Linerie


La Linerie, pas exactement un lieu-dit en tant que tel, équivaut à l’actuel lotissement résidentiel coincé entre deux cours d’eau et coincé entre les jardins familiaux et le supermarché avenue Emmanuel Brion. De fait, l’histoire de l’avenue en est indissociable et sera aussi sa page. La Résidence la Linerie, composée de 8 maisons sur environ 5 800 m², fut construite maison par maison à la toute fin des années 1990 et début des années 2000, sur les lieux d’une ancienne industrie qui était alors une « linerie » avant sa destruction.

AVENUE EMMANUEL BRION

Impasse du gué

Géographiquement, le lieu est coincé entre deux cours d’eau : la Varenne à l’ouest et le ruisseau de l’abbaye à l’est. Le lopin de terre de l’actuelle Résidence la Linerie forme alors une pointe en amont de la confluence des deux cours d’eau, et on ne peut pas y accéder n’importe comment. Depuis l’avenue Emmanuel Brion, il faut retraverser le ruisseau. Aujourd’hui un pont. Avant, ni avenue, ni pont n’existait. Seuls les passages à gué au niveau de glacis existaient. On retrouve alors parfois ce lieu anciennement appelé « impasse du gué ».

Confluence du ruisseau de l’abbaye à gauche se jetant dans la Varenne à droite

Le petit boulevard de la gare

En 1902, l’actuelle avenue Emmanuel Brion est percée joignant d’anciens bâtiments isolés. Cette voie a premièrement été appelée « petit boulevard de la gare » (Fournier, Tome 1, p.16). Outre le fait qu’elle relie des bâtiments isolés et dessert l’industrie, elle permet surtout de rejoindre plus facilement la gare construite autour de 1900, sans passer par le centre-ville quand on descend du plateau du Quesnay. La naissance de cette rue est donc intimement liée à la gare. Elle prendra le nom d’avenue Emmanuel Brion à la mort de ce dernier en 1920. Le pont et le glacis créant l’autre bras de Varenne (la « fausse Varenne ») ont été souvent pris en photo :

Vue depuis la « fausse Varenne » en bas du glacis.
On remarquera combien les arbres sont jeunes et fraîchement plantés là.

Vue de la Varenne de l’autre côté du glacis.
Sur celle-ci, on notera la discrète cheminée industrielle à droite derrière le pont.

À l’endroit de ce pont, la Varenne ne fait qu’une, et est entouré de 4 bras de cours d’eau. En amont : le ruisseau de l’abbaye et la Varenne. En aval : la Varenne qui continue et la « fausse Varenne » qui est dévié par ce fameux glacis. J’imagine alors qu’il a fallu quelque peut dévier certains cours d’eau pour faire passer cette route pile à l’endroit à n’en faire qu’un et unique pont.

DE LA TANNERIE À LA LINERIE

Chronologie

  • Chemin Impasse du gué
  • 1902 : percée du petit boulevard de la gare
  • 1920 : le petit boulevard de la gare renommé avenue Emmanuel Brion
  • ~ 1922 : construction de la tannerie par Robert Guérin
  • ?? – 1938 : savonnerie
  • 1941 – ?? : linerie de M. Quennelle
    • 9 mai 1941 : incendie de la linerie
    • 4 septembre 1942 : incendie de la linerie
  • années ~ 1980 ? : supermarché
    • Champion
    • Intermarché
    • Carrefour Market
  • à partir de 1998/1999 : Résidence La Linerie
C’est moi où la longue cheminée est longtemps restée en place ?

Guérin frères

Au début du XXème (en 1922, selon Claude Fournier) Robert Guérin fait construire une industrie à cet endroit. Toute une tannerie ! C’est l’entreprise des Guérin frères (Auguste Guérin et Robert Guérin). Avant ça, cette pointe de terre en amont de la confluence du ruisseau et de la Varenne, semble être un terrain vague. Un terrain toutefois déjà délimité de manière rectiligne selon les cadastres napoléoniens.

vue de la façade nord
Photo partagée par Daniel Corroy pour le Tome 5 de Saint-Saëns de Claude Fournier. Dans le sol, devant le bâtiment, « les trous devant permettaient de faire vieillir les peaux. » L’activité étant encore présente, est-ce une photo datant de l’entre-deux-guerres ?

vue des façades sud
Ce dernier bâtiment faisant face aux jardins est longtemps resté là avant d’être démoli durant les années 1990. Par les bâtiments, présents ou non, j’évaluerais cette photo datant du début des années 1970 ?

Savonnerie et Linerie

Petit Provençal (10.1938)

Le pari de Robert Guérin fut toutefois un échec. L’industrie ferme. Beaucoup de riches patrons maître-tanneurs ont fuit bien avant lui, avec leurs profits. On ne peut que saluer la persévérance, j’imagine… Par la suite, les bâtiments des Guérin devinrent une savonnerie. Difficile de savoir à partir de quand. L’extrait du Petit Provençal ci-contre, un journal loin de chez nous, suppose que la savonnerie n’a pas duré longtemps : du matériel de savonnerie « qui n’a jamais servi », précise-t-on, est en vente. Et en effet, les bâtiments semblent vides en 1939-1940 : les britanniques y séjournent lors du début de la seconde guerre mondiale.

Dès 1941 et peut-être même avant, les bâtiments deviennent une linerie. Une usine de de taillage détenue par un certaine monsieur Quennelle. Est-ce un certain Achille Louis Quennelle marié en 1939 et décédé en 1952 ? Sûrement.

Cette linerie a principalement fonctionné sous occupation allemande. Et je trouve peu d’informations dessus, à part ses incendies. L’un le 9 mai 1941 où la matière première (« 3 2000 bottes de filasse, 30 à 35 tonnes d’étoupe brute, de lin, 30 quintaux de grain de lin, 6 tonnes de tourteaux »), un camion « Latti » (voulaient-ils dire Latil ?) et deux bâtiments entiers sont détruits. Il était de peu qu’il se propage à la maison voisine : celle de monsieur Debonne. Un autre incendie s’est déclaré le 4 septembre 1942. Il en existe même une photo prise de loin par un certain Léon Pontieu (cf. Époque des guerres mondiales) :


Un bâtiment vertical en béton au bord de ruisseau est toujours là (qu’on retrouve aussi sur la photo noir et blanc « vues façades sud »). Après échange sur les réseaux sociaux, ça semblerait être un ancien transformateur électrique. Sûrement de l’époque de la construction du bâtiment industriel à la place de l’actuel supermarché.

ZONE RÉSIDENTIELLE
ET COMMERCIALE

Résidence La Linerie

La suite on la connaît. La linerie est démolie pour ensuite installer un quartier résidentiel qui gardera le nom de la dernière industrie : la Résidence la Linerie. La première construction aurait été réalisée en 1998.

De murs en béton et toiture en tuiles grises, les maisons sont construites en 1998 (n°137), 1999 (n°106, 136, 142) et 2001 (n°138). Les deux dernières en 2004 (n°103) et 2006 (n°135).

Zone commerciale

Ainsi qu’un supermarché le long de l’avenue Emmanuel Brion. Le supermarché en question, doté d’une station à essence, a été un champion, un intermarché, et est actuellement un carrefour market : page Facebook. La parcelle semble être propriété de Foncière Alter Ego (à confirmer ou infirmer). Le commerce est dirigé par Pascal Perez sous sa société Kaiser (SARL) depuis 2010, exploitant une quinzaine de personnes max, se faisant une marge de l’ordre du million d’euros.

Photo de mars 2025

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