Leverdier

Les Leverdier, ou Le Verdier mais plus couramment écrit en un seul mot sur Saint-Saëns, est une famille de hauts bourgeois (Nathalie Duval, 1992) industriels aux fonctions et possessions héritées de génération en génération. Également politiciens, conseiller ou maire de commune dans la région, ils côtoyaient la haute sphère bourgeoise rouennaise. Ils sont d’ailleurs un des grands acteurs du patronat du textile sur toute la région. D’origine rouennaise donc, ils sont arrivés sur Saint-Saëns vers 1860 en rachetant le château du Vaudichon. Le château était un peu comme leur maison secondaire au calme à la campagne.

Deux sources principales sur la famille Leverdier :
Pierre Le Verdier, 1926 – Histoire de la famille Le Verdier : une famille rurale
Pierre Sement, 1964 – Un industriel rouennais Georges Leverdier

Premiers Leverdier retrouvés

Il y a toujours eu un peu de Leverdier sur Saint-Saëns. Au XVIIème un certain Jean Leverdier maître-tanneur se comptait parmi la bourgeoise locale. Mais peu de traces pour l’instant de retrouver. Le premier Leverdier pour lequel je retrouve beaucoup de traces écrites, lié à Saint-Saëns, est un Leverdier issu du clergé. Celui des signatures dans les registres du XVIIIème siècle de l’église paroissiale (par exemple ici 1760-1765) et de l’abbaye royale (diacre Leverdier 1759-1766).

Hauts bourgeois du Vaudichon

Édouard Leverdier (1816-1889)

Vers 1860, en 1858 si l’on croit l’énumération des constructions sur la Varenne, le haut bourgeois, politicien, administrateur de banque et chevalier de la Légion d’Honneur rouennais Édouard Leverdier rachète le château du Vaudichon. Avec son frère à la tête de Leverdier frères et Cie, il négociait pour les grandes industries textiles. Surtout des filatures de Rouen et d’Oissel a priori. A-t-il aussi joué un rôle pour la filature saint-saënnaise sur Roville de Jacques-Modeste Duforestel ? C’était à quelques centaines de mètres du château finalement !

L’allure actuelle du château du Vaudichon et ses environs est due à Édouard Leverdier. En 1867, il fit détruire l’ancien château pour le reconstruire de zéro. De nombreux bâtiments et fermes furent reconstruites ou rénovées. En juillet 1886, 1887, il reçut le 1er prix de « constructions rurales et améliorations » pour « la ferme du Vaudichon ». Il décède au Vaudichon « succombant à une congestion cérébrale le 31 juillet 1889 » (Pierre Le Verdier, 1926 : Histoire de la famille Le Verdier : une famille rurale, p.173-174). Sa fille Claire se mariera à un certain… Gaston Le Breton ! Le directeur de musée qui se voulait archéologue et dont on doit notamment des fouilles sur le Teurtre :

Patronat du textile

Bien que ce soit une famille de « négociateurs » travaillant dans « le négoce » du coton, « en réalité, il ne s’agissait pas de négoce comme on l’entend aujourd’hui où l’on achète pour revendre. Le vrai terme de la profession était d’ailleurs « commissionnaire en cotons filés », fonction qui consistait à vendre exclusivement la production d’un certain nom de filateurs de coton de la région rouennaise à des tisseurs et à des bonnetiers répartis dans toute la France » (Pierre Sement, 1964 – Un industriel rouennais Georges Leverdier).

Très rapidement ils sont patrons directs de la filature d’Oissel. On raconte qu’il cherchait à loger « ses travailleurs », comme s’il les possédaient et dont Pierre Sement semble montrer comme exemple de bonté. C’est confirmé sur le site gouvernementale de la Plateforme ouverte du patrimoine : « en 1885, l’établissement est repris par la société anonyme de la Filature d’Oissel dirigée par Georges Leverdier et dotée d’un capital de 1 600 000 F, puis en 1898 par la société Le Verdier. L’usine connait à cette période une importante phase de modernisation. » C’est la filature Gustave Le Verdier. Puis arrive la crise financière des années 30. En 1935, l’industrie Leverdier ferme et aurait été revendue à Robert De Ménibus.

Georges Leverdier (1858-1937)

C’est Georges Leverdier, fils d’Édouard Leverdier et de Clara Ferry (fille d’un maire de Rouen Ferry), qui héritera du château du Vaudichon et de ses fonctions : commissionnaire de filatures jusqu’à sa propre Légion d’Honneur (15 septembre 1906). Il fut un acteur majeur du port de Rouen, notamment pendant la guerre. Il est noté membre de la chambre de commerce depuis 1898, en deviendra président, et est le président fondateur du Syndicat Normand de la filature de coton : le syndicat des patrons des filatures. Il connaissait donc assurément le patron de la filature de Saint-Saëns Duforestel. Le syndicat patronal semblait faire fureur à faire corps ensemble pour exploiter et tenter de condamner les travailleurs pour vol (par exemple en 1868). Il fut également maire de la commune de Rosay (quand ?).

