Brion

Patronyme

Origines et étymologie

Nom très courant en France, davantage de la moitié nord, et en Belgique, le nom Brion autrefois écrit Bryon (je l’ai retrouvé une fois sous Brillon) ne semble pas être originaire d’une seule localité mais plusieurs. L’une d’entre-elles semblant être du côté des Ardennes (geneanet.org). C’est tellement commun que même plusieurs villes et lieux-dits s’appellent Brion.

Étymologiquement, d’où est-ce que ça vient ? Difficile à dire. Un Brion d’ici peut avoir une origine différente d’un Brion d’ailleurs. Le village de Brion dans l’Ain proviendrait du mot celtique brivon qui veut dire pont. L’article de wikipedia sur le Petit Brion et le Grand Brion du Vercors évoque le patois local : brion voulant dire nombril. Ou encore un dérivé d’une appellation de cités celtiques appelées briga. Briga c’est d’ailleurs le nom donné à l’antique ville gallo-romaine proche de Eu.

2 familles Brion

Il n’a pas été si simple de remonter morceau par morceau l’arbre familial de notre Emmanuel local. J’ai cru qu’elle était en lien avec une famille Brion chapeliers de Saint-Victor-l’Abbaye dont certains se sont mariés et installés sur Saint-Saëns. Mais pas du tout, en fait. Après plusieurs jours de petites recherches, je peux assurer que Saint-Saëns a connu au moins 2 familles Brion différentes. Ci-dessous, un aperçu de l’arbre généalogique de la famille Brion de chapeliers, plutôt de classe ouvrière en général, voire de petits marchands.

Les cases plus foncées représentent celles et ceux nés et/ou ayant vécu sur Saint-Saëns, à peu près.

Emmanuel Brion (1859-1920)

Famille Brion

Notre Emmanuel Brion local n’est pas originaire d’une famille ouvrière en tant que telle, contrairement à l’autre famille Brion précédemment citée. Bien que plusieurs membres de sa famille soient notés comme « cultivateurs », les cultivateurs désignent les exploitants agricoles propriétaires de fermes et pas que des ouvriers « laboureurs ». La famille proche de lui, globalement, est davantage aisée et citadine (et mobile !) parfois vivant et se mariant à Rouen. Il n’y a qu’à considérer les fonctions de leur entourage : architecte, patron exploitant, ingénieur, maire… Des statuts sociaux plus hauts classés socialement, plus qu’un « simple » journalier ou ouvrier chapelier. Si on remonte l’arbre généalogique, cette famille Brion viendrait du côté de Caen :

Généalogie Brion – Hartout. De ce que je retrouve, la famille de Jacques Hartout et Élise Mauger (parents de Paul Hartout) semble la plus proche de la famille d’Emmanuel Brion : ses parents Pierre Ambroise Brion et Héloïse Florentine Hartout.

Les archives de Saint-Martin-de-Sollen, là où son grand-père côté Brion est né (si j’ai tout bien fait), regorge énormément de Brion. On ne peut pas passer 3-4 pages des archives des actes de naissances, mariages et décès sans voir un Brion. En plus, l’officier public était aussi un Brion. Un certain Jean. Même prénom que son arrière-grand-père : serait-ce lui ? Aucune idée. Dans ce même village il y avait plusieurs Jean Brion. Si c’est le cas ça voudrait dire que les Brion sont dans la politique de génération en génération, on retrouve le noms des autres sur les listes électorales.

Jean Ambroise Emmanuel Brion

Né le 14 août 1859 à Bellencombre, il aurait grandi au Camp Cusson (info à recroiser pour confirmer) d’une famille vivant de l’exploitation agricole puis du commerce du bois. Commerce du bois qu’il reprendra pour en faire toute une industrie dès 1891. La même année, il se marie avec la rouennaise Marie Henriette Madeleine Barré à Rouen le 8 décembre 1891. La famille a toujours eu un lien citadin, a priori, et plutôt mobile dans le département au moins pour leur business.

