
Lieu-dit pas si vieux que ça, de 4 ou 5 siècles maximum (et anecdotique pour certaines cartes), Les Anglais équivaut à la zone au-dessus du cimetière, à l’est du cimetière. La surface correspond à peu près aux 2-3 parcelles délimitées par les chemins. On pourrait même historiquement supposer les terrains de la commune, confondus avec le bois de l’Hospice de l’autre côté de la route des Bois (point (2) sur la map qui suit), comme faisant partie du lieu-dit des Anglais. Le chemin aux Anglais quant à lui équivaut à la route menant au cimetière, à l’ouest du cimetière. Mais sa dénomination telle qu’on la connaît ne l’est que depuis récemment.

Lieu-dit
Toponymie
Les Anglais fait souvent référence à « la ferme aux Anglais » ou encore le « Clos-aux-Anglais », d’autres noms donnés au lieu-dit. Mais originellement, ça s’écrit « Les Englées » (comme l’écrit lui-même André Lejeune). Le lieu-dit aujourd’hui appelé Les Anglais n’aurait a priori rien à voir avec les habitants de l’autre côté de la manche.
Selon ce qu’en dit Claude Fournier (Tome 2, p.46) le nom du lieu-dit aurait pris le nom du chemin donné par les habitants au XVIème siècle : le chemin aux Engelées. Sous-entendu qu’il y aurait eu des victimes du froid par engelure sur ce chemin-là. Cette explication me plaît mais, problème : Claude Fournier ne cite aucune source…
Engelées → Englées → Anglais

Géographie et Topographie
Dominant sur une partie de Saint-Saëns, le terrain est loin d’être plat, dont d’énormes trous faisant face aux Hogues (photo ci-dessus ; point (3) sur la map). Pourquoi ? Il y a de fortes chances que ces trous soient à la base d’anciennes excavations minières lors de l’extraction du poudingue. Les Hogues étant un nom de lieu-dit faisant typiquement référence à cela. Peut-être qu’on a encore davantage creuser pour y mettre un bâtiment.
C’est anecdotique mais sur la parcelle résidentielle du 6 Route des Bois, des cadastres marquaient une mare. Aujourd’hui elle n’existe plus ? À part ça, Les Anglais a toujours été une zone de prairies au milieu de deux carrefours : point (4) et (5) sur la map. L’un plus campagnard pour partir vers l’est (4), l’autre plus citadin et historiquement extrêmement fréquenté (point 5).
Ce carrefour (point 5) liait au moins 5 chemins : un descendant directement sur la partie humide du bourg (chemin des Hogues), un autre pour la contourner et descendre dans le bourg plus loin (ancien chemin aux Dames puis actuelle Route des Bois), un descendant sur l’abbaye (chemin aux Anglais), un autre faisant la vallée (chemin Chasse-Marée) et un dernier pour partir sur le plateau est (vers le point 4). À ce carrefour, une ferme avait depuis très longtemps existé côté Les Hogues (la « Ferme de Louvre » comme l’appelait les abbesses saint-saënnaises).

Urbanisme actuel
Aujourd’hui le bâtiment principal du lieu-dit Les Anglais est un bâtiment composé de briques et de silex, qu’on peut voir de loin. Plutôt atypique pour Saint-Saëns : la façade couverte de silex jusqu’en haut et avec une sorte de tourelle en son centre (cf. en photo ci-dessus). Il est d’ailleurs dit d’intérêt historique sur le Plan Local d’Urbanisme.
Construit a priori en 1846 je ne retrouve (pour l’instant) pas plus d’infos sur son origine, mais ce qui est sûr c’est qu’il n’y avait aucun bâtiment construit sur ces parcelles auparavant (cf. cadastre napoléonien ci-dessous). En plus de ce bâtiment, 3 autres en brique existent le long de la Route des Bois. Sur le terrain, quelques pommiers sont encore là, résidus d’anciens vergers typiques de la région. Rapido, en quelques dates :
- ~ 1808 : aucun bâtiment sur le cadastre napoléonien
- ~ 1820-30 : aucun bâtiment sur la carte d’état-major
- 1846 : construction du bâtiment principal en brique (10 Route des bois)
- 1876, 1881, 1891 « Clos-aux-Anglais » : famille Perrier (cultivateur)
- 1901 : famille Thorel (ouvrier maréchal) – ET – famille Donronte – Leroy (journalier)
- 1906 : famille Laurence (cultivateur)
- 1926 : famille nombreuse des Cornillot (cultivateur (1921) puis charrieur chez Hartout)
- 1936 : famille Mouquet (cultivateur)
- 1946 : famille Marollé (cultivateur)
- 1968 : construction du bâtiment résidentiel en haut du collège (6 Route des bois)
- 1972-1976 : toponymie locale fixée et construction du collège