Georges Leverdier était aussi – comme Gaston Le Breton, le monde des riches haut bourgeois est vraiment petit – sociétaire de la Société de l’histoire de la Normandie (1893). Noté en adresse principale au 8 boulevard Cauchoise à Rouen, il ne venait au château que pour se détendre telle une maison secondaire (pan de sa biographie sur une Notice nécrologique de la Société libre d’émulation de la Seine-Maritime). Leverdier, à ne pas confondre avec Pierre Le Verdier, l’historien président du conseil d’administration qui était dans les mêmes sphères à la même époque. Pierre Le Verdier est notamment à l’origine d’un article pour débunker la croyance populaire que madame de Maintenon soit venue sur Saint-Saëns (1928).

Carte postale, du début du XXème, du château du Vaudichon partagée par Jacky Marie sur geneanet.org


Il utilisait le château comme lieu de réunion, de tourisme et de grandes cérémonies. Notamment les « Déplacements et villégiatures » de 1893 à 1930-1931 au moins. En octobre 1911 par exemple, la château accueillit la cérémonie après le mariage de « M. Jean Carré, secrétaire du directeur général de la Banque impériale ottomane, à Constantinople, fils de M. Narcisse Carré, notaire honoraire à Rouen, ancien conseiller municipal de cette ville, avec Mlle Anne Leverdier, fille de M. Georges Leverdier, vice-président de la Chambre de commerce de Rouen. » Jean Carré est donc son gendre, lui-même dans le haut commerce rouennais du coton.

  • 17 décembre 1862 : Léon Leheurteur 29 ans, reconnu coupable de vol de coton et mobiliers, filateur à Croisy
  • 1890 : un lot de 1 600 francs acheté de forêt d’Eawy pour la chasse
  • juin 1926 : prix de 300 francs (vache laitière) offert par M. Leverdier et médaille de bronze par le ministre à M. Bénet à Grigneuseville
  • Donnés par Dominique Leverdier, petit-fils de Georges, les livres de comptes personnels de la famille Leverdier, du garde chasse et du jardinier de 1887 aux années 1930 sont a priori consultables aux archives départementales (p.92 J 704/1-17).
  • 1940 : pour l’anecdote, le Georges Leverdier était aussi le nom donné à un bateau (compagnonshavrais) qui a été utilisé en 1940 pour envoyer 150 élèves de l’école d’hydrographie rejoindre les Forces Navales Françaises Libres en Angleterre. Un nom certainement donné (en 1930) en hommage à Georges Leverdier qui fit beaucoup pour la réussite commerciale des ports normands (La Presse d’Armor, 2025).

Édouard Leverdier (1891-1965)

Georges décède le 23 juillet 1937 au château, quelques années après son fils Guillaume diplomate (1894-1934) « mutilé par une glorieuse blessure de guerre, [et qui mourut accidentellement] à Rio de Janeiro » (Pierre Semeon, 1964). C’est son second fils Édouard André Leverdier qui héritera des propriétés et de ses fonctions. Édouard, Guillaume, Marthe et Anne n’auront pas connu très longtemps leur mère Marie Thérèse Lainé-Condé (également fille de famille bourgeoise sur Oissel ou Rouen) morte jeune peu après leur naissance à l’âge de 29 ans (1866-1895). Comme son frère, il fut mobilisé pour la Grande Guerre.

  • Sur le recensement de 1946, Édouard Leverdier est noté exploitant agricole et forestier, habitant avec sa compagne Françoise Leverdier née Faucon (en 1899), leurs enfants Dominique (né en 1923) et Isaure (née 1949), ainsi que Céline Courselle domestique apprentie lingère de 17 ans.

Madame Édouard Leverdier

Durant l’occupation allemande en seconde guerre mondiale, madame Leverdier était la coordinatrice local principal de la Croix Rouge pour envoyer des colis aux prisonniers français (Comité des prisonniers). Plusieurs festivités pour récolter des fonds ont été réalisés, comme le dimanche 31 octobre 1943 avec deux représentations d’opérettes. Claude Fournier raconte que 6126 colis ont été envoyés de Saint-Saëns. Soit environ 2 000 par an de chocolats, biscuits et autres denrées dont tabac et cigarettes et chaussettes. Les prisonniers étant souvent sans savon ni vêtement de rechange, quitte à travailler dans une ferme pieds nus même s’il neige. La situation de prisonnier dans une ferme étant pourtant l’endroit réputé comme la moins pire, comparée aux usines ou autres demandes municipales et commerciales.

  • 1970 : madame Édouard Leverdier est citée membre adhérente de la Société des études staëliennes

Domaine du Vaudichon

Le domaine du Vaudichon aujourd’hui est lieu de loisirs, golf, restauration, gîte et hôtellerie. Les héritiers et héritières Leverdier sont toujours propriétaires et/ou entrepreneurs associés aux activités qui s’y déroulent.

  • Éric Leverdier (né le 29 mai 1929) qui a fait une école d’architecture. Sujet du diplôme (1957) : Une Muette dans la forêt d’Eawy en Seine Maritime. Aucune idée à quoi ça fait référence. Le sujet était « café-restaurant ». Je trouvais sympa de le citer ici, pour un sujet aussi ancré dans le coin
  • Catherine Leverdier
  • Dominique Leverdier
  • Sanislas Leverdier
  • etc.

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