  • 14 août 1859 : naissance d’Emmanuel Brion à Bellencombre
  • 8 décembre 1891 : mariage de Marie Barré et Emmanuel Brion à Rouen
  • 7 décembre 1893 : naissance d’André Brion, son fils, à Saint-Saëns
  • 19 janvier 1897 : naissance d’Odette Brion, sa fille, à Rouen
  • 5 février 1915 : décès d’André Brion
  • 30 mars 1920 : décès d’Emmanuel Brion
  • mai 1922 : fiançailles de Odette Brion et Étienne Sébert
  • 9 septembre 1922 : mariage de Odette Brion et Étienne Sébert à Saint-Saëns

Scierie de la Maison Brion (1891-1960’s)

Outre s’être marié, en 1891 Emmanuel Brion installe donc une scierie dans les bâtiments de l’ancienne abbaye qui était jadis une filature. Cette année-là, Emmanuel Brion est recensé rue Mont-Miré en tant que Maître-Bois habitant avec Florentine Hartout (sa mère de 52 ans), « Célestine » Brion (27 ans qui est en fait Céline sa sœur), et Angélique Sirrois (domestique de 15 ans). Par la suite, la famille Brion habitera La Roulière (la dernière maison ? recensement de 1901 et 1906) et Céline Brion rue d’Yvetot.

Signature d’Emmanuel Brion

Maison Brion rassemble plusieurs scieries dont celle à l’Abbaye, 2 autres du côté de Rosay et de la Fonte ou plus loin comme Guerbaville-la-Mailleraye (incendie en 1910). À ne pas confondre avec la maison Brion de déménageurs bretons ou ancienne maison Brion parisienne dénommée ensuite Tissus Dognin.

Le groupe industriel Brion était le premier poids économique du bois de la région, employant une centaine de personnes en plus des scieurs à bois et bûcherons allant sur-place chercher la matière première. Avec autant de monde et de productivité, les accidents semblent courants. Par exemple sont découpés, en 1912, le bras de François Delarue ou les doigts d’un autre en 1909. En 1910, l’abdomen de Raymond Letellier. Il en est mort le lendemain. Quant à Emmanuel Brion, il s’occupait pas mal de la négoce et du marchandage pour acheter les lots de matière première :

  • octobre 1909 : 6 150 francs de vois sur Blangy
  • 17.10.1910 : 21 000 francs de bois achetés sur Blangy.
  • 11.10.1913 : 116 775 francs de lots de bois achetés sur Yvetot (c’est énorme). Vente sous la présidence de M. Godin.

« Négociant en bois, [Emmanuel Brion] était une personnalité très connue et très estimée dans le monde commercial et industriel de notre région. » (Bulletin de la Société industrielle de Rouen, 01 janvier 1920) Il a été membre de la Société Industrielle de Rouen et président de la « chambre syndicale départementale des exploitants forestiers » (Fournier, Tome1, p.16) : une sorte de MEDEF pour les patrons d’industries du bois du coin. En bref, il jouait bien le jeu du capitalisme et atteindre les positions de pouvoir, sur le dos du travail des personnes exploitées. Parmi les travailleuses et travailleurs ici sont cités dans l’Écho de la vallée de Bray :

  • 20 octobre 1900 : MM. Letellier de la maison Brion reçoit la médaille du travail
  • 25 janvier 1913 : F.-P. Dumets bûcheron ventois de la scierie reçoit la médaille du travail

À sa mort, le 20 mars 1920, c’est son cousin (et futur maire) Paul Hartout qui reprend le groupe. La scierie sur Saint-Saëns sera alors couramment appelée « Scierie Hartout ». Je n’ai revanche aucune idée de jusqu’à quand exactement cette scierie a continué de fonctionner. A priori jusque dans les années 1960. Montrant un déclin, déjà, dans les années 50, Paul Hartout revend des terres autour du lieu-dit de l’abbaye dont des terres à la commune pour que (enfin !) elle ait la source désignée pour distribuer l’eau potable.

