, Fache, Le Bailly, Crevel, Catugier, Renault. Les doléances sont :
- 1. alléger les impôts. « Le bourg paie au roi plus 120 000 livres par an. » (200 foyers pauvres sur les 500)
- 2 et 3. faire « revivre le commerce et particulièrement la filature » et de « diminuer les droits excessifs sur les cuirs »
- 4. « l’abolition des fermiers généraux si nuisibles à l’État et au peuple »
- 5. « l’anéantissement du traité de commerce avec l’Angleterre »
- 6. « la destruction des bêtes fauves et des lapins [qui] dévastent tous les grains […] et ruinent les labours »
- contexte : gibier et pigeons étaient propriétés du seigneur. Aucun paysan n’avait le droit de chasser.
- 7. que la noblesse et le clergé « supporte les charges de l’État comme le Tiers-État »
- contexte : la population paysanne et bourgeoise manifestait contre l’oppression des seigneurs.
- 8. ne plus exporter le blé
- 9. des services publics pour se nourrir et se soigner pour éviter « la disette et les maux »
- 10. « l’extinction de la mendicité et d’aviser aux moyens de subvenir »
- 11 et 14. simplifier le baillage, les procédures administratives et d’avoir une liberté de moudre son blé où l’on veut
- 12. l’accès à l’héritage au sein d’une même famille (du Tiers-État)
- 13. « qu’il n’existe qu’un poids et qu’une mesure dans tout le royaume »
- 15. que les « riverains » aient un accès (même payant) au « bois blanc » de la forêt c’est-à-dire au bois de qualité
- 16. du blabla à la : « veuillez agréer monsieur Sa Majesté de… »

Divisions en baillages de la France sa dernière année en 1789
Saint-Saëns faisait partie des condoléances du bailli de Neufchâtel-en-Bray (Pasquier, 1908)
Révolution Française de 1789 et 1792
10 juin 1790 : la Garde Nationale
Le 10 juin 1790 la milice citoyenne révolutionnaire, la dite « garde nationale », a été mise en place au niveau local. Le serment, en la présence des élus municipaux et de l’abbé Paré, s’est fait à l’église. Cette milice est élue démocratiquement et est soit-disant là pour « servir l’État » et faire « régner l’ordre et respecter ses Lois », croit André Lejeune (p.407). André Lejeune a des mots durs envers les personnes composant cette garde nationale qu’il caractérise de « flaneurs » et de « demi-soldats » « indisciplinés » aux uniformes « ridicules », car non-fournis par l’État. En gros, il juge qu’ils étaient inutiles. Bah, oui. Ça me semblait évident. Il croyait quoi ? Que des citoyens en milice allaient opprimer ses propres camarades concitoyens voire voisins ? Lorsqu’une population est solidaire, jouer à la police ne sert à rien. Parmi les hauts gradés, il liste :
- Levaillant des Marets : colonel
- Baratte : lieutenant colonel
- Varnesson : major
- Claude Concédieu : capitaine de la première compagnie
- Hiart lieutenant et Regnier sous-lieutenant
- Louis Concédieu : capitaine de la deuxième compagnie
- de Saintigny lieutenant et François Lecomte sous-lieutenant
- Dumesnil le jeune : capitaine de la troisième compagnie
- Orléac fils, lieutenant et Adam sous-lieutenant
Charles Russel (1790) notable géomètre arpenteur et Nicolas Jean-Baptiste Planchon (novembre 1791 – décembre 1792) cultivateur et marchand de coton ont été les syndics de ce début d’époque révolutionnaire.
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Avant cela le bourg n’était qu’une paroisse rurale donc. Administrativement en tout cas. Et pourtant les habitants formaient déjà au moyen-âge une communauté forte au point qu’on retrouve dans les écrits du moyen-âge (1346) l’expression « Commun de S-Saen » pour décrire le bourg, comme le retranscrit André Lejeune. Et avec la révolution française, Saint-Saëns n’est donc définitivement plus Paroisse mais Commune ! Où les gens faisaient communauté, à décider ensemble. Sans réelle hiérarchie de pouvoir, et davantage d’égalité de jour en jour.
17 septembre 1793 : la Société Populaire de Saint-Saëns
Mais l’oppression ne se fit pas attendre. Après 2 ans de commune où les habitants se représentaient eux-mêmes, la chute officielle de la monarchie du 21 septembre 1792 marqua un tournant. La République est proclamée. Et très vite des organisations – comme le Comité de Surveillance – sont créées pour maintenir en vie cette République, à n’importe quel prix : ce sont les prémisses de la période de la Terreur.