Cadastre napoléonien (~1808)
Micmac de chemins
1975 : Route des Bois Vs Chemin aux Anglais
À la base le chemin menant à la ferme « aux Anglais », pourtant actuellement appelé Route des Bois, était celui qui s’appelait chemin aux Englées. Aujourd’hui, c’est le chemin plus bas menant au cimetière qui porte ce nom (chemin aux Anglais). Il y a eu comme un déplacement de la toponymie, d’un chemin à l’autre. C’est autour de l’année 1975 où toutes ces dénominations (Routes des Bois et Chemin aux Anglais) telles qu’on les connaît ont été définitivement fixées. Entre 1972 et 1976 c’est à cette période que tout cet endroit s’est transformé avec la construction du collège Guillaume le Conquérant.
L’actuel chemin aux Anglais (cadastre napoléonien : flèche A), aussi appelé sente aux Anglais, est récent. Comme on peut le deviner sur la cadastre napoléonien ci-dessus, le chemin dessiné est très fin, supposant qu’il n’était pas du tout un axe majeur, voire juste un vulgaire raccourci. Aujourd’hui il signifie ce chemin à l’ouest du cimetière mais aussi la rue descendant jusqu’à la départementale. Cette dernière partie est bien plus ancienne et menait à l’abbaye royale.

L’actuelle route des Bois (cadastre napoléonien : flèche B) a un petit historique derrière elle. D’abord, originellement donc, c’est elle qui s’appelait chemin aux Englées. Mais elle a aussi une certaine histoire durant la seconde guerre mondiale. C’est par là que les résistants passaient à pieds, la nuit, pour atteindre les plaines avant Maucomble : là où atterrissait clandestinement des petits avions pour rejoindre l’Angleterre. Pierre Brossolette était l’un de ceux-là. D’où la stèle en sa mémoire tout en bas de la rue (photo ci-dessus). Mais à l’origine, lors de sa commémoration le 8 mais 1975, elle avait été disposée à l’angle après le collège (point 1 sur la carte en début de page) :
Le Chemin aux Dames
Dernière chose, si vous observez bien le vieux cadastre des années 1800, il y a un chemin en plus : celui qui longe l’actuel emplacement du cimetière à son est (cadastre napoléonien : flèche C ; ou chemin orienté nord-sud en rouge sur la carte un peu plus loin ci-dessous). Aujourd’hui il n’existe plus, mais ce chemin était un des deux principaux pour quitter l’Abbaye notamment.
Le nom que portait ce chemin était d’ailleurs : le chemin aux Dames. Très certainement en lien avec le Chemin des Dames Blanches qu’empruntaient les religieuses de l’abbaye de Saint-Saëns. Ce chemin est maintenant confondu aux terrains du Clos-aux-Anglais. Il a été supprimé en 1861 parce qu’à l’agrandissement du cimetière (une fois celui-ci déplacé à cet endroit), le chemin trop emprunté menaçait le cimetière d’être amoché, malgré un mur installé (encore présent aujourd’hui).

Sur cette photo ci-dessus, on peut facilement deviner où passait le chemin majeur (chemin aux Dames)
entre le relief à droite bien mis avant avec le soleil rasant, et le mur du cimetière au fond à gauche.

Tout a bougé avec le temps ?
Enfin, pour achever ce micmac de chemins, de nombreux autour du lieu-dit des Anglais ne semblaient pas passer exactement au même endroit à l’origine. (Ou en tout cas il y a 2 siècles.) Voyez plutôt l’image ci-dessus, où je retrace les chemins du cadastre des années 1800 sur les images satellites plus actuels 2 siècles plus tard… C’est tellement à ne plus rien n’y comprendre dans ma tête, que j’ai envie de croire que je me trompe.
Plusieurs possibilités : les chemins ont bien changé au cours du temps (c’est commun, et il y a quand même des indices géographiques qui pourraient le supposer : cf. Les Hogues !) ; ou les chemins ont été mal dessinés sur les cartes napoléoniennes (j’en doute personnellement, mais ça reste une possibilité à garder en tête) ; ou c’est une erreur de ma part en m’y prenant mal. Sur les plus tardives cartes d’état-major (entre 1818 et 1833 par chez nous), les chemins correspondent déjà davantage à la forme des chemins actuels…
Dans tous les cas, il y a eu un remaniement des parcelles dans le coin au début du XIXème siècle. Je SUPPOSE que ça ait un lien avec l’aplanissement du terrain pour combler les trous d’excavations minières là depuis trop longtemps (et il en reste encore aujourd’hui : cf. point (1) sur la map de début de page).