1902 : Avenue Emmanuel Brion

De son vivant, l’avenue Emmanuel Brion ne s’est jamais appelée Emmanuel Brion mais quelque chose comme « petit boulevard de la gare » (Claude Fournier, Tome 1, p.16). Elle est percée en 1902, après l’établissement officielle de la gare en 1900. Elle permet de rejoindre plus facilement la gare sans passer par le centre-ville quand on descend du plateau du Quesnay. Pour en savoir plus sur ce lieu géographique :

1908 : Anecdote du coq

Cette année là, Emmanuel Brion est maire. Et il est cité dans un curieux poème publié le 26 juin 1908 dans l’Écho de vallée de Bray au titre de : Le Coq de Saint-Sidoine. En fait, le coq de l’église s’est envolé ! Et tout un poème en a été écrit par un certain E. Rabibar, demandant alors au maire de remettre un coq tout là-haut. Il cite plusiefurs noms saint-saënnais du pharmacien Barbier à l’adjoint Frigot, ou encore Louis Girard l’architecte de l’église.

Parmi d’autres citations d’Emmanuel Brion dans les journaux, je retrouve dans l’Écho de vallée de Bray du 30.11.1918 une vente de divers immeubles que lui et sa femme détenaient sur Saint-Saëns (vendu à un certain lillois tanneur-corroyeur Albert Victor Joseph Bouche) et Saint-Martin-Osmonville (vendu à un certain Clément Aimé Benet). Si je comprends bien.

Activités politiques (1898-1920)

Lorsque Alphonse Faché (1898-1907) était maire, Emmanuel Brion était adjoint. À sa mort, Emmanuel Brion devient maire pour 13 ans (1907-1920). Et c’est presque inédit pour Saint-Saëns, le maire n’est ni lié à la noblesse, ni lié à la bourgeoisie des activités de cuir, mais lié à la bourgeoisie des activités du bois.

  • mai 1895 : nommé conseiller municipal du maire Adalbert Forestier
  • mai 1900 : adjoint au maire Alphonse Havé
  • 1902 : élu président du conseil d’arrondissement sous parti Républicain plutôt progressiste
  • mai 1907 : maire suite à la mort d’Alphonse Havé
  • décembre 1907 : élu membre des caisses d’épargne des sociétés de secours mutuels […] sur Neufchâtel
  • mai 1912 : élection municipale, élu maire avec Georges Biard en ajoint
  • 1914 : cité comme président de la fanfare
  • 1919 : membre de la Société Industrielle de Rouen
  • décembre 1919 : élu maire, élection municipale aux côtés de : docteur Vassaux, docteur Thomas, F. Frigot, Pascal Buzot, Placide Lenormand, Louis Sergent, Jules Glinel, F. Harel, René Frigot, Colson

Au nom de la république

Emmanuel Brion était républicain, originellement membre du parti de droite des Républicains Progressistes, et « partisan convaincu des principes démocratiques » (03.04.1920 ; et officier d’académie (mars 1908)). Il s’est engagé à plusieurs reprises au service de la république, à plusieurs postes politiques de l’État à l’échelle locale, de la mairie au conseil d’arrondissement. On l’a vu précédemment, il était aussi engagé au service du capital. S’était-il aussi engagé au service de la population ? La popularité qu’avait Emmanuel Brion semble le faire croire. Je serais curieux de connaître la relation qu’il entretenait avec le docteur Vassaux par exemple qui, lui, se comportait régulièrement comme être au service de la population.

De mon interprétation, ses valeurs, croyances et comportements étaient surtout tournés en faveur de la république. Voire une république forte. Croyant en ses institutions, et qu’elles seraient synonyme de modernité. La république en tant que système politique démocratique. Peut-on aussi parler de nationalisme ? Très certainement.

Au nom de la nation ou au nom de la république, dans tous les cas, la famille Brion a fait la guerre. Emmanuel Brion est noté « chevalier du British Empire ». Côté Saint-Saëns, faute de sa présence, durant cette période c’est alors Auguste Guérin qui gère la mairie et la politique locale. Côté front de guerre, son fils André Brion était canonnier au 2e Régiment d’Artillerie Lourde. Il y a moyen donc qu’il ait participé à la bataille de la Marne, qui sait. Le fait est que pour l’instant, dans mes rapides recherches parmi les registres, je retrouve bien des Brion mais pas d’Emmanuel Brion ni d’André Brion. J’aurais bien un Brion A. J. E. (lieutenants réserviste 1920-21) qui pourrait être notre Ambroise Jean Emmanuel Brion, mais pas certain du tout.