La Société Populaire de Saint-Saëns a été créée à l’initiative des membres du Comité de Surveillance, lui-même créé quelques mois plus tôt, dont : Eliot*, François Lecomte*, François Lecoffre* et François Hubert. Ces deux organisations avaient pour but de lutter contre les « ennemis » de la République, royalistes comme fédéralistes. Le Comité de Surveillance avait même quasiment tous les pouvoirs pour parvenir à leur fin. C’est à se demander si la Société Populaire créée avait été imposée. Elle est composée de : François Buzot, Eliot*, Ruquier, François Dumesnil, Jacques Levacher, François Dupré père, Bertrand Sorel, Hébert le jeune, Mazire l’aîné, François Lecoffre*, François Lecomte* tanneur et Dumont le jeune.
Plusieurs choses est à noter sur sa composition. D’abord les membres du Comité de Surveillance (*) y figurent. Ensuite qu’elle peut faire doublon avec la municipalité ! (Et même dans certaines villes, municipalité et Société Populaire seront en rivalité…) Ici, on retrouve des noms qui seront maire à l’avenir : François Lecoffre, Charles-François Dumesnil. Peut-être pour ça qu’on ne retrouve pas François « Goville » Hubert parmi la Société Populaire : parce qu’il était maire (1792-1794) ! Peut-être parce qu’il voulait garder un certain pouvoir, car dans certaines villes il était possible que le maire ne soit qu’un membre parmi d’autres de la Société Populaire, sur un pied d’égalité.
Enfin, la Société Populaire est composée uniquement d’hommes. Pourtant les femmes sont partie prenante de l’actualité politique, assistent et participent aux assemblées décadaires publiques de la Société Populaire ! André Lejeune cite Marie Véronique Lecoffre (06.12.1772-11.03.1859), fille de François Lecoffre et Marie Catherine Dubelloy (p.391). Elle semblait très assidue, souvent présente, toujours au premier rang. (Elle habitait une maison rue des tanneurs à la fin de sa vie, témoigne Henri Buzot.) Certains habitants garderont en tête d’elle incarnant la déesse de la Raison durant une cérémonie.
La Terreur (1793-1794) : les zélés nationalistes
Société Populaire : Populaire ?
Bien que le tableau qu’on en tire de la Société Populaire saint-saënnaise soit plutôt sombre, une autre de ses missions était de venir en aide aux plus démunis, les pauvres, les « nécessiteux ». Bien qu’on ait peu de trace des actes en faveur de cette mission, André Lejeune (p.399) note tout de même quelques fermiers qui vendaient « au-dessous des cours normaux le blé acheté par les pauvres gens », dont Jacques Hartout fermier de Mesnil-Bénard et également membre de la Société Populaire.
On ne sait pourquoi et quand la Société Populaire a été dissoute. Le dernier procès verbale est daté du 27 octobre 1796 (7 brumaire an IV). Parmi d’autres membres de la Société Populaire, non-cités jusqu’alors on peut donner : Félix-Frigot (faiseurs de discours « analogues au régime », écrit André Lejeune (1930)) ou encore Dunorey? maître-verrier au Lihut qui donna des fenêtres pour la construction d’un bâtiment accueillant les assemblées générales. Un certain Dupré (le même ?), briquetier au Catelier, y participa aussi pour les tuiles et briques de l’appareil à chauffage.
Les conséquences de la Révolution Française seront multiples. Les privilèges du clergé et de la noblesse dissouts. La richesse du clergé redistribuée : l’argenterie de l’église saint-saënnaise fut envoyée le 20 février 1794 à la Convention (Nationale ? ce serait l’actuelle assemblée nationale législative de l’époque). Les bâtiments expressément religieux seront fermés pour devenir public. L’église deviendra un lieu de rassemblement public, d’assemblée générale, mais aussi un magasin et lieu de distribution de graines et nourriture, ou encore pendant quelques mois une fabrique de salpêtre (dirigée par Poupinel).
Enfin les contre-révolutionnaires seront traqués pour imposer le nouvel ordre social révolutionné. Pour cette mission, plusieurs organismes locaux seront créés dont : la garde nationale, le comité de surveillance et la société populaire. On notera que leurs ennemis traqués ne sont pas uniquement les contre-révolutionnaires royalistes (cherchant à rétablir l’Ancien Régime), mais aussi les fédéralistes qui voulaient une France décentralisée au moins au niveau départementale : un peu comme la Suisse actuelle.
1823 : la mairie
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