Ce qui est bien certain et noté, c’est qu’André Brion est mort « pour la France » dans un hôpital militaire du Val-de-Marne le 5 février 1915 « des suites de maladie contractée en service » (memorialgenweb.org). Servir la république au prix de leur vie…

Artillerie Lourde (Rimailho) Janvier 1915 dans l’Aisne. Pour illustrer.
Photo partagée par René Verney — wikimedia.org

Printemps 1920

Discours de l’adjoint Felix Frigot
(L’Écho de la vallée de Bray, 10 avril 1920)

Emmanuel Brion décède chez lui à La Roulière le 30 mars 1920, déclaré par son cousin Paul Hartout et son ami Parfait Léon Bourgois ancien instituteur. Durant l’inhumation, étaient présents (et cités) :

MM. Lallemand et Chiraux (préfet et sous-préfet du département), Bouctot (sénateur), Obron (conseiller d’arrondissement), Felix Frigot (adjoint), M. Bourgois (secrétaire de la mairie), M. Gérin, Pascal Buzot père, le docteur Vassaux, Auguste Guérin, G. Biard (capitaine des sapeurs-pompiers), M. Cheveaux (maire de Bosc-Mesnil), M. Riouland (maire de Bosc-Béranger), M. Cherfix, M. Lambert (vice-président de la Chambre syndicale départementale des marchands de bois), M. Gaudry et M. Couvet (doyen d’âge des employés de la maison Brion). Curé : M. l’abbé Aubin.

Les élections pour lui succéder « fut des plus laborieuses » (Lejeune, p.333). Cela semblait en effet difficile de prendre le relai d’un personnage aussi charismatique. « La République perd en lui un de ses meilleurs serviteurs » exprime M. Obron vice-président du Conseil d’arrondissement lors de son inhumation (L’Écho de la vallée de Bray, 10 avril 1920). Dans sa vie politique, il aura vu passer pour Saint-Saëns les institutions publiques s’imposer : des écoles à la gare. Et plus encore avec l’église ou la fontaine Dillard… qui sont aussi de cette époque !

« Le conseil municipal voyant ses membres refuser les uns après les autres, l’honneur qui leur était fait, porta finalement ses voix sur Georges Biard ancien maitre-tanneur, capitaine des sapeurs pompiers qui, dit-il, se « sacrifiait » en acceptant la mairie » le 9 mai 1920 (Lejeune, p.333). Finalement, il n’y resta que quelques mois et démissionna pour laisser sa place de maire à son adjoint, Félix Frigot, le 6 mars 1921.

La maladie

La maladie aura pourri sa vie. Certainement ce qui a eu raison de lui en 1920, à ses presque 60 ans, où « sa santé était très précaire » depuis quelques temps (L’Écho de la vallée de Bray, 03.04.1920). Déjà, 20 ans plus tôt, en novembre 1900, Emmanuel Brion était « cloué au lit » d’une grave maladie, raconte son ami (dit-il) Georges Biard le sous-lieutement de la Compagnie des sapeurs-pompiers de Saint-Saëns d’époque, le 10.11.1901 lors de la fête annuelle du défilé des sapeurs-pompiers. Peut-être qu’il surmenait son corps ; peut-être qu’il traînait un truc qui s’aggravait au fur à mesure de l’âge… Aucune idée. En mars 1901, rebelote, toujours alité à cause d’une grave maladie.

Mais ce n’est pas tout. La maladie c’est aussi ce qui a eu raison de son fils André Brion. Il est mort durant la première guerre mondiale, « des suites de maladie contractée en service » (memorialgenweb.org). De maladie ! De maladie… Voilà de quoi donner des explications causales au comportement d’Emmanuel Brion qui a suivi : la donation à l’hospice de Saint-Saëns pour sa rénovation et son extension réalisées post-mortem dans les années 1920. Le pavillon en plus du bâtiment principal gardera gravé sur sa façade « Pavillon André Brion » (écrit sur l’encadré clair au-dessus de la fenêtre centrale de la photo ci-dessus). Pour en savoir plus sur l’hospice aujourd’hui disparu :


Monuments aux Morts, à gauche année 1915, est noté André Brion